lundi 14 juillet 2025

Chap V : Le Loup Boiteux et la Proie de Givre (1/5)


PrécédemmentChap IV - La Promesse de l'Ange - 5/5 

(👀~10min de lecture)



Chap 5

LE LOUP BOITEUX & LA PROIE DE GIVRE

(1/5)


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     Deux.

C’est le nombre de jours qu’il lui a fallu pour prendre une décision… Ou plutôt changer d’avis.

Il se revoit encore, à moitié à poil sur le lit de l’hôtel, en sortie de passe. Le client était sympa. Quadra propre sur lui. Il détonnait grave. Mise à part sa propension à mordre et lui susurrer des horreurs, il était doux.

Certains ont l’art de mêler la violence au respect.

Une fois ses affaires terminées, le gars lui a payé la chambre sans rien exiger de plus. Il avait le regard délicat en lui demandant son âge.

Comme si ça avait de l’importance après l’avoir pris à quatre pattes.

    La gerbe.

Il est parti un peu honteux. Sûrement retrouver femme et enfants. Leur photo était dans son portefeuille.

Gabriel hausse les épaules en souriant amèrement.

    Pauv' type.

En réalité, lui, s’en fout de ce mec. Un petit rire lui échappe.

Il a dormi. Profondément. Bien mieux qu’en squattant l’appartement de Hireki. Trop vide, trop silencieux… Trop froid. Avec la peur constante de tomber nez à nez avec M. Bouvier, les ' Gabysomnies ' sont devenues légion.

Gabriel souffle du nez. ' Gabysomnie '... Y a bien que Hireki pour jouer avec les mots comme ça.

Il frissonne. Encore cette sensation d’os gelés. Il a mal au ventre.

    Hireki...

C’est pour lui qu’il est là. Comme un con. Sur les marches de l’hôpital. À tergiverser.

Il lève le nez sur le bâtiment. Il grandit à mesure que son regard atteint le sommet.

    Cerbère.

La façade se courbe, les fenêtres le fixent. Des centaines d’yeux qui le jugent. Dans un grognement, les portes automatiques s’ouvrent. Une bouche béante, édentée, qui se referme sur une nuée d’anonymes avant d’en vomir d’autres.

Gabriel grimace, indifférent puis allume une cigarette.

Il trépigne pour retrouver un peu de posture.

Le ciel est couvert, la neige fine et doucereuse.

Elle virevolte comme les cendres d’un volcan éteint. Il ferme les paupières sous la caresse des flocons. Ils lui rappellent les doigts de sa mère. Il attend le parfum de cannelle et de girofle, mais il ne vient pas.

Il tire une latte, s’étrangle avec la fumée.

Un ado à sa première clope. Il tousse.

Elle est dégueulasse.

Où est-ce qu’il l’a eue déjà ?

La tige est tordue, le papier trop fin, presque transparent.

Elle a pris la flotte.

Gabriel la jette dans un parterre glacé et elle ne siffle même pas.

Il tire sur son labret. Un bruit métallique qui résonne dans ses tympans. Un goût du fer dans la bouche. Le repli de sa lèvre est à vif de l’avoir trop mordu.

Il claque la langue, irrité.

Il brasse du vide… Il le sait bien…

Un vent doux l’enveloppe. Un conseil éthéré qui le pousse à prendre une décision. Il lorgne du coin de l’œil les portes. Entre la tête dans les épaules. Il est un enfant qui rechigne à passer la porte d’un dentiste alors même qu’il a une rage de dents.

Un fil de laine vient lui chatouiller le nez.

Il se frotte violemment le visage, agacé.

    « Putain ! Même quand il est pas là, il fait chier ! »

Ce n'est pourtant pas après Hireki qu'il en a. 

Pourquoi il a allumé son téléphone ce soir-là ? La batterie est morte de toute façon !

Il s'ébouriffe les cheveux, tourne sur lui même, prend une grande respiration.

Il se souvient des vibrations dans le bois du chevet.

Comme il a râlé. Tardé à jeter un œil sur l’écran.

Qui pouvait l'appeler de toute façon ?

L’image de sa mère s’est esquissée avant qu’il ne la chasse en s’emparant du cellulaire pour le balancer loin de lui.

    Tête de Châtaigne.

Un uppercut.

Ce n’était pas tant le surnom affiché mais la photo associée.

Une silhouette en contre-jour. Concentrée. Traits tirés. Regard félin.

Le vide dans sa poitrine. La suffocation.

Depuis quand lui manquait-il autant ? Pour le trouver si… beau ?

Le téléphone a glissé de ses mains moites. Il l’a rattrapé maladroitement entre ses cuisses dans un réflexe stupide.

Les vibrations ont cessé.

Pour reprendre aussitôt.

    Tête de Châtaigne.

Le cerveau en ébullition. Entre rage et panique froide.

Mille questions à cent à l’heure.

    Troisième appel

Son doigt a dansé au-dessus de l’écran fendu.

Droite il saura, gauche il s’en foutra…

    Quatrième.

    Tête de Châtaigne.

    Gauche.

Il s’en fout… Avec le cœur en vrac, le cerveau en surchauffe, et les joints qui ne réussirent pas à chasser tout ça.

La neige fond à ses pieds. Gabriel frappe dans le vide et la douleur le cueille. Violente.

Ses orteils contre les marches.

    « Sales putes ! » crache-t-il alors qu’une femme le frôle.

Elle le fusille du regard, ses pupilles brillantes d’un mépris disproportionné, comme si elle voyait en lui quelque chose d’inadmissible.

Lui, ne prend même pas la peine de tourner plus que ses pupilles. Elle continue sa route.

    Il n’en vaut pas la peine…

Le coin de sa lèvre tremble. Il veut rire. Ce genre de rire mêlé au larmes.

Ce rire de pitié.

Les portes automatiques râpent le sol trempé. Un bruit de raclette usée, qui essuie mal les pêchés.

Gabriel fourre de nouveau le nez dans l’écharpe. Elle n’a plus l’odeur de Hireki.

Est-ce que c'est le dernier souvenir qui nous quitte? Le parfum des gens?

Brusquement, il souffle bruyamment. Sautille sur place. Il se donne du courage comme un athlète avant le grand saut.

Ses chaussures font un bruit de succion ridicule quand il balance d’un pied sur l’autre. La poitrine haute, il enfouit les mains dans son gilet. Les pans de grosse laine font la godille, mais ce n’est pas ce qui occupe son esprit.

Quelque chose monte en lui. Là, au plus profond, gonfle son souffle, son cœur.

L’air s’épaissit. Une buée tiède s’échappe de l’écharpe, lui monte aux yeux, et les mots coulent lentement.

    « Lève-toi, car cette affaire te regarde. Nous serons avec toi. Prends courage et agis. »

Sous une brise glacée, la croix de jade à son oreille glisse de la laine. Le froid du bijou imprègne son cou.

Un sceau d’or blanc.

Un appel lointain. Une mission sacrée, qu’il n’arrive plus à ignorer. Et dans une impulsion qui n’est pas la sienne, ses jambes s’activent. Elles montent les quelques marches et les portes automatiques l’avalent, malgré lui.

    Le Tartare. Sans flammes, sans cris. Juste la moiteur et son âme damnée.

Gabriel émerge de l'écharpe comme un naufragé à bout de souffle. La chaleur est étouffante. Un mur moite en pleine face. Il suffoque et une sueur poisseuse lui monte aussitôt au front.

Il détaille le hall en dénouant maladroitement l'écharpe.

Deux pas le séparent de l'accueil.

Il époussette ses cheveux. La neige fondue reste accrochée à ses boucles comme des cristaux d’argent. Il les chasse avec une tendresse inattendue.

Seulement deux pas…

Il traîne. Encore.

Il s’essuie le front du revers du bras, s'apprête à quitter son gilet d’un geste mesuré qui ne lui ressemble pas.

Les portes s'ouvrent de nouveau. 

Une bourrasque se rue à l'intérieur et l’envolée de flocons le presse vers la droite.

Il chancelle. Trébuche. Sa main frappe du plat l'hygiaphone. Des brochures s'étalent au sol.
Gabriel les ramasse maladroitement, la gorge serrée. 

Il se relève d'un bond.

La jeune femme à l’accueil écarquille les yeux quand il apparaît, le visage défait. Il se débat avec la pile de papier.

    « Monsieur ? »

Il ne peut plus reculer. Son corps agit de lui-même.

    « Bonjour. Je…»

Qu’est-ce qu'il fout ?

    « La chambre de... Monsieur Bouvier Hire... » Il recule d’un pas, confus, se mord la joue. « Bouvier… Axel. » Le prénom sonne étrangement. Une ligne qu’il n’a jamais franchie. Hireki est Axel mais Axel, c’est ce qu’il fuit. C'est ce qu’on lui impose.

    Trahison.

    Judas.

La jeune femme tapote son clavier.

    -Saint-Aurore. Chambre 1221 -

Le SMS était assez court pour hanter l’écran de son téléphone sans qu’il n’ait à l’ouvrir.
Du Hireki tout craché.

Mais Gabriel n'est pas certain qu’il soit encore hospitalisé.

Une pensée intrusive lui brûle soudain la peau.

Sa nuque se tend. Son corps tremble. Il se mord la langue quand sa mâchoire claque.

Ses yeux se voilent.

Peut-être qu’il est...

Vingt-quatre heures suffisent pour que tout bascule...

La neige carmin et le corps convulsant se mêlent. L’angoisse le prend aux tripes. Ses genoux fléchissent, sa respiration s’accélère. Il a l’impression de fondre sous cette chaleur.

Il arrache son gilet. 

L’air ne vient pas et tirer son col ne suffit pas.

Est-ce qu’on le voit ?

Le temps ralentit.

Tout tourne. 

Ou c’est lui qui bascule?

Les bruits se distordent comme un vinyle gondolé. Le cliquetis des touches, le brouhaha, les pas sur le linoléum. Tout se brouille.

La lumière aveuglante.

Ses muscles raidissent. Une tension douloureuse. Il soulève discrètement son t-shirt, mais seul un courant chaud s'y glisse.

Il est en nage. Il vacille, mais personne ne l’arrête. Personne ne le voit.

Son chapelet glisse de son poignet sous une énième secousse nerveuse. Il s’accroche à la croix. Cligne des yeux.

L’odeur aseptisée le prend à la gorge. Il s’ancre de nouveau, déglutit.

La femme le regarde d'un air patient.

Elle ne demande rien.

    Elle ne le voit pas.

Personne ne bouge jamais. Personne ne lève jamais les yeux. Il pourrait tomber là, par terre, et le monde continuerait de tourner.

    « La chambre de Monsieur Bouvier Axel... S’il vous plaît! », halète-t-il pourtant certain de l’avoir déjà demandé.

Le sourire professionnel, la femme indique un couloir à sa droite.

    « Suivez ce couloir. Chambre 1221, deuxième étage. Service de cardiologie. Les visites terminent à 19h30. »

Gabriel ne s’entend pas la remercier.

L’adrénaline le quitte, la soif lui râpe la gorge.

18h30. C’est ce qu’indique l’énorme horloge du hall.

Il arrache nerveusement l'écharpe. Elle s'accroche à la croix de jade et lui brûle la nuque en glissant.
La laine est humide quand il la presse doucement.

C’est pour ça qu’il l’a appelé.
Son écharpe…
Il doit lui rendre l'écharpe.

D’une poussée, les portes battantes s’ouvrent sur un escalier au carrelage noir et blanc.

Gabriel lève les yeux.

Les marches s’étendent à l’infini, raide comme un piquet.

Il pouffe, désabusé.

C’est amusant…

    L’enfer est un sommet.

 

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🌨️✨ HELLO LES BOUNDIES!!✨🌨️

    Oui oui OUI ! 🎉 On est ENFIN au Chapitre 5 😭💙

Je sais petits Boundies adorés, ça n'avance pas assez vite… Mais croyez-moi : moi non plus je trouve pas ça assez rapide 😅 ! Entre la réécriture, la restructuration et le fait que Gabriel veuille jamais coopérer (Bad Boy Vibes 👀), j’ai dû revoir pas mal de choses pour vous offrir la version la plus solide possible 💪📚

    💥 Petit scoop pour les vétérans :

Vous avez remarqué ? Ce nouveau titre "Le Loup Boiteux et la Proie de Givre" ? 🐺❄️

Eh oui!! Ce morceau faisait à l’origine partie du Chapitre 5 "Les Crocs du Loup", mais j’ai choisi de le scinder en deux chapitres distincts (vous comprendrez bientôt pourquoi 👀).
C'est ainsi que le chapitre 5 "Les Crocs du Loup" est devenu officiellement... le Chapitre 6 ! 📖🔪

    🧠💔 Et sinon… parlons de Gabriel 😳

L’avez-vous trouvé plus humain que jamais ? Ou au contraire… un peu trop hors du monde ?
  • Sa panique ? Son hésitation ? Son obsession pour une écharpe ? 🧣
  • Qu’est-ce qu’il fuit vraiment ? 
  • Qu’est-ce qui l’attend en haut de ces marches ?
  • Rédemption… ou damnation ?

Et pour mes followers insta qui se poseraient la question... Oui, Médéric fait un petit caméo. 🙈

Toi seul sait! 😈 


    💭 Vos théories, vos ressentis, vos soupirs frustrés… 💭

J’attends TOUT dans les commentaires !!


Votre King Mochi au taquet,
        Diogène 




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Pour lire cette scene du POV de l'hôtesse d'Accueil
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