lundi 13 avril 2026

(Interlude - Ecrit Fantome) L'Hotesse d'Accueil





L'HOTESSE D'ACCUEIL

***


    Le chauffage d’appoint grince à ses pieds. Elle en glisse toujours un sous le bureau malgré la chaleur du hall. Elle a toujours été frileuse. Le téléphone sonne, elle décroche. Elle ne s’entend plus vraiment répondre. Tout devient automatisme à cette heure. Elle jette un œil à l’horloge murale qui occupe presque tout un mur. Une œuvre d’artiste qui pourrait payer le manque d’effectif.

    18h passées.

Elle raccroche en ayant déjà oublié quel renseignement elle a donné.

Les vestiges de ce ton affable résonnent encore.

    « Je vous en prie. Bonsoir Madame. » Elle répète ces mots tant de fois qu’ils en perdent tout leur sens.

Elle gigote sur sa chaise, se lève de quelques centimètres pour faire circuler le sang dans ses jambes. Un massage de pieds… c’est ce dont elle rêve à cet instant.

Peut-être quand elle rentrera… mais personne ne l’attend.

Elle plisse les yeux.

Lui, par contre, quelqu’un l’attend. Ou bien c’est l’inverse.

Ce gamin est là depuis bien un quart d’heure à piétiner dans une flaque de neige.

Elle regarde autour. Personne ne le remarque. Il est comme un fantôme.

En tout cas, si ce n’en est pas un, il ne va pas tarder à le devenir.

Les températures sont basses. Très, trop. La  tempête du siècle  est à peine passée et lui est là avec un T-shirt et un gilet de grosse laine qui a vécu mille vies. Son jean, lui, est effiloché, et ce n’est pas pour le style.

Pourtant, il ne tremble pas.

Elle le voit fourrer son visage de temps à autre dans une épaisse écharpe. Elle est bordeaux, seule couleur qui pointe sur cette silhouette dégingandée.

Elle renseigne mécaniquement un visiteur avant de revenir au jeune homme.

Il tousse et regarde ses doigts, écœuré, avant de jeter un petit cylindre blanc par terre, sur le sol glacé.

Elle pouffe.

Première cigarette ?

Soudain, il semble se débattre avec un insecte. Il se frotte le visage en râlant puis frappe violemment du pied.

La douleur se diffuse dans ses propres orteils. Le jeune homme grimace, jure au moment où une femme le bouscule. Enfin, elle pense qu’il a juré. La femme s’est arrêtée net et le détaille de haut en bas.

Lui, il l’ignore.

Ce gamin a quelque chose de fascinant.

Enfin, il semble se décider. Il s’agite, s’ébroue puis, après avoir enfoui une nouvelle fois son visage dans l’écharpe, il coule vers les portes automatiques. Il marche à reculons, tiré par des fils invisibles.

Quand il entre dans le hall, son cou s’étire et une constellation de taches de rousseur et d'éclat métalliques émergent de la laine bordeaux. Il plisse les yeux comme si tout l’agressait.

Il paraît même suffoquer quand il dénoue le cache-cou.

Il ne fait pourtant pas bien chaud.

Ses pieds se rapprochent instinctivement du chauffage d’appoint alors que le jeune homme époussette ses cheveux. Puis elle capte son regard. Lui ne la regarde pas, mais elle n’arrive pas à détourner le sien.

Le vert de ses yeux a quelque chose d’impossible. Ils sont d’une puissance absurde tant ils contrastent avec cette silhouette fragile.

Les portes automatiques grincent en s’ouvrant une énième fois. Une bourrasque s’infiltre et le jeune homme chancelle jusqu’à elle. Il se rattrape in extremis à l’accueil avant de disparaître dans le même mouvement que les brochures qu’il vient de faire tomber.

Elle sursaute quand il réapparaît. Ses yeux sont pétris d’angoisse. Il essaie de replacer les dépliants, mais ses mains tremblent. Il a les ongles rongés au sang et les jointures brûlées par le froid.

    « Monsieur ? » dit-elle dans un élan machinal.

Une fraction de seconde, elle le voit rentrer la tête dans les épaules pour la lorgner à travers une boucle blonde qui vient de glisser sur son front.

    « Bonjour, je… »

Elle est surprise par sa voix. Éraillée et grave, trop adulte pour un visage aussi poupon.

Tout est décidément contraste chez lui.

Pourtant, ce n’est pas ça qui la captive le plus.

Maintenant qu’il se tient proche d’elle, elle est subjuguée.

Il est d’une beauté magnétique, profondément dérangeante. De celles qu’on expose dans les musées et qu’on regarde se noyer avec émerveillement.

Elle entend vaguement un nom s’échapper de ses lèvres gercées et ses doigts sont déjà en train de le taper sur le clavier.

Un mouvement sec la fait sortir de sa rêverie. Il vient de reculer d’un pas et le regard qui l’avait envoûtée quelques instants auparavant s’éteint. Il passe au travers d’elle comme s’il ne faisait plus vraiment partie de ce monde.

    Est-ce qu’il a bu ?

    Qu’est ce qui cloche chez lui ?

L’ordinateur émet un léger son et elle lit machinalement quand le jeune homme redemande :

    « La chambre de monsieur Bouvier… Axel…»

    Pourquoi est-ce qu’il halète autant ?

Et ce bruit agaçant. Il n’arrête pas de se mordre la lèvre inférieure et ses dents émettent un claquement désagréable.

    « S’il vous plaît » ahane-t-il .

Nouveau craquement.

Elle lui jette un furtif coup d’œil.

Ses dents maltraitent une des pointes métalliques qui lui transpercent le visage.

Elle ne sait pas pourquoi son attitude la met soudainement mal à l’aise.

Elle avait très bien entendu la première fois.

Pourquoi la presser autant ?

Et qui visite les gens aussi tardivement ?

Une sueur froide parcourt son échine et ses doigts s’engourdissent. Elle sert les dents agacée et sa jambe s’agite sous le bureau quand elle relève la tête en s’efforçant de sourire.

    « Suivez ce couloir. Chambre 1221, deuxième étage. Service de cardiologie. » indique-t-elle du doigt. « Les visites se terminent à 19h30. »

Il la remercie avec le même ton robotique qu’elle, puis s’éloigne, le pas traînant.

Il n’a qu’un T-shirt sur le dos.

Elle hoche la tête, dépitée.

    Les jeunes…

Ses yeux se posent une nouvelle fois sur l’horloge du hall.

18h30.

Un bain chaud et un massage de pieds, c’est tout ce dont elle a besoin.

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        Saluuuuuuuut les boundies !!!!! 💚💚💚
    
    J’espère que cet écrit fantôme vous a plu autant que moi j’ai aimé replonger dans cette scène 👀❄️

Vous aurez peut-être réalisé qu'il s'agit de l'Episode 1 - Chap 5  mais vu par la jeune femme de l'accueil!

Un petit POV extérieur… ça change tout, non ? 👁️✨
On voit les choses… mais on ne les comprend pas forcément mieux 😏

Dites-moi en commentaire ce que VOUS vous avez ressenti face à ce mystérieux inconnu 👀💭
(oui oui, je parle bien de lui 😌💚Notre ronchonchon d'émeraude)

Et comme toujours…

        👉 si vous voulez la suite, le vrai fil de l’histoire, les non-dits qui s’accumulent et les cœurs qui s’embrouillent… vous savez où cliquer 😏📖

On se retrouve très vite pour la suite du feuilleton !!! 💫

    Votre King Mochi 🍭🍡
        Diogène


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