lundi 10 février 2025

Chap III: Les Cris du Silence (5/5)


Précédemment: Chap III - Les Cris du Silence - 4/5

(👀 ~10min de lecture)


Chap 3

LES CRIS DU SILENCE

(5/5)
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    Ce n'est pas tant le froid saisissant qui le surprend en franchissant la porte de l'appartement de son fils, mais l'ordre qui y règne. Loin de lui l'idée qu'Axel vive dans une porcherie ; il est même particulièrement à cheval sur l'hygiène, notamment la sienne. Par contre, son appartement, lui, est à son image : chaleureux, accueillant mais surtout gentiment chaotique. Un refuge qui sent la vie, les soirées cocooning, les bougies "fleur de coton" et le chocolat chaud. Pourtant, aujourd'hui, rien de tout ça. Tout est impeccablement rangé : trop carré, trop ordonné, trop... 'pas Axel'.

Maxence s'avance prudemment, comme s'il s'était trompé de domicile, alors même que la clé, encore dans sa main, n'a montré aucune résistance en déverrouillant la serrure. 

Quelque chose cloche...

Il jette un coup d'œil alentour. Seul le bureau rappelle chez qui il se trouve. Il croule, comme souvent, toujours, sous des piles de livres, de dictionnaires spécialisés, de manuscrits en cours de traduction. Suspendu au-dessus, le tableau en liège explose en un feu d'artifice psychédélique, parsemé de post-it fluo, surlignés tant de fois que les deadlines à respecter s'effacent sous les assauts des marqueurs. 

Pourtant, encore une fois, un intrus capte son regard. Un plaid est soigneusement plié sur l'assise du fauteuil en vieux cuir. Maxence ne peut s'empêcher de s'en emparer brusquement, de le froisser sans état d'âme, avant de l'abandonner négligemment sur le dossier.

Quelqu'un d'autre vit ici!

La couverture, malmenée, se défend, amadouant son agresseur d'une fragrance à la fois chaude et piquante. Cette alliance troublante entre la douceur rassurante des bois ambrés et l’éclat imprévisible des épices brûlantes. 

Maxence gémit. La boule au fond de sa gorge l'étouffe quand le parfum de son fils lui caresse le visage,  un brasier qui réchauffe et le consume.

Il tapote machinalement les têtes fantaisistes des stylos saillants du pot à crayons, comme si la texture de ces gommes inefficaces pouvait le faire revenir à la réalité. L'homme pouffe, les yeux humides, en imaginant un instant son fils, du haut de ses vingt-neuf ans, un crayon dans chaque main, bruitant approximativement un combat épique entre deux gommes fantaisie.

    "Mascottes kawaii VS Sigles de Super Héros : Un combat 'gommicide' pour le trône de Gommopolis."

Axel doit sûrement s'inventer ce genre de combat lorsque son manque d'attention le pousse vers autre chose que son travail. Le rire l'emporte finalement, et Maxence laisse enfin échapper les larmes qu'il retenait jusque-là.

Il lui est plus facile de les attribuer au rire qu'à son inquiétude.

Plus d'une semaine maintenant qu'Axel est dans le coma. Arrivé en arrêt cardiaque, en hypothermie sévère. Il a été vite stabilisé, mais depuis, son cœur ne cesse de se rappeler à lui, enchaînant les arythmies plus ou moins importantes. Plus les jours passent, plus Maxence ressasse l'accident de ses sept ans. 

Vingt ans plus tard, cet accident oublié pourrait-il aujourd’hui lui coûter la vie ?

L'homme se passe la main sur le visage, dans les cheveux. Il est épuisé, perdu, sans plus aucun contrôle sur sa vie. Comme il y a trente ans, quand les infirmières lui déposèrent dans les bras, avec douceur et tristesse, le seul survivant de cette nuit d'horreur. Dans son dernier souffle, Haruko, sa femme bien-aimée, avait donné la vie à Axel... Et emporté avec elle le second enfant.

Rien n'est jamais vraiment derrière nous, ni oublié. Le passé s'accroche, persiste et se répète, un éternel recommencement. Une boucle divine qui emprisonne les âmes dans un cycle sans fin.

Une courte sonnerie retentit dans sa poche. Un sifflement guilleret et ridicule, ce genre de bruitage typique des dessins animés pour enfants. Un message sur le téléphone d'Axel qu'il se permet de lire, comme il le fait depuis plus d'une semaine : un message pour des rabais exceptionnels sur des vêtements de luxe de seconde main.

Maxence retient un sursaut de rage pour ne pas fracasser le téléphone au sol. À la place, ses doigts se resserrent autour. Ses phalanges blanchissent jusqu'à en être douloureuses.

    Plus d'une semaine. Aucun appel, aucun message. RIEN.

Son fils : Ce gamin toujours si joyeux, jovial et avenant. Cet archétype du "mec populaire", au charme impossible, est en réalité si seul que Maxence a encore du mal à le croire. Des notifications d’applis de rencontre, des rappels d'éditeurs pour des délais impératifs et quelques "C'était cool la dernière fois. On remet ça quand tu veux." Sans âme. Sans finesse. Sans passion... Rien qui puisse égaler ce regard émeraude étincelant d'amour qui s'illumine à chaque fois qu'il pose les yeux sur l'écran.

Maxence peste encore une fois. La fierté mal placée, ses mains se crispent un peu plus. Il voit le portable éclater entre ses doigts, l'écran se fissurer, multipliant à l'infini le visage de Gabriel comme un miroir brisé, son regard perçant l'accusant encore et encore dans chaque éclat de verre.

Il se ressaisit aussitôt, refoulant le vertige de culpabilité qui l'étrangle.

    Cette fois, il sera là. Vraiment.

    À ses côtés. À n'importe quel prix.

Il a d'ores et déjà annulé une mission de deux mois en Australie. Il en annulera encore. Toutes les autres, même s'il doit en perdre son travail. Peu importe.

Tant que les yeux charbonneux d'Axel ne s'ouvriront pas de nouveau.

Tant qu'il ne reverra pas ce sourire désarmant s'étirant sur cette fichue canine désaxée qu'il refuse de faire arracher et qui lui donne cet air de diablotin insolent.

    Il sera là.

    Il se le promet.

    À lui.

    À son fils.

    À ces murs froids qui l'oppressent.

Sa poitrine se gonfle d'honneur et de détermination quand il inspire une bouffée d'air froid.

    14h.

Maxence vient machinalement de lever les yeux sur le réveil à l'effigie du Maneki-Neko qui domine le désordre. Sa patte balance à chaque seconde, gênée dans son mouvement par une feuille griffonnée de kanji parfaits que Maxence décale délicatement.

Il jette un dernier regard à la pièce silencieuse, expire lentement pour chasser son trouble.

14h. Son rendez-vous avec le médecin approche.

Il n'a pas le temps de s'apitoyer davantage.

Déterminé, mû par une énergie nouvelle, il fourre le téléphone au fond de sa poche. Il rejoint le premier étage d'un pas pressé.

La chambre aussi est impeccable. Le lit est au carré, les coussins placés au millimètre, dans ce parfum entêtant de thé à l'orange et de cigarette. Il se dirige droit vers le chevet et fracasse la tasse qui s'y trouve contre le mur.

C'est l'évidence même. Ce maudit gamin passe ses nuits ici, là, dans le lit de son fils... 

    S'ils ne le partageaient pas déjà.

Cette idée le révulse. N'importe quel homme, mais pas ce moins que rien, ce paumé.

    Pas lui. Jamais.

Maxence ouvre la fenêtre dans un geste de révolte. Chasser toute présence de Gabriel qui hante les murs. Le temps est horrible depuis une semaine. Tout est enseveli sous une neige étouffante et lourde. Une chape immaculée qui paralyse tout dans une étreinte de glace. Les gouttières, aux dents de givre, prêtes à mordre chaque passant, le vent coupant qui torture les poumons, lacère le visage de quiconque s'aventure dehors. Jamais Maxence n'a connu pareille météo. La "tempête du siècle", disent les médias. Mais si le vent acéré et les flocons meurtriers ont fini de tomber, ils continuent de tout figer, jusqu'au temps. Tout semble ralenti, stoppé dans un royaume de glace indéfinissable, oscillant entre beauté et cauchemar.

Il prend une grande inspiration. L'air est sec, pur, mais cinglant. Il ne comprend pas pourquoi la voix de Gabriel lui revient, comme portée par le froid, pour s'infiltrer au fond de lui. Il s'ébroue, se frotte le visage encore une fois, se tapote même la joue pour remettre ses idées en place.

Dans un geste emporté, il tire le large rideau qui s'étend d'un mur à l'autre de la pièce: Le dressing.

Lui, est rangé avec un soin minutieux, presque maniaque et obsessionnel. Pourtant, cette fois, rien d'anormal. Chaque vêtement est trié par type, couleur, marque. Sur des cintres: Des ensembles tous prêts. Même sans indication, Maxence lit à travers eux : entretien important, tenue quotidienne, soirée. Le tout compartimenté par saison.

Déjà adolescent, Axel avait cette obsession du "dressing au cordeau", alignant ses vêtements avec une rigueur presque militaire. Cette préoccupation constante de l'image parfaite... Pour finir esseulé.

    Un gâchis innommable.

    Un mensonge.

Voilà ce qu'est son fils depuis toutes ces années : un mensonge, un inconnu, une image artificielle qui ne faisait que contenter la majorité, pour l'enfermer dans une solitude gardée secrète.

Dans un sac de sport, attrapé un peu trop brutalement, Maxence se dirige vers "hiver" et enfonce sans soin une des "tenues quotidiennes". Des sous-couches fines thermolactyl, un pull élégant et casual en cachemire, et un jean faussement délavé pour équilibrer le tout. Il y a même la veste de costume décontractée et la doudoune sans manches à glisser en dessous. En revenant sur ses pas, Maxence s'empare du flacon de parfum sur la commode, près de la fenêtre qu'il referme dans le même mouvement. Puis, avant de reprendre l'escalier de fer, il entre dans la petite salle de bain.

    Serviette, gant, brosse...

    Rasoir aussi...

Essayant d'ignorer tant qu'il le peut les traces de vie : le fond de la baignoire humide, la savonnette luisante sur le rebord.

Des affaires personnelles pour son fils.

C'est tout ce dont il a besoin.

Des affaires pour quand il se réveillera.

    Aujourd’hui.

    Demain.

    Dans quelques jours.

    Mais jamais "jamais".


FIN CHAPITRE 3

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✨❄️ Mes Boundies  !! ❄️✨

WOOOOW !! 🤯 On y est, la fin du Chapitre 3 ! Et quel chapitre, hein ?! Entre l’émotion brute de Maxence, les non-dits qui explosent en pleine face et cette ambiance glaçante qui s’installe, on peut dire que tout se met en place pour la suite… et ça promet ! 😱🔥

👉 Mais alors, dites-moi tout ! Qu’avez-vous ressenti en lisant ce passage ? Maxence a-t-il enfin ouvert les yeux ou est-il encore prisonnier de ses propres illusions ? Et surtout… êtes-vous prêts à plonger dans Chapitre 4 : La Promesse de l’Ange ? 👼✨

💬 Vos avis, vos théories, vos cris de frustration et d’amour, je veux TOUT lire en commentaire ! Parce que, sérieux, sans vous, cette aventure n’aurait pas la même saveur. Vous êtes mon essence, mes étoiles, mes rayons de lune dans la tempête. 🌙💖

📢 Alors, team Boundies, on like, on partage, on crie son amour pour nos âmes égarées… et on se retrouve très vite pour la suite !! 🚀✨

    Votre fidèle King Mochi 🐺🍡 


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🕊 Envie de souffler un peu… ou de creuser plus loin ? 🕊

Prolongez l'expérience avec ces quelques Bonus: 



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