lundi 24 novembre 2025

Interlude - Pixel et Secrets



PIXEL & SECRETS

***

    Le salon est plongé dans une lumière bleue, comme un aquarium un peu triste.

La console grésille doucement. Manette en main, Gabriel affronte des hordes de zombies pixélisés avec concentration, jurant à chaque défaite.

Il est assis en tailleur sur le canapé. Torse nu, cheveux en vrac, cernes bien ancrées. Une boîte de mochis matcha vide traîne dans un coin de la table basse, à côté d’un mug où une cuillère repose, noyée dans un fond de Gabychouco.

Sur le fauteuil, de biais, Hireki le regarde. Lui n’est pas non plus à son avantage. TShirt Superman, chantilly séchée sur le bout du nez, pyjama Pikachu…

Mais, pour Gabriel, ce n’est pas le plus agaçant.

Hireki le matte.

Enfin, "mater", chez Hireki, n’a rien de lubrique. Ce mec vit dans un shôjô des années 90. Il a le regard rêveur, le fantasme flottant, les yeux un peu absents et les soupirs un peu trop longs.

Ça fait vingt minutes que ça dure.

    À quoi peut bien penser un mec comme lui, quand il fantasme ?

    Est-ce qu’ils courent main dans la main sur de la barbe à papa, avec un sourire béat, sans jamais s’adonner à un bon vieux ballet de langues bien baveuses ?

Une image floue de leurs lèvres qui se frôlent s’impose un instant. Gabriel s’ébroue, écoeuré

    Erk…

Le hoquet de dégoût est couvert par un nouveau soupir de l’Asiatique.

Gabriel fronce les sourcils.

    C’en est trop !

Deux têtes tranchées plus tard, il décide d’agir.

Sans prévenir, il inspire profondément.

Un rot monumental, long, gras, vibrant, retentit.

Un démon sorti tout droit des entrailles.

    BURHHHRRRRRKHKHKHK...

Il ne bouge pas. Les yeux rivés à l’écran.

Mais il capte un mouvement léger à ses côtés. Il tourne la tête, faussement étonné, les yeux écarquillés.

    « La vache, celui-là, il venait de loiiiin !!! »

Hireki le regarde, éberlué. Il semble encore perdu dans les dernières bribes de son rêve.

    « Tu sens ? » demande Gabriel imperturbable.

    « Quoi ?! »

Hireki se redresse brusquement, essayant de reprendre contenance. Gabriel s’approche, prêt à lui souffler à la figure.

    « Non ! Rapproche pas ta gueule ! » se débat l’Asiatique.

Gabriel renifle deux fois, concentré.

    « C’est l’ail des pierogi d’hier midi, non ? »

    « Putain, Gaby ! T’es vraiment dégueulasse ! »

Hireki fronce le nez en s’enfonçant dans le fauteuil pour fuir l’haleine. Gabriel ricane, fier de son coup.

Il reprend la manette.

    « Dit celui qui se gratte le cul au réveil pour sentir ses doigts après ! »

    « Je fais jamais ça ! » s’insurge Hireki

Gabriel lui lance un regard en coin, le sourcil relevé.

    Ils savent tous les deux...

Les oreilles de Hireki rougissent.

Gabriel, satisfait, se concentre à nouveau sur l’écran.

Court silence. Seulement les borborygmes zombies et la pluie fine contre la baie vitrée.

    « Sinon, Krypton, c’était comment ? » Lance soudain Gabriel.

    « Quoi ? »

    « Avoue, t’étais en train de chevaucher Clark Kent. Avec son petit collant et son slip rouge bien moulant. Suuuper sexy !! »

Le pied de Hireki cesse de se balancer. Un léger sursaut. Un souffle coupé.

Le silence.

Blanc.

Froid.

Sourd.

Gabriel le sent. Il sent qu’il a glissé.

Il ressasse.

Et le mot lui revient.

    Chevaucher.

Il a dit chevaucher.

Mais à quel moment il a cru que c’était une bonne idée ?

Est-ce qu’il vient de blasphémer contre le Dieu sacré de Hireki ?

Son personnage, resté trop longtemps immobile, meurt encore.

Gabriel hésite à relancer la partie.

Il tente.

    « Enfin j’veux dire… chevaucher, genre… son dos, hein. Dans le ciel. Pour voler. T’sais, comme dans les vieux films. Survoler la ville, la cape au vent… »

Mais il sait.

Trop tard.

Il a senti la bascule. La lumière a changé.

Hireki le fixe.

Aucune colère. Juste ce visage d’adulte blessé, celui qu’il ne montre jamais.

Le métis recule lentement contre le dossier, croise les bras.

Il a la posture verrouillée, le regard vissé à l’écran.

    « Évidemment que tu parlais de voler. De quoi tu parlerais d’autre ? » Sa voix est plus grave que d’habitude. Monotone. On dirait son père.

Gabriel déglutit.

    « Ben… de rien… »

Ce n’est pas la première fois que Hireki réagit comme ça sur ce genre de blague.

Mais, impossible qu’il soit gay, si ?

Non. Il ne dort presque jamais seul, et ses draps empestent le parfum féminin.

Et pourtant…

Il sait aussi ce que Hireki ressent pour lui.

Alors il ne serait pas “l’exception”, l’erreur de parcours, un fantasme ? Mais un désir qu’il refuse de regarder en face ?

Gabriel ne veut pas y penser. Ca ne ferait que remuer le couteau dans la plaie. Une plaie qui ne cicatrise pas vraiment depuis dix ans.

Il se remet à jouer pour s’empêcher de ruminer.

Mais ses doigts sont trop raides.

L’écran devient un prétexte.

L’atmosphère est chargée d’un silence qui hurle.

Il lâche, presque sans y penser :

    « T’sais, Hireki… On a tous nos secrets. »

    « J’suis pas gay ! »

La phrase tombe.

Un point final.

Une pierre lourde qui scelle une caverne encore close.

Gabriel s’arrête.

Le jeu en pause.

Un battement.

Il tourne lentement la tête. Hireki ne bouge pas. Les yeux toujours sur le téléviseur. Une veine, minuscule, bat doucement à sa tempe.

Gabriel se mord la lèvre. Il gigote. Son corps parcouru d’un frisson étrange.

    Alors lui aussi a des secrets.

    Et lui non plus n’est pas prêt.

Il se racle la gorge et dans une évidence qu’il espère légère s’étonne :

    « Ben ?! Je sais, Chan ! »

Gabriel lui sourit à pleines dents avant de relancer la partie, se recalant confortablement au fond du canapé.

    « Le nombre de fois que j’ai entendu crier ton nom à la porte d’entrée alors que je venais juste bouffer des nouilles ! »

Il râle à un énième Game Over puis tend la manette à Hireki.

    « Tu veux bien faire ce niveau pour moi ? »

Et la vie continue, comme si de rien n’était…

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        Helloooooow les Boundies !! 💕🌈✨

    OUI, encore un interlude 😅 
Mais hey, ce n’est pas le tout de revenir après trois mois de remise en question existentielle façon drama coréen, faut aussi rallumer la flamme créative, et autant vous dire que l’allumette est un peu humide. 🔥💧

Alors voilà, le prochain épisode de la trame principale est en chantier, mais pas abandonné, hein ! J’ai toujours le plan, les arcs, les twists, les tragédies, les pleurs, les cris, tout ça en tête 🎭📚… MAIS, trois mois sans poser les yeux sur Un Chant d’Éternité, c’est pas rien. Je me dois de tout relire, me réimprégner, me réapproprier mon bébé (non mais vous vous rendez compte du comble ?? 😭).

Bref. En attendant de pouvoir recracher des larmes et des dialogues de fin du monde, voici un petit interlude pour vous faire patienter 🫶

Alors alors… que pensez-vous de nos deux traumatophiles préférés, quand ils ne sont pas occupés à s’étriper pour savoir qui souffre le plus fort ? 😂

👉 Deux gros dégueus ?
👉 Des beaufs ?
👉 Des gamins ?
👉 Des ado attardés déguisés en hommes fonctionnels ?
👉 Ou juste… les plus attendrissants des paumés ?

Dites-moi tout en commentaire 💬, partagez vos théories (TEAM HIREKI VS TEAM GABY ?? 😏), vos ressentis, vos punchlines préférées, et comme toujours, merci d’être là 🖤
    Votre King Mochi Motivé
        Diogène


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4 commentaires:

  1. très plaisant. Deux tendres mômes boudeurs. Mais heu, tu m’embêtes ! Mais non, c’est même pas vrai!

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    1. Oui, des fois on oublie qu'ils sont adultes. Merci d’avoir lu 🤗

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  2. Des ados dans des corps d'adultes

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