Précédemment: Chap V - Le Loup Boiteux et la Proie de Givre - 2/5
(👀~15 min de lecture)
Chap 5
LE LOUP BOITEUX & LA PROIE DE GIVRE
(3/5)
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« Je suis désolé, tellement désolé, Gabriel. »
Hireki est effondré devant lui. Le visage défait, tordu par la douleur.
Il est méconnaissable.
À quoi il joue ?
Gabriel le fixe, interdit.
Ce n’est pas Hireki… Hireki ne pleure pas.
Pas comme ça… Sans drame. Sans théâtre.
Quelque chose vient de s’effondrer, et ce qu’il en reste est un amas de tristesse et de désespoir.
Les yeux de Gabriel s’agrandissent, comme s’il pouvait voir au-delà de cette silhouette misérable, affalée dans un lit d’hôpital, les cheveux gras et les larmes ruisselantes.
« Qu’est-ce qui te prend ? »
« Go… gom… » Hireki hoquette. Sa perfusion tinte contre son support quand il essaie de s’essuyer les yeux. « Tellement… pour tout… » Il renifle bruyamment entre deux sanglots, avant d’être de nouveau submergé de chagrin.
Est-ce que cet imbécile… est réellement en train de pleurer ?
Pourquoi ?
Pour lui ?
Après ce qu’il lui a fait ? Jouer de ses sentiments ? De son corps ?
Dans le couloir, un bruit métallique fait ressurgir chez Gabriel des images lointaines.
Les barres de fer emmêlées comme un mikado. Le bruit de soudure qui cède… Et la petite silhouette suspendue. Traversée de part en part…
Il cligne des yeux. Chasse ce cauchemar.
La dette…
Il se mord la joue pour ne pas trop penser, mais c’est trop tard.
Un réflexe de gamin… Juste un réflexe… Essaie-t-il de se raisonner. En vain.
Gabriel ouvre à peine la bouche que les larmes de Hireki redoublent.
C’est autre chose…
Le métis se penche. Il hésite à tendre la main, se ravise. Puis, dans des soubresauts, il recule.
« Ore wa… kimi o kizutsuke… tsudzuketeta… » Les mots grincent, étouffés dans la manche de sa blouse d’hôpital.
Gabriel déglutit.
Qu’est-ce qu’il a fait pour le mettre dans cet état ?
Puis ce sont les mots de Maxence qui lui reviennent.
Qu’est-ce que tu as encore fait ?
Encore…
Oui…
Qu’est-ce qu’il a bien pu faire… encore ?
Il rejoue les dernières minutes, mais les gémissements de Hireki, l’atmosphère trop lourde… Tout lui brouille l’esprit.
Et ce monitoring assourdissant. Il lui vrille les tympans.
Il regarde l’écran dont les constantes clignotent.
Son champ de vision rétrécit. Tout devient flou. Il ne voit plus que l’écran. N’entend plus que les alarmes, puis une sueur froide lui mord les reins. Chaque tintement de la machine suit son échine, insidieux, jusqu’à sa nuque. Se mue en un souffle. Le souffle de l’infirmier… Il glisse sur sa peau. L’étrangle.
Gabriel frissonne. Se tourne vers la porte.
« Gabriel… » supplie le métis.
Il se concentre de nouveau sur lui.
S’il ne se calme pas… ‘‘Machin va…’’
Ses narines tiraillent. La douleur lui pince les muqueuses. Dans un sursaut, il chasse les relents de poudre. Ses doigts lui reviennent humides, mais le sang n’est pas là. Seulement une main moite et tremblante, dans un tunnel sans issue. Une impasse dont les murs noirs se resserrent de plus en plus.
Ses cuisses se serrent instinctivement. Il flanche.
Les doigts entre elles, il les sent…
« Kidzukanakatta. Nani mo… nani mo miete… »
La litanie grouille, poisseuse. Elle se mêle à son tour aux alarmes, aux bourdonnements dans ses oreilles.
« Ore, saitei da… » Les mots se dédoublent, se mêlent aux cris stridents du rythme cardiaque de Hireki.
Gabriel ne parvient plus à respirer. Il ne voit plus rien. Tremble.
« … tasukerarenakatta… »
« La ferme… » feule Gabriel entre ses dents. Il tangue. Son corps lui échappe. « Ferme-la… »
Il ne sait même pas si on l’entend, si Hireki l’entend.
Comme toujours… Un cri silencieux…
Il doit se ressaisir. S’ancrer à quelque chose de concret…
Quelque chose de rassurant… Et partir.
Il n’a plus rien à faire ici…
Quelque chose de fiable…
Et lorsqu’il s’apprête à abandonner,
Gabriel capte, du coin de l’œil, la grosse laine bordeaux.
L’écharpe…
Sa respiration s’arrête… définitivement. Il en est certain.
Le temps ne court plus. L’oxygène suspendu. Les pleurs disparus.
L’écharpe !
Son esprit vient de suivre le même chemin que celui de Hireki. Une mécanique si bien huilée que les images défilent devant lui.
L’écharpe !
Il a gardé l’écharpe après avoir trouvé Hireki inconscient !
Il l’a sauvé !
Encore une fois !
C’est pour ça, pour ÇA que Hireki pleure…
Il vient de s’engluer dans une poix faite de grosse laine.
Gabriel serre le poing.
Pourquoi est-ce qu’il s’obstine à oublier ? Au bout de toutes ces années.
Il n’est qu’un pantin. Le pion du destin.
Il lève les yeux sur la silhouette misérable en face de lui.
Bien sûr que c’est Hireki. Mais un Hireki le cœur à nu. Un cœur agrippé aux draps, qui prononce des mots qu’il ne comprend même pas.
« Kidzukanakatta. Nani mo… nani mo mietenakatta… » L’Asiatique tangue d’avant en arrière. Les yeux perdus dans le vide.
Il est parti.
Égaré dans un monde qui n’est pas à lui…
Une rage sourde bourdonne en Gabriel. Il se déteste.
Il vient non seulement de raviver un amour qu’il voulait détruire, mais il l’a gravé au fer rouge.
Il se hait.
Il veut partir.
Quand il amorce un mouvement, son corps bascule en arrière. Il est si près de la fenêtre que le froid traverse ses vêtements. Loin des lames acérées du givre, c’est une main glacée à l’autorité douce qui le repousse aussitôt en avant. Une force contre laquelle il ne peut rien. Mélange de colère, de pitié, d’amour ou de haine. Ses pieds s’arrachent du sol. Il tourne la tête vers la porte, mais son corps penche dans la mauvaise direction. La main tendue, les doigts s’allongent, et il les voit s’agripper fermement à l’épaule de Hireki.
« Hireki ! » le secoue-t-il violemment. Trop, pour un corps si fragile.
La tête du métis dodeline. Il grimace de douleur, mais ne relève pas les yeux.
« … mie tena… ka… tta… » continue-t-il de réciter comme un mantra.
Gabriel agrippe ses cheveux. Trop brutalement. Il veut le faire taire.
« La ferme ! Tu entends ?? Tais-toi !!! » Il lui attrape le menton. Écrase sa main sur ses lèvres.
Il ne veut plus l’entendre. Ne plus voir ce flot de larmes. Il veut revoir Hireki.
LE Hireki.
Pas le mec plus célèbre que les auteurs qu’il traduit. Pas l’influenceur qui pose dans des magazines littéraires comme si c’étaient des revues de mode.
SON Hireki.
Le vrai.
Celui qui a chanté Careless Whisper à un mannequin en carton. Qui est resté la langue collée à un lampadaire gelé.
Celui qui l’appelle Gaboudin avec un sourire impossible.
Si leurs âmes sont liées, comme Hireki le dit si bien, alors… c’est avec ce mec-là.
Pas cette loque.
À cette volonté farouche, tout son corps est parcouru d’une chaleur indescriptible. Elle se propage du plus profond de son être. L’apaise. Sa vision s’éclaircit mais reste brouillée. Ce n’est plus l’angoisse. La boule au fond de sa gorge dit autre chose.
« Je comprends rien à ce que tu dis… » Le ton de sa voix est incompréhensible. Doux et ferme à la fois. « Tu parles japonais, Chan… Je comprends rien… »
Les yeux noirs se braquent soudainement sur lui, incrédules.
Puis… le silence.
Comme à chaque fois que leur regard se croise, il n’y a plus rien autour d’eux. Ni le scope. Ni les pas feutrés dans les couloirs. Pas même leur souffle.
Juste leur lien indéfectible… Dans un espace hors du temps.
Dans un recoin lointain, les tintements du scope ralentissent.
Gabriel pourrait lâcher Hireki maintenant, pourtant il en est incapable. Le métis le dévisage. Ses iris glissent et s’accrochent à chaque détail. Chaque piercing, chaque tache de rousseur. Gabriel est englouti tout entier.
Puis les mots claquent. Sans mesure. Une vérité crue, dure et sans détours.
« Je ne t’aime pas. »
Un uppercut.
Gabriel vient de reculer de trois pas sans même s’en rendre compte.
Hireki a toujours le regard braqué sur lui, mais ses yeux brillent d’un éclat nouveau. Il n’y a aucune haine. Seulement une lucidité effrayante. La même qui vient de frapper dans ces quatre mots.
Le ciel ne s’écroule pas. Le sol ne s’ouvre pas sous ses pieds.
Parce que Gabriel est venu pour ça. Pourtant, un courant électrique traverse son corps. Il lui brûle les doigts à chaque battement de cœur. Il secoue légèrement la main.
Hireki baisse la tête.
« Je l’ai cru, je te jure… Longtemps… Trop… » dit-il en s’essuyant la joue.
Pourquoi il se justifie ? Ses muscles sont soudain douloureux. Ses doigts s’enfoncent dans ses paumes.
Pourquoi il réagit comme ça ?
Il s’en fout.
Oui, il s’en fout.
Après tout, lui non plus ne l’aime pas… pas comme “ça”.
Jamais…
« Alors pourquoi tu chiales ? » lance-t-il.
Hireki lève la tête, soufflé. Gabriel ne sait plus. Plus rien de ce qu’il doit attendre ou faire. Tout ce qu’il veut, c’est partir.
« Attends ! » le retient la voix brisée de Hireki alors qu’il coule vers la porte.
C’en est trop.
« Mais putain ! À quoi tu joues, bordel ? » se retourne-t-il violemment. « Est-ce que tu peux être cohérent une fois dans ta vie ? » Il fusille Hireki du regard, une tension plus sourde encore dans le corps. C’est au bout d’un silence trop long qu’il s’en retourne à la porte. « Prends soin de toi… » susurre-t-il une dernière fois.
« Je voulais juste… m’excuser… » s’échappe enfin la voix encore abîmée de Hireki.
« Mais de quoi ?! » grince Gabriel dans un désespoir agacé. Il ne se retourne même pas. « Toujours à assumer toute la merde que j’fais. T’es là, à chialer comme une merde en t’excusant de plus m’aimer ! Tu pouvais pas juste… » Sa tête cogne contre la porte. Il veut partir mais il en est incapable. « Pourquoi t’as appelé ? » Sa voix se brise, les mots coincés entre la gorge et le cœur.
« Pour la même raison que tu es venu ! » tranche Hireki.
Il est piqué au vif. Lui-même ne connaît pas la réponse.
« Je t’ai dit… pour l’écharpe » tente-t-il en toute mauvaise foi, mais quelque chose cloche.
La voix de Hireki claque. Ferme, autoritaire.
« Arrête ça immédiatement, Gabriel. »
Tout son corps se tend. C’est comme ça depuis toujours.
Quand la voix s’élève, le corps obéit. Il ne cherche même pas à lutter.
« Tu as les clefs de chez moi. Tu pouvais la rendre n’importe quand sans venir ici. »
Sa main est suspendue, les doigts tremblants. Elle ne lui appartient plus.
Et la voix caverneuse s’immisce jusque dans ses tripes : « Je veux que tu t’assoies et que tu m’écoutes. Maintenant ! »
Le scope ralentit. Dangereusement. Les tintements distordus dans le vide.
Gabriel se regarde s’asseoir sur le bord du lit alors qu’il a encore la main sur la poignée de porte.
La chaleur au fond de ses entrailles revient, animale. Elle lui hurle de fuir mais il l’ignore, jusqu’à ce qu’elle semble elle-même briser les chaînes. Hireki se perd dans une toux violente. La main agrippée à la poitrine, sa gorge racle douloureusement. Gabriel ressent la même au fond de la sienne. Il presse son torse pour s’assurer que son cœur bat encore.
Il sursaute quand la main de Hireki s’en empare.
Elle est froide.
Il n’a jamais les mains froides.
Parce qu’il est vivant… Lui.
« Écoute-moi », tente-t-il entre deux quintes rauques. « C’est tout ce que je demande… Pas de… » L’Asiatique lève les yeux. Il n’y a plus rien du loup dans son regard noir. Seulement un adulte suppliant. « Je ne te demande pas de me pardonner… »
« Pardonner quoi ? » coupe sèchement Gabriel.
« Tout ! Absolument tout ! » Les perles noires se perdent un instant dans des souvenirs trop pressants. Il s’agite, confus. « Les… les sucettes, Rousselet… » Son visage se tord de nouveau dans un sanglot qu’il a du mal à retenir. « Ton père et… le mi… » Il s’étrangle sur le dernier mot. Renâcle quand il se retient de vomir.
Gabriel le voit lutter. Sa pomme d’Adam roule lentement sous la peau.
Qu’est-ce qu’il ravale comme ça ?
Est-ce qu’il veut vraiment savoir ?
Non…
« Je vois pas de quoi tu parles », s’apprête-t-il à se lever, mais Hireki le retient avec force.
« Je serai là… Quoi que tu choisisses… Même si tu pars, je… je te jure, Gabriel. »
« Je comprends rien à ce que tu dis !! » précise de nouveau Gabriel en ôtant vivement sa main. « Tu dois être perturbé… à cause de ton coma. » Essaie-t-il maladroitement.
Parce qu’au fond, il sait… Il sait très bien de quoi il parle.
Et il ne veut pas que Hireki le regarde comme ça.
Il veut garder auprès de lui quelqu’un qui jamais n’entendra ce qu’il a à dire. Pas par égoïsme… par naïveté.
« Gabriel… s’il te plaît. » insiste l’Asiatique.
Hireki enserre sa main avec plus de vigueur. La même que lorsqu’il lui a presque ordonné de lui avouer l’avoir trouvé sur la colline.
Gabriel le regarde. Hireki a la mâchoire tremblante. Un mélange étrange de peur, de colère et de tourments.
Il peut supporter le désir brûlant à chacune de ses œillades. L’amour que jamais il ne lui rendra. Mais pas ça…
Le corps suppliant de Hireki se penche davantage.
« Je ne t’en voudrai pas. Je t’aiderai… »
Tout son système est en train de s’enrayer.
Il se sent perdre pied et c’est dans une violence rare que Gabriel se jette sur lui.
« Je. Ne. Suis. Pas. Une putain. DE VICTIME !!! » Les doigts prêts à déchirer le tissu de la blouse. Les yeux émeraude brûlent d’une rage existentielle. Ils dévorent Hireki tout entier. Il le secoue une nouvelle fois quand il perçoit un mouvement sur ses lèvres. « C’est bien compris, Hireki ? » Leurs visages ne sont plus qu’à quelques millimètres. Gabriel sent chaque vaisseau de son visage tambouriner sous sa peau.
« Gab… »
Deux légers coups retentissent. Un médecin les fixe, incrédule, avant de jeter un regard furtif à sa montre.
« Les visites… »
« C’est mon frère », coupe instantanément Hireki.
Gabriel se retourne, choqué.
De quoi ? Il n’en a aucune idée.
Quelque chose a résonné en lui…
Un mot.
Un seul.
Frère.
Hireki fixe le médecin. Bien trop pour réussir à cacher qu’il évite son regard. Ses prunelles dansent, hésitantes. Son corps tendu comme un arc.
« Je vais y aller », se relève Gabriel. Il sent la main de Hireki glisser sur la sienne quand il essaie de le retenir une dernière fois. Puis, sans trop savoir ce qui lui prend, Gabriel se jette à son cou. Tout son corps s’apaise instantanément. La chaleur de Hireki. Il avait oublié à quel point elle l’apaise. Il le serre un peu plus. Sciemment. Il n’a pas envie de pleurer, il veut sentir son cœur vibrer contre le sien. Il sent Hireki hésiter, pour finalement le serrer trendrement..
Gabriel reprend vie. Elle coule dans toutes ses veines.
« Pardon », murmure-t-il avant de se détacher lentement du corps tremblant de l’Asiatique.
« Je suis pas prêt, Chan », lui glisse-t-il au creux de l’oreille. L’écharpe coule à ses pieds quand il se redresse. Gabriel la regarde un instant. Puis fixe Hireki. Ses yeux font encore un aller-retour entre le cache-nez et son meilleur ami, avant qu’il ne l’attrape d’un geste sec.
« Tu pues », lance-t-il à Hireki. « Elle mérite pas ça. »
Le métis secoue légèrement la tête, éberlué. Il a retrouvé sa mine de chiot déconcerté face à l’humain.
« J’te la rendrai plus tard… »
C’est mieux ainsi.
Les non-dits.
Les secrets.
C’est ce qui lui procure encore la paix.
Gabriel lui ébouriffe les cheveux d’un geste paternel.
« À plus, Tête de Châtaigne. »
FIN CHAPITRE 5
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SALUUUUUUT LES BOUNDIES 😏😏
NON VOUS NE RÊVEZ PAS 😭😭
Oui oui c’est bien moi
VOTRE KING MOCHI QUI RÉAPPARAÎT COMME UNE FLEUR
🌸🌸🌸
AVEC…
🎉🎉✨✨l’épisode 3 chapitre 5✨✨🎉🎉
COMME SI ÇA NE FAISAIT PAS 8 MOIS QUE VOUS ATTENDIEZ 👁️👄👁️
Franchement dites-moi…
On n’était pas à ça 🤏🤏🤏 de devoir faire un :
“PRÉCÉDEMMENT DANS UN CHANT D’ÉTERNITÉ” ?? 😭😭😭
Oui j’ai honte un peu… mais PAS TROP NON PLUS 😌
Du coup dites-moi TOUT 👇👇
💬 vous vous souvenez encore de ce qui se passe ou pas du tout ?
💬 team “j’ai tout relu comme un détective 🕵️”
💬 ou team “j’avance à l’aveugle et je prie 😭”
et SURTOUT 👀
💔 vous êtes team Gabriel (pauvre bébé 😭)
OU
🖤 team Hireki ( problème ambulant ?? 😏)
En tout cas merci d’être encore là après tout ce temps 🥺🫶
(et promis… je DIS promis… je vais essayer de pas redisparaître 8 mois 😭😭😭)
Votre King Mochi trop fier!!
DIOGENE 🍡🍭
A Suivre...
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