Affichage des articles dont le libellé est résilience. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est résilience. Afficher tous les articles

lundi 10 novembre 2025

(Interlude - Ecrit Fantôme) Matin Calme



    MATIN CALME
Gaby's Edition

***

    Ses poumons s’emplissent du nouveau jour. Il ouvre les yeux.

        Toujours vivant...
        Et merde…
        Quelle heure il est ?

Il tourne la tête vers le chevet.
Son portable est resté branché toute la nuit… Lui, au moins, commence la journée batterie pleine.
Il n’a même pas pris la peine de ranger l’argent de sa passe. Les billets sont chiffonnés sur la tablette.

Il bouge, par réflexe, puis s’arrête.

Il se fout de l’heure, finalement.

Il faudra bien qu’il déguerpisse avant 10 h, de toute façon.
Le plafond est plus intéressant.

Par la même occasion, il évite les messages reçus cette nuit, la veille même, quand sa batterie a rendu l’âme.

Il se fout aussi des messages.

Il sait quel nom va apparaître avec un « 9+ » flamboyant à ses côtés.

    « Fait chier… », grimace-t-il. Pourquoi la première chose à laquelle il pense est Hireki ?

Il gigote légèrement. Il a envie de pisser.

Il cale quand même les bras sous sa tête.

La chambre est pas mal. Remue un pied. Les draps, pas trop rêches.

Il a connu pire.

Le temps s’étire. Ses orteils s’agitent au rythme d’une chanson imaginaire. Ses paupières papillonnent deux fois. Il parcourt la pièce.

Comment font ces gens qui paressent ?

Il se frotte les yeux, chassant du même geste la silhouette qui se dessine, emmitouflée dans une énorme couette.

Agacé, il s’assoit d’un bond au bord du lit. Les draps volent puis retombent, gonflés d’air, avant de s’affaisser aussi sec.

Il baille bruyamment pour ne pas s’entendre penser. Les coudes enfoncés dans les genoux, tête basse, il attend que son cerveau suive le mouvement. Il l’imagine se retourner comme un fœtus flottant dans du liquide amniotique.

Pas la bonne image. Sa vessie pèse un peu plus maintenant que la gravité fait son œuvre.

Il se masse distraitement. Sa nuque est raide, son dos engourdi.

        Le prix de la chambre.

Avec lenteur, il fait rouler sa tête, ses épaules, enfin étire les bras. 

Longuement.

 Devant lui, au-dessus, puis un peu plus en arrière.

Quelque chose lâche dans un craquement sec.

Il ne sait pas quelle vertèbre ou articulation s’est remise en place, mais il se sent étrangement revigoré. Il expire ostensiblement d’aise, comme un pied de nez au poids de sa vie.

Il l’insulte en pensée avant de se lever.

Ses gestes sont lents. Un vieillard de vingt-sept ans. Ses pieds traînent sur la moquette. D’une minute à l’autre, son talon va s’enflammer comme une allumette. D’ailleurs, il a déjà envie de fumer.

Il lorgne la fenêtre. 

Personne ne le saurait… S’il se penche bien… Personne ne saurait. 

Ses yeux se brouillent. Il a le vertige en imaginant le sol se rapprocher.

        Est-ce qu’on regarde le bitume s’approcher comme un salut ?

        Est-ce qu’elle a…

Sa vision se referme sur la neige tachetée de sang.
Les grands yeux verts.

Il sursaute nerveusement, balaie la pièce comme ce souvenir qu’il ne réussira jamais à enfouir réellement.

L’hôtel.

Il est à l’hôtel.

Il jette un regard à la fenêtre. Il a envie de fumer. Qui le saurait, après tout ? Ses pupilles fixent le vide.

        Droite, oui. Gauche, non.

Il fumera plus tard. C’est interdit ici.

Il faut qu’il se soulage de toute urgence.

Son pas s’emporte.

Le néon de la salle de bain est violent.

    « Putain ! C’est quoi ce délire des néons blancs ?! » Il avance au radar, évite soigneusement le miroir, puis jette t-shirt et caleçon au sol.

Il urine sous la douche dans une béatitude absolue.

    « À vessie pleine, cerveau en peine », murmure-t-il en pensant à ce proverbe aussi absurde que son créateur. « Ta gueule, Tête de Châtaigne », geint il, irrité.

L’eau est chaude. Brûlante même.

Il ne distingue plus rien dans la vapeur. Même pas ses pensées.

Parfait !

En temps normal, il déteste la chaleur, mais pas les douches. Il y passerait des heures. Regarder la crasse s’écouler, tourbillonner.

Pas la sienne. Celle des autres.

    « Bon retour chez toi ! Fils de chien ! » Il ricane, satisfait, en regardant les dernières traces du client se noyer dans les égouts.

La savonnette de l’hôtel est ridiculement petite. Elle fond entre ses doigts après le troisième lavage intégral. Le moindre millimètre de peau, le moindre recoin. Rien n’est épargné.

Dernier tour du propriétaire. Il passe lentement la main sur son torse, détaille ses hanches, l’intérieur de ses cuisses. Machinalement, il lisse les poils de son ventre, les range dans le bon sens.

Plus aucune trace du client. Des 'autres'.

Il ne reste que lui.

    « Récuré comme un sou neuf ! » sourit-il.

Hireki péterait un câble à l’entendre dénaturer des proverbes. Comme si cet imbécile n’en inventait pas de nouveaux chaque jour. Il roule des yeux, horripilé.

Il s’essuie sommairement et plie la serviette avec un soin démesuré. Il la dépose précautionneusement sous une petite affiche.

Il la connaît par cœur. Il la lit à chaque fois qu’il met les pieds dans cette pièce. Pourtant, il la relit, encore et encore.

        ‘Pour de nouveaux linges de toilette, veuillez laisser votre serviette au sol.’

Une fois, deux fois.

Pour être certain.

Il plisse les yeux, décryptant chaque mot comme un parchemin.

    « Pour de nouveaux linges de toilette », lit-il à voix haute, « veuillez laisser votre serviette… » Il regarde le tissu par terre. « … au sol. » Il acquiesce vivement. 

Il ne voit pas d’autre manière de comprendre cet ordre. 

        Il ne peut pas s’être trompé ? 

Il la relit une dernière fois, une tension étrange dans tout le corps.

        Même s’il se trompe… Il ne risque rien ici, si ?

Il n’ose pas se retourner, de peur de croiser les coups.

Il attrape son t-shirt à la volée. 

Son dos s’est délié dans la chaleur. 

Il se baisse de nouveau. Le geste se suspend au-dessus de son caleçon. Il joue nerveusement avec l’anneau qui traverse son septum, la moue songeuse.

Soudain, le sous-vêtement est roulé en boule dans le t-shirt.

Sans aucune pudeur, il traverse la chambre nu comme un ver. Sa peau humide attire un léger souffle frais. L’extase se lit sur son visage.

Son sac à dos est appuyé au chevet.

Petit inventaire matinal : 

    Caleçons sales.
    T-shirts qui puent. 
    Chaussettes trouées. 
    Caleçon…

Il regarde autour de lui puis renifle prudemment le sous-vêtement…

    « Propre ! »

Il l’enfile. Passe le t-shirt de la veille, son pantalon élimé. Il claque de la langue et soupire. Il doit passer à la laverie de toute urgence.

        Chez Hireki, ça serait gratuit… Vraiment gratuit…

Il regarde la boîte en métal qui émerge des vêtements écrasés.

Il n’a même plus de thé.

Il pince les lèvres. Il n’a pas envie de voir sa gueule d’imbécile heureux.

Il s’empare des billets et les fourre dans sa poche arrière.

        Il passera à la laverie.

Une mèche s’échoue sur son front pour goutter sur le matelas. Il lève les yeux, tire dessus, l’essore comme on tire le pis d’une vache. Elle rebondit en une boucle parfaite quand il la lâche.

    « Connasse… »

Une rage sourde gronde alors en lui. Il se précipite dans la salle de bain. Le miroir est embué ; il l’essuie à grands coups de bras.

Les mains cramponnées au lavabo, il se fixe haineusement. Son visage est brouillé par les gouttes. Il serre les dents. Les cheveux en boucles folles. 

Longs, trop longs. On dirait lautre.

Il enfonce les doigts dans sa tignasse. La lisse furieusement, du front jusqu’à l’arrière de la tête. La maintient en une houppette sommaire. Quelques boucles rebelles forment des bosses.
Il repasse sa main, encore et encore, aplatit le tout.

Une fois, 
Deux fois… 

Trois fois!! Il entend presque le bruit des cheveux arrachés. Ils bourdonnent à son oreille. Les bosses sont encore là.

Il érupte en une pluie de jurons. Tire un peu plus, prêt à se scalper.

Sa peau se détache, dévoile un crâne immaculé.

    « La boule à zéro!! » Il rit franchement, mais l’amertume noie la pièce.

Sans lâcher prise, il cherche frénétiquement autour de lui. Quelque chose, quelque chose, n’importe quoi pour les attacher.

        Un diable en boîte.

C’est ainsi que sa chevelure explose. En milliers de ressorts quand il rend les armes. 

Il fouille ses poches.
Pour être sûr.
Pour ne pas perdre une fois de plus…

    Chewing-gum menthe forte, 
    Briquet, 
    Paquet de clopes écrasé… 

    Un préservatif.

Il le regarde, dubitatif.

L’aluminium est froissé.
Sûrement percé… Des coups à se choper une merde.

    « Toi !! T’es dangereux, mon gars !! » Il le jette à la poubelle.

Cette foutue boucle traverse de nouveau son front. Il ne peut rien y faire. Il lui donne une dernière pichenette pour la forme et pense une fois de plus à Hireki. Ses doigts délicats quand il la replace sans même s’en rendre compte.

Il s’ébroue.

Sa brosse à dents est encore posée sur la céramique. Il s’en empare sans manière et frotte de longues minutes.

Avant, arrière, joue, langue. 

Il hoquète quand, dans un geste trop violent, il heurte sa luette. Il crache, tousse ; le dentifrice est mêlé de sang. Il se rince. S’essuie de l’intérieur du poignet.

Il s’approche du miroir.

Quelques poils drus…

Il oublie parfois qu’il est adulte.

Il fait crisser ses doigts sur sa peau. 

        Un cactus ? Un kiwi ?

        S’il se faisait pousser la barbe ?

Hireki et sa peau de mochi en seraient dingues de jalousie.

Les clients, eux, détestent les poils. C’est pour ça qu’il les garde.

Mais il doit aussi gagner sa croûte… Il ne peut pas se la jouer hipster.

        Racheter des rasoirs ou passer se raser chez… 

Il stoppe sa note mentale avant de prononcer le prénom de trop.

Il débarrasse la salle d’eau comme il chasse les yeux noirs qui émergent à sa pensée.

Dans la chambre, il tire les rideaux, entrouvre la fenêtre.

Ses gestes s’enchaînent.

Vifs.

Une tornade à rebours qui laisse la chambre comme il l’a trouvée.

Impeccable et plus encore.

Après avoir enfoui ses derniers effets au fond du sac, il arrache les draps du matelas puis les dépose avec soin au bout du lit, parfaitement repliés.

        Plus un pli, plus une trace.
        Il n’est jamais venu ici.

Le sac sur l’épaule, il quitte la chambre sans un regard en arrière.

        Cigarettes
        Laverie
        Rasoirs…

        Thé.


Matin Calme - Gaby's Edition


====

      
 🎉 Salut les boundies ! 🎉

    Non, vous ne rêvez pas, après trois mois de silence radio, votre king mochi mal aimé refait surface ! 👑🥲 Un retour tout en douceur, ou presque, avec ce petit écrit fantôme venu hanter votre lundi!! 🖤👻

    À la base, ce texte devait être... roulements de tambour...
        ➡️ l’épisode 1 du chapitre 5.

Mais voilà, comme souvent dans mon cerveau capricieux, j’ai fini par prendre un tout autre chemin narratif.

Du coup, ce “Matin calme” n’apparaîtra pas dans la trame officielle... mais il reste le texte d’origine, celui que j’avais bossé à fond, que j’aimais bien, alors j’y ai apporté quelques modifs pour le sortir de son contexte initial.

Bon, j’avoue... 😬

Encore une fois, c’est Gabriel qui vole la vedette. Oui, je sais, Hireki semble relégué au fond de la laverie à trier les chaussettes sales. Mais que voulez-vous ? Gaby, c’est mon perso fétiche, c’est lui que je maîtrise le mieux (allez comprendre pourquoi... 🙃).

Cela dit !

Pas de panique, j’ai déjà en tête un Matin calme, version Hireki, pour vous montrer l’autre versant de ce duo tout en nerfs, thé froid et tragédies domestiques 🫖💥

📅 Prochain rendez-vous dans deux semaines si tout va bien (et que mon cerveau ne décide pas de m’embarquer ailleurs entre-temps 🧠💨).

        👉 En attendant, dites-moi :

    – Vous êtes plutôt team Gabriel ou team Hireki ?
    – Quel moment du texte vous a le plus marqué ?
   – Et si vous deviez donner un nouveau proverbe débile à ajouter à la liste, ce serait quoi ? 😏

Merci de continuer à lire malgré la noirceur de certains passages, ça me touche plus que vous ne le croyez 💜

    Prenez soin de vous, et ne laissez jamais votre serviette au mauvais endroit, on sait tous ce que ça peut déclencher… 😅🧼

        À très vite, bande de traumatophiles! 🌙🖤

    Votre King Mochi plein de questions
        Diogène


Retour à la *Table des Matieres*
-N'hésitez pas à Commenter et Partager-

lundi 26 mai 2025

Chap IV : La Promesse de l'Ange (5/5)

 

Précédemment: Chap IV - La Promesse de l'Ange - 4/5 


(👀 ~10min de lecture)


Chap 4

LA PROMESSE DE L'ANGE

(5/5)

---


    « Votre fils est réveillé. »

La phrase avait tranché l’air la veille comme une lame froide. Maxence n'avait pas entendu la suite. Il s'était déjà levé, son manteau dans les bras, ses clefs perdues quelque part au fond d'une poche trop profonde.

Le froid, dehors, n'était pas celui des promenades silencieuses. Il cinglait, frappait, glaçait jusqu'à l'os. Impossible de prendre la voiture : la neige tombait en rideau épais, les bourrasques hurlant à chaque croisement comme si elles cherchaient à le retenir. Chaque pas était une bataille. Ses bottes creusaient la poudreuse, la chassaient en éclaboussures gelées. Il avançait, tendu, le regard au sol, ses pensées battant la cadence plus fort encore que ses talons.

    J'arrive.

    Je suis là.

    Je serai toujours là.

Pourtant, à mesure qu'il avançait, la volonté s'étiolait et laissait place aux mensonges.

Il avait resserré son écharpe quand une violente bourrasque le gifla.

    Des scénarios.

    Des phrases toutes faites.

    Des silences à cultiver.

Les flocons acérés s'infiltraient en lui pour les geler avant qu'ils ne franchissent le seuil de ses pensées.

Maxence accéléra quand son pied s'enfonça profondément. La neige l'engluait. Il pesta en tirant sur sa jambe. Rien à faire, le sol le retenait.

Il glissa les mains dans ses poches.

Le téléphone d'Axel.

Pourquoi l'avait-il pris ?

Il ne le lui rendrait pas. Pas encore.

Un violent coup de vent le stoppa net. Les flocons, comme des bras glacés, le repoussaient. 

Il s'arrêta.

    « Il a besoin de repos », se défendit il, l'angoisse au bord des lèvres.

Mais il le savait. Ce n'était pas le repos d'Axel qu'il protégeait. C'était le sien. C'était son propre cœur qu'il refusait d'ouvrir.

Il tituba jusqu'à une vitrine.

Encore un peu de temps... Juste un peu… Comme si dix jours n'avaient pas suffi à ressasser encore et encore les mots acerbes.

Son reflet l'avait alors fixé, tendu, partagé entre détermination et peur. Derrière la buée, une émeraude se détacha. Froide. Unique.

    « Vous êtes incapable de vous occuper convenablement de votre fils. » Une goutte de vérité qu'il ne voulait pas boire.

Finalement, comme un miracle amer. Alors qu'il entrait prudemment dans la chambre d'Axel, celui-ci ne montra aucune réaction. Ses paupières se fermaient un peu plus longuement à chaque clignement. Maxence reçut l’ultime chance d’enfin choisir. Face à ce vide qu'il ne sut remplir, son esprit dansait : 
 
    Couper le lien ou le dénouer lentement ?

L'instant décisif où, enfin, une fois pour toutes il décida quel adversaire il affronterait le lendemain.

Et le voilà aujourd’hui. Le poing suspendu devant la porte, partagé entre excitation et prudence.

Maxence prend une profonde inspiration. Il hésite. Puis frappe.

Deux coups secs.

Il ouvre la porte sans attendre, se jette dans la gueule du loup.

Son cœur s'emballe immédiatement.

Angoisse ou soulagement ? Impossible de le dire.

Axel est semi-allongé, le regard tourné vers la fenêtre. Le vent est si violent que les flocons ne tombent plus : ils s'écrasent. La neige frappe le carreau et Maxence l'imagine le briser pour l'étrangler, lui et ses mensonges.

Une silhouette se dessine furtivement, sans raison.

Volute de glace et d'émeraude.

Il frissonne.

Axel ne l'a même pas remarqué. Il ne bouge pas, ses yeux noirs perdus entre la vitre et le vide.

    « Hey, fils... » souffle-t-il.

La tête de son garçon dodeline légèrement. Ses paupières battent lourdement, avant de se poser sur lui. Un regard sans colère, sans joie.

    « Salut, 'Pa. » La voix est rauque. Fragile. Il ne sourit pas.

Maxence peut bien accuser la fatigue, mais au fond il sait. Ce n'est pas lui qu'Axel attendait.

L'homme ôte ses gants pour ne pas affronter le regard déçu, la poitrine prise en étau par une tristesse indicible. Il ne gagnera rien frontalement. C'est factuel. Il l’a bien intégré durant tout ce temps : Mener la guerre à Gabriel ne mènera à rien.

Il aura essayé.

Pour quoi au final ?

En arriver là, au chevet d'un fils qui s'accroche comme du lierre à un arbre pourrissant.

    « C'est ce que j'essaie de faire !! » Ce hurlement de l'âme quand Maxence avait ordonné à ce gamin de disparaître... 

Alors que ce n’est pas lui le problème, mais les sentiments de son propre fils.

Maxence s'approche prudemment. Un pas, puis un autre. Il sent son corps attiré comme un aimant. Tout en lui hurle de serrer son fils dans ses bras, mais il se contient en tirant nerveusement sur son écharpe. Il tremble. Il s'en aperçoit lorsqu'il finit par tendre les doigts vers ceux d’Axel.

    « Tu es assis, c'est bien », dit-il en souriant. Il stoppe son geste à quelques millimètres des bandages. Des gelures encore sous surveillance... La main gauche, évidemment, comme si le sort s'acharnait.

Est-ce qu'il pourra redessiner ces petites caricatures rondes et adorables qu'il collait partout à la maison ?

Maxence se racle la gorge.

Est-ce qu'il en dessine encore ? Il n'est plus un enfant...

L'homme s'assied sur le fauteuil médicalisé. Axel est silencieux. Il bouge à peine, mais son regard le scrute. Il le sent couler sur lui, et Maxence se sent coupable. Rien ne pourra jamais racheter le passé. Il hésite encore un instant et époussette nerveusement le bord de son manteau.

Puis enfin, il l'affronte.

Son œil droit est encore un peu enflé et sa joue ressemble à une terre aride. Maxence lui sourit. Il sent bien que ses lèvres s'étirent piteusement. Son fils, son si beau fils, n'a plus rien de sa mère. Il plisse les yeux, cherchant les vestiges de Haruko avant de se ressaisir, honteux.

Est-ce qu'il l'a déjà au moins regardé pour ce qu'il est vraiment ?

Axel est Axel...

Plus un enfant, pas plus qu'un ersatz de Haruko.

Il se fustige. La route sera longue. 

Il se pince l'arête du nez.

    « Ça va, 'Pa ? » Maxence hoche la tête sans répondre tout de suite.

Il se rapproche un peu sur l'assise, les coudes sur les genoux, les mains entrelacées.

Il a préparé tant de phrases, mais rien ne semble convenir.

    « Hier, tu étais encore confus. Mais j'étais là, tu sais ? » Il lève le menton. Un geste dérisoire. Ce n'est pas de la fierté. Juste de la volonté. Celle d'être un père. Enfin.

    « Je suis venu tous les jours. J'ai même annulé ma prochaine mission. » Les mots flottent, comme s'il essayait de construire un pont entre eux. Mais Axel ne le rejoint pas. Il penche simplement la tête, les sourcils froncés. Il doute. Et Maxence sent le coup, profond et silencieux.

    « Merci. » Un simple souffle contenant un monde entier de distance. Maxence n'y tient plus. Il se penche, et sa paume caresse avec tendresse la tempe de son fils. Mais Axel se dérobe aussitôt.

    « Tu sais que tu peux compter sur moi ? Hein ? » s'inquiète Maxence.

Il le pense.

Vraiment.

Pas comme avant. Pas comme ces autres fois, où il le disait sans être là. Mais les yeux d'Axel restent sombres.

Il retire sa main, à regret. Il lisse les draps. Le tissu est moite. Comme sa paume.

    « C'est... sensible. » Axel tente un sourire, mais sa lèvre se fend d'une fine strie rouge.

Maxence se lève d'un bond, attrape la cruche. Ses gestes trahissent son trouble. L'eau se pare de vaguelettes régulières.

    « Bois... doucement. » Le verre tremble. Axel l'attrape de ses deux mains. Maxence les détaille. Elles frôlent à peine le contenant.

    « Je vais t'aider ! » Dans son empressement, Maxence ne fait qu'effrayer son fils, qui lâche le verre. Les deux hommes restent interdits, les yeux rivés au pyjama mouillé.

    « Pardon... » se décide enfin Maxence en le débarrassant.

    « Ça va aller, 'Pa. Je... » s'agite Axel. Il est agacé, et Maxence ne comprend pas.

Ne voit-il pas qu'il fait des efforts ?

    Bip.

Axel tousse brièvement. La toux sèche résonne dans la poitrine de Maxence. Il sent le froid, le vide, la douleur dans son torse.

    Bip bip.

Le scope s'emporte. La toux reprend. Il n'entend plus qu'elle. Un écho assourdissant qui se démultiplie, vrille ses tympans, écrase son esprit. Il reste paralysé, hypnotisé par ce petit cœur de pixels qui clignote devant des chiffres qui s'affolent. L'adrénaline parcourt tout son corps. Il halète. Son cœur bat à tout rompre au rythme des alertes.

Le souvenir le cueille brutalement.

Haruko…

    « 'Pa ? » La voix fragile le ramène. « Pa ? Ça va ? » Maxence cligne des yeux. Revient au présent. La poitrine d'Axel monte et descend. Régulière, puissante.

Vivante.

    « Tu as parlé aux médecins ? » La question le gifle. Le sol s'ouvre sous lui. Une sueur froide traverse son échine. Il vacille intérieurement. Il n'avait pas prévu cette question.

Imbécile.

Maxence se tourne vers son fils. Axel est trop diminué pour affronter la vérité.

Pas maintenant.

    « Non », lâche-t-il avec aplomb.

Il fuit. Encore… Comme toujours.

C'est pour son bien.

Un bon père protège son fils.

Mensonge.

Axel plisse les yeux, suspicieux.

    « Enfin… » hésite Maxence. Il se sent jugé, percé à jour. « Juste… pour suivre l'évolution de ton… » Il se laisse tomber dans le siège en se recroquevillant sur lui-même. « Axel ? Tu te souviens de ce qui s'est passé ? »

    Bip bip bip.

La tête de son garçon tangue. Maxence le voit lutter sur deux respirations avant de secouer négativement du chef.

    « Tu es certain ? Tu sais, tu peux… tout me dire. » Maxence fuit son regard pour chasser l'image du sourire aux dents acérées qui se dessine soudain. « Vraiment… » Sa voix s'étrangle. Il se sent grimacer d'amertume.

Il avance à reculons.

    « Non. » Un simple murmure qu'il refuse d'entendre.

    « Si tu t'es disputé avec… » Il ravale sa rage. « Avec lui. »

Axel doit parler, sinon il ne pourra pas lui montrer…

    Bip bip bip.

L'atmosphère se refroidit aussitôt.

    « Je ne suis pas là pour faire la morale… » Insiste Maxence.

    Bip bip bip bip.

    « Je ne sais plus » Une porte se ferme. A double tour.

Axel tousse une nouvelle fois. Sa respiration lui arrache une plainte quand il laisse tomber la tête en arrière. Il aspire à pleins poumons, les doigts agrippés à son pyjama mouillé.

Maxence se replace maladroitement sur le siège. Il n'a même pas vu son fils souffrir, trop occupé à céder du terrain à... Sa jambe a des soubresauts. Un tic nerveux qu'il a depuis toujours quand il se sent acculé.

Axel se racle la gorge. Il se rehausse avec maladresse.

    « Mon téléphone. » Les mots tombent, tel un couperet. Le mensonge se presse aussitôt à ses lèvres. Maxence bombe le torse. Une posture trop franche pour être honnête.

    « Je ne l'ai pas ! » Les mots lui échappent. Une réponse sèche. Bien trop suspecte. Aussi, la réaction d'Axel ne se fait pas attendre. Il voit son fils le fixer, méfiant. Les perles noires le sondent pour lui arracher la vérité.

    « Il n'était pas sur moi ? » La voix sonne comme une menace.

Maxence est pris au piège. Il ne peut plus reculer. Sa fierté l'a devancé.

Lui rendre le téléphone maintenant est impossible.

Il presse la main contre la poche de son manteau. Le cellulaire lui brûle les doigts.

    « On m'a donné ta montre, c'est tout. »

    Bip bip bip.

Maxence se mord la joue. La montre qu'il lui a offerte.

    Bip bip bip.

Le scope s'excite. Cette fichue machine semble parler pour lui.

Son poing se referme un peu plus. Il évite les iris noirs. Il ressemble à un petit garçon pris en faute. Sa jambe tremble de plus en plus. Le bruit de son talon marque chaque temps de son angoisse. Le téléphone prend feu.

Ses ongles s'enfoncent dans son genou, mais la tension est trop grande. Ses oreilles bourdonnent. Sa poitrine va exploser.

Maxence bondit brusquement.

    « Tu n'as pas besoin de ça ici !! » 

Son bras balaie le vide. Il ne se maîtrise plus... Sa silhouette s'agite devant son fils éberlué. Il n'entend même pas ses propres mots. Ce n'est pas lui qui parle. C'est sa fierté, son ego blessé, le père incapable qui s'accroche à ses derniers mensonges. Ils grondent en lui, luttent pour leur survie, mais il ne peut plus supporter…

    Bip bip bip bip.

La tristesse d'Axel.

Il manque à sa promesse… Il gâche tout, une fois de plus. 

Ce n'est pas ce qu'il veut.

Un souffle nouveau emplit soudain sa poitrine. Comme s'il venait d'atterrir là, dans une nouvelle vie, un nouveau corps. Maxence observe autour de lui. Perdu.

    « Pa’ ? Ça va ? » Axel s'est enfoncé dans son oreiller comme un chiot apeuré. Maxence porte la main à son visage. Ses joues sont humides, ses dents claquent. 

Tout s'écroule.

Il fond en larmes. 

Maxence se réfugie derrière ses mains, cache ses pleurs de honte. Ses pardons étouffés dans sa manche, il tombe épuisé dans le fauteuil médicalisé.

    « Excuse-moi… Pardon, je… » Maxence relève misérablement la tête. « J'ai eu si peur, Axel ! Peur de te perdre, toi, et… »

    Haruko… Encore une fois…

La bouche d'Axel se tord. Il n'y a pas vraiment de compassion dans son regard. Seulement une tristesse vide.

Maxence sent une colère sourde bourdonner encore tout au fond.

    « Vous êtes incapable de vous occuper de votre fils. »

C'est vrai… Il n'a fait que rejeter la faute sur les autres, mais la vérité est là. Il n'a fait que vivre dans les souvenirs de sa femme, dans l'imaginaire d'une fille perdue, sans ouvrir une seule fois les yeux sur celui qui leur a survécu.

Maxence quitte lentement le fauteuil. Dans un geste paternel, il ébouriffe prudemment les cheveux d'Axel.

    « Pardon, Ma Cerise. Je repasserai. Repose-toi. »

    « Trouve mon téléphone… S'il te plaît. »

Maxence sourit, défait mais pas vaincu.

Il sait très bien pourquoi.

Ses doigts quittent les cheveux ternes et collés par les jours de coma. Axel l'appellera, quoi qu'il arrive. D'une manière ou d'une autre.

L'image du fil rouge du destin lui revient. Celui qui l'a lié à Haruko et qui lie désormais son fils à ce gamin perdu. Axel n'a pas prononcé son prénom. Pas une seule fois. 

Parce qu'il a muselé son fils durant dix ans. Un tabou qu'Axel continue de respecter pour le protéger, lui.

Il n'a pas été un bon père, mais Axel a toujours été un bon fils.

Maxence baisse les yeux. Une tension glaciale court le long de ses veines. Sa nuque se raidit, son estomac se tord. Il inspire lentement. Le téléphone toujours dans sa poche. Un poids, un feu muet, et l'image qu'il a toujours tenté d'ignorer.

    « Je chercherai… Promis… »

Maxence referme précautionneusement la porte derrière lui. Puis, dans ce couloir animé, d’un geste lent, il sort le téléphone.

L'écran s'illumine.

Le visage souriant apparaît, comme à chaque fois. Le sourire large, les yeux pétillants de malice. Maxence revoit le bambin adorable, toujours dans l'ombre d'Axel, mais qui pourtant attirait tous les regards. Il ne cille pas. Il le regarde enfin comme il vient de regarder son fils. 

Son pouce caresse l'écran. Il tremble, une tension sourde qu'il décide de faire changer de chemin.

Il suit la ligne du sourire, la mâchoire, le cou gracile. Il ferme les yeux. Sa bouche a le goût du fer, l'amertume d'une vérité qu'il concède à moitié.

    « Je ne peux pas t'arracher à lui sans le perdre. Tu as été là, toujours présent, bien plus que moi… Mais… »

D'une pression légère du doigt, l'écran s'éteint.

    « Tu n'es qu'un refuge. Utile mais Froid et dangereux… Pas son foyer. »

Il sourit. Une paix nouvelle au fond de l'âme.

    « Merci pour tout, Gabriel. »


FIN CHAPITRE 4  
====


        
🌨✨ Mes Boundies !!!! ✨🌨

    C’EST ENFIN POSTÉ !!! 🥹💥

Je vous jure, celui-là… pfiou. Ce n’était pas un épisode, c’était une quête intérieure, une ascension du Mont Everest émotionnel en chaussettes trouées, et je vous DOIS un immense merci pour votre patience 🫶💔

📢 Oui, je sais. Il a pris des plombes à sortir. J’ai retourné ce texte dans tous les sens, je l’ai écrit, réécrit, abandonné, redétesté, recollé, coupé, recousu… bref, il a mis le temps. Parce que je n’arrivais pas à l’aimer. Mais il fallait qu’il soit juste. Juste pour Maxence. Juste pour Hireki. Juste pour vous. Et je crois (enfin !!!) que maintenant… c’est le bon.

    🎭 Alors, dites-moi tout :

            💬 Vous attendiez-vous à ces retrouvailles entre Hireki et son père ?
        🥶 Que pensez-vous de Maxence, maintenant ? En rédemption ou toujours à la ramasse ?
        📱 Le téléphone : précieux lien ou arme de manipulation silencieuse ?
        📌 Est-ce que, vous aussi, vous avez senti cette tension glaciale à chaque “bip bip bip” ? 😬
        ❄️ Et si vous deviez résumer cet épisode en un mot, ce serait lequel ?

J’ai HÂTE de lire vos ressentis, vos analyses, vos 💥THEORIES💥 et même vos “j’ai juste pleuré et c’est tout” 😭 (vous avez le droit ! moi aussi 🫠)

Merci de toujours être là, de me lire, de commenter, de m’attendre, de me soutenir, même quand je lutte pour poser trois mots ✍️ Vous êtes la plus belle team que j’aurais pu rêver 🌙🫶

    💌 Je vous dis à Lundi prochain!! 😈

D’ici là, hydratez-vous, pleurez si besoin, serrez votre peluche préférée ou votre tasse de thé, et n’oubliez pas :

    Ce n’est pas juste une histoire. C’est un refuge. ✨

Avec tout mon cœur,

    Votre King Mochi accompli,
        Diogène 🐺🍡💫

====

🕊 Envie de souffler un peu… ou de creuser plus loin ? 🕊

Prolongez l'expérience avec ces quelques Bonus: 




- N'hesitez pas à commenter et partager -

Retour à la *Table des Matieres*


lundi 14 avril 2025

Chap IV : La Promesse de l'Ange (4/5)

 

Précédemment: Chap IV - La Promesse de l'Ange - 3/5


(👀 ~15min de lecture)



Chap 4

LA PROMESSE DE L'ANGE

(4/5)

---


    « Les garçons ? C’est l’heure de dormir ! » Le visage de Maxence apparaît dans l’entrebâillement. Les sourcils hauts, le sourire doux, l’homme regarde les deux garçonnets qui lèvent à peine le nez de leurs jouets.

    « Encore un peu, Papoune !! » supplie Hireki. Son bras est encore en l’air, prêt à abattre son super-héros sur l’énorme dinosaure qui se tient au milieu de Lego éparses.

Maxence s’introduit prudemment et ébouriffe ses cheveux en considérant les enfants.

    « C’est déjà le deuxième “encore un peu”, alors on se couche ! »

    « Mais ! » proteste Hireki alors que Gabriel est déjà sur ses pieds.

    « Oui, Monsieur Bouvier ! » lance l’enfant comme un bon petit soldat.

  « Mais ! » objecte encore le petit métis. Son meilleur ami vient de le trahir et la déception est manifeste. « On n’a pas fini !! » conteste-t-il, les sourcils froncés et la moue renfrognée. 

Le regard de Gabriel danse un bref instant entre Maxence et Hireki. Son petit corps balance d’un pied sur l’autre quand l’Asiatique tire brusquement le haut de son pyjama. Si fort que Gabriel en perd l’équilibre et tombe sur les genoux.

    « Axel !! » Réagit vivement Maxence. L’homme s’avance vers Gabriel, les bras déjà tendus pour le relever. « J’ai dit au lit !! MAINTENANT ! »

À peine a-t-il atteint le petit garçon que l’enfant se jette fébrilement derrière Hireki.

    « Pardon, Monsieur Bouvier !! » Agrippé à son meilleur ami, ses doigts disparaissent presque dans la chair du métis.
    
    « Aaah, mais tu me fais mal !! »

Gabriel ne réagit pas. Il tire le col de l’enfant avec précipitation.

    « On va dormir maintenant. » 

Il halète. 

Les yeux voilés, il malmène Hireki pour le relever. La panique se lit dans chacun de ses gestes. Le temps, pour lui, semble s’étirer, alors que seules quelques secondes se sont égrenées. Il continue, égaré dans une peur injustifiée. Tout son corps tremble.

    « Chan ! Lève-toi ! » souffle-t-il. Il lance des œillades inquiètes vers Maxence pendant que Hireki, lui, se débat. Le pyjama enserré autour du cou, ses jambes battent l’air.

    « Tu m’étrangles !! Gabyyyy… » Ses doigts s’agitent entre le tissu et sa gorge.

    « Allez ! Ça suffit ! » scande Maxence. 

Le père fond sur son fils puis le soulève sans ménagement. Gabriel recule de deux pas. Il tend la main puis la rabaisse regardant Maxence s’éloigner.

    « On va dormir, Monsieur Bouvier ! Juré… » Gabriel se dandine. Dans un dernier sursaut de courage, il tente d’arrêter l’homme mais renonce aussi vite. Maxence ne l’écoute pas tant Hireki gigote comme un beau diable sur son épaule.

    « Mais j’allais sauver le monde !!! » proteste le petit métis.

Maxence le jette doucement sur le lit avant de regarder, dubitatif, le tas de cubes aux pieds de Gabriel.

    « Il semble que tu arrives trop tard, Super Axel !! » Gabriel sursaute et bondit d’un pas quand il suit le regard de l’homme. Il a écrasé les dernières structures de bois. 

Ses yeux s’écarquillent d’effroi.

    « Mais… » Il lève des yeux embués « On a évacué les gens avec des alarmes !! » explique Gabriel, tentant comme il peut de justifier une faute qu’il n’a même pas commise.

    « Oh !! Alors il n’y a plus de danger !!! » conclut le père en tapotant la tête de Hireki. « Si la population est en sécurité, les héros peuvent dormir sur leurs deux oreilles ! » Il donne un coup de menton vers le lit et Gabriel s’y précipite sans discuter.

Il se glisse entre Hireki et le mur alors que le petit métis tend les bras vers son père.

    « Câlin du soir ! » quémande-t-il.

Maxence pouffe tendrement. L’étreinte est puissante et douce à la fois. Il frotte fermement le dos de son fils puis lui claque un baiser bruyant sur le sommet du crâne.

    « Bonne nuit, Ma Cerise ! »

    « Bonne nuit, Papoune !! » 

Maxence se détache du garçon, qui reste pendu à son cou avant de retomber sans finesse. Puis, dans un réflexe, se penche vers Gabriel. Soudain, tout le corps de l’enfant se tend. La couverture remonte un peu plus et une petite tente se forme au niveau de ses jambes lorsqu’il les replie précipitamment. 

La main en suspens, les doigts de Maxence tressaillent.

Gabriel le regarde, les sourcils inquiets.

    « Bo… Bonne nuit, Fiston. » Maxence frôle à peine les boucles châtaines quand il flatte le front de l’enfant. Le trouble est palpable. Une tension visqueuse dans l’air qui rend Maxence nerveux.

    « Bonne nuit, Monsieur Bouvier… » La voix, étouffée par les couvertures, est imperceptible. 

Maxence observe encore un instant le petit garçon s’agiter. Ses yeux pétillent de malaise ou de soulagement quand il finit par se coller dos au mur. La couverture est maintenant si haute que ses cils battent le bord du tissu.

Maxence se redresse. Discrètement, il s’essuie les mains sur les cuisses puis remonte la couverture sur son fils. Hireki frétille de bien-être.

    « Chan ? » murmure Gabriel une fois Maxence parti.

    « Mh ? » Hireki se tourne vers lui. Gabriel le regarde, les yeux ronds, la couverture toujours sur le nez. « Tu… Tu aimes ton papa, toi ? »

Les yeux noirs s’agrandissent. Le petit Asiatique observe son ami, perplexe. « Ben oui ! » lâche-t-il tout naturellement.

Gabriel se mordille les lèvres. Il semble chercher ses mots.

    « Mais… même si des fois il… fait des trucs ? » Il tire si fort sur sa lèvre inférieure qu’elle se fond à son teint.

    « Des trucs comment ? » demande le métis, curieux.

Gabriel hausse les épaules. 

    « Des trucs… que t’aimes pas… »

Hireki s’assied d’un bond. Les bras croisés et le nez au plafond, il réfléchit un instant. « Mmh… Un jour, j’ai dit que c’était le chien du voisin qui avait volé son crayon préféré. » Il se retourne vers son invité. « Et il m’a puni ! »

Gabriel acquiesce, gêné. « Les punitions… »

Hireki se pelotonne sous les couvertures en riant. 

    « Ah ! Mais c’est pas grave, ça ! C’est pour ton bien ! Mon papa, il dit que si je fais une bêtise, je dois lui dire ! »

    « Mais il te punit après !! » s’insurge Gabriel.

Hireki secoue la tête. 

    « Que si je mens ! » Il se retourne, le sourire espiègle. « Des fois je dis rien ! Mais j’invente pas non plus ! C’est pas mentir si je dis rien, si ? » Ses yeux brillent d’une lueur maligne.

Le silence s’installe. Hireki finit par s’étendre en baillant bruyamment. 

Gabriel l’observe toujours.

    « Chan ? »

    « Quoi encore ?! »

    « Mais si tu fais pas de bêtises ? »

Hireki s’agite et s’assied en repoussant les couvertures avec agacement.

    « Pourquoi tu veux que mon papa me gronde si je fais pas de bêtise ?? » Son regard noir transperce Gabriel qui baisse la tête. Sa voix souffle dans la pénombre. Une confidence amère.

    « Des fois, j’aime pas mon papa… À cause des punitions. »

Hireki fronce le nez puis cligne plusieurs fois des yeux. Enfin, il pouffe, presque hautain.

    « Tous les garçons aiment leur papa ! T’as qu’à être sage ! » conclut-il brutalement en se fourrant sous les couvertures.


***


    « Tous les garçons aiment leur papa… » répète Gabriel pensivement.

Accoudé au lit d’hôpital, le jeune homme fixe la fenêtre face à lui. Les volets sont à peine baissés. La nuit a effacé la ville et transformé la vitre en miroir. 

Il sursaute quand il surprend son reflet. Un regard puissant, un port de tête élégant. Comme il y a quelques jours, il ne se reconnaît pas.

Il s’ébroue. Enfouit son visage dans les mains. 

Dans une grande inspiration, la réalité reprend son cours. Un coup d’œil au miroir et il capte la mine défaite, les cheveux ébouriffés, l’allure négligée.

    « J’ai essayé d’être sage et de l’aimer, tu sais… » Il hausse les épaules et coule dans le fond du fauteuil. « Je l’ai pas toujours détesté. Mais est-ce qu’on peut aimer un monstre ? Toi… Tu aimerais ton père si tu savais la vérité ? »


***


    « Hein ? Hi-chan  ? » Les chaussures à pompons balancent d’avant en arrière. Hireki suit leur mouvement à travers ses doigts. Son visage n’a pas quitté ses mains alors qu’il sondait encore et encore au plus profond de ses souvenirs. 

Ses genoux brûlent. Le tapis de feuilles a laissé place à une moquette verte où sont éparpillés des jouets.

Bâtons de bois, cubes de plastique…

Des doigts délicats s’emparent d’une figurine de super-héros. Hireki suit machinalement le mouvement.

Le parfait Gabriel le toise. Il penche la tête sur le côté, le sourire doux. Puis, l’atmosphère change. 

Brusquement. 

Aussi vite que se durcit son visage. La lèvre supérieure tressaute et les doigts tirent sur l’objet.

Plop

La tête est arrachée dans un mouvement bref et maîtrisé. Pourtant, Gabriel sursaute. Surpris par son propre geste. 

Il tourne et retourne le jouet cassé et, dans un sourire carnassier, clame :

    « Super Fantoche ! »

Hireki ouvre la bouche puis la referme. Il déglutit. Il a les larmes aux yeux. Tout se bouscule. Son esprit déborde de questions qu’il a peur de poser, de vérités qu’il a peur d’entendre. Les mots l’étouffent, se pressent contre ses lèvres, si bien qu’il est incapable de prononcer quoique ce soit. Il tente encore une fois mais hoquète misérablement.

Gabriel soupire. Posant un regard faussement désolé sur lui.

    « Est-ce que tous les garçons aiment leur papa ? » demande-t-il, plein de curiosité enfantine.

    « S’il te plaît… » supplie Hireki.

    « NON, ÉVIDEMMENT !!!! » Le métis n’a même pas le temps de réagir. Gabriel n’est plus qu’à quelques millimètres de son visage. Leur regard fondu l’un dans l’autre. L’Asiatique sent l’haleine glaciale de son tortionnaire sur ses lèvres, le bout de son nez glacé contre le sien.

    « S’il te plaît… Arrête… »

    « Non ! » La réponse claque alors que le jeune homme se redresse d’un bloc. « Moi aussi j’ai besoin de savoir… » chantonne-t-il en glissant dans son dos.

    « Pose la question, » lui susurre-t-il à l’oreille. 

Hireki secoue la tête imperceptiblement. Elle lui brûle pourtant les lèvres. 

Il tremble. Il a la nausée.

Les images de son père dansent : les soirées télé père-fils, les câlins du soir, les matchs de Frost Chase, les cache-cache dans la maison familiale.

Il essaie de voir mais ne perçoit rien, absolument rien.

Il se couvre la bouche pour ne pas s’entendre gémir lamentablement.

    Veut-il au moins voir ?

    « Choisis. » Les pompons réapparaissent et redisparaissent quand Gabriel s’assied en tailleur. Le jeune homme lui sourit puis, la mine concernée, sans animosité aucune, enchaîne :

    « La question, Hireki… Pose la… »

Quelque chose a changé.

Sa voix ... Elle sonne comme une supplique.

Un nouveau voile se lève enfin. 

Le dernier. 

Hireki est soudain déconcentré par le nœud de cravate. Il est légèrement de travers. Puis, lorsqu’il revient aux deux émeraudes, une mèche de cheveux s’est échouée sur le front de Gabriel. Elle boucle parfaitement mais détonne. Le métis lève la main, par réflexe, prêt à la replacer. Mais il se retient. A quelques centimètres du visage.

Gabriel le fixe toujours, mais son regard est… épuisé.

Là, une chaleur apaisante s’élève du fond de son être.

Il voit,

Il entend tous les cris du silence et… Hireki choisit !

Dans un élan qu’il ne saisit pas lui-même, le jeune homme pose les mains sur celles de Gabriel et, d’une seule traite, les mots franchissent ses lèvres :

    « Est-ce que mon père t’a violé ? » Il ne baisse pas une seule fois le regard.

Il n’y a aucune hésitation dans sa voix ni même ses traits. Les larmes coulent sur ses joues, mais ce n’est pas lui qui pleure.

Tout vole en éclats : les souvenirs heureux, les rires, les joies. Il est prêt à tout encaisser… pour ne choisir que Gabriel.

Sans aucun regret.

Les doigts glissent sous les siens et Hireki se retrouve enveloppé d’un amour inconditionnel.

Un amour d’une pureté absolue. Celui qu’il fantasme depuis l’éternité. Il est là, accroché à son cou.

Hireki s’agrippe à la silhouette gracile, au parfum de thé à l’orange, de cigarettes. Tout son être tremble. Pourtant, cette essence profonde qui si souvent gronde en lui, à cet instant, ne s’embrase pas. Il est serein.

    Entier.

Enfin, Gabriel se détache.

Ses cheveux sont désordonnés, ses vêtements froissés, abîmés. C’est Gabriel, SON Gabriel, et il transpire la reconnaissance.

    « Merci… » chuchote-t-il en tendant la main. Dans un toucher délicat, le garçon perdu redessine les contours de Hireki. Suit les marques de ses larmes, l’angle de sa mâchoire, frôle ses lèvres.

    « L’amour parfait bannit la crainte, car la crainte suppose un châtiment ; celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour. »

Soudain, une lumière aveuglante envahit tout. Une douleur indicible transperce la poitrine de Hireki. Son corps se paralyse, le souffle lui manque.

Devant lui, la silhouette de Gabriel se fragmente. Le visage parfait se superpose au regard éteint. Les cheveux ondoient comme des brumes légères, puis en boucles folles. Deux visages se superposent, vacillent, se brouillent, mais toujours un seul regard :

Deux émeraudes suprêmes.

    « Qui… es-tu ? » parvient à prononcer Hireki.

La silhouette recule. Le doute traverse son visage. 

    « Qui vois-tu ? »

Hireki tend la main, s’agrippe aux vêtements. Les tissus élimés se confondent à des étoffes précieuses. 

    « Tu n’es pas… Lui… »

    « Qui ? Qui vois-tu ? » demande la silhouette. Son image tremble comme un écran mal réglé. « Qui vois-tu ? » répète-t-elle plus fermement. « QUI ?! »

    « Ga… » Hireki, aux abois, tire sur les vêtements pour se rehausser, mais ne fait qu’attirer le visage plus près du sien.

    « Tu me manques… » bredouille-t-il devant les yeux exorbités. « … Tellement… »

La silhouette floue halète une dernière fois.

    « Qui vois-tu ? »

    « Ga… » Hireki lutte puis lâche les soieries. Il s’agrippe la tête, se débat dans la lumière puis son âme éclate « GABRIEL !! »

Bip bip bip

Le moniteur hurle dans la chambre.

    « Tu me vois ? Chan ? Tu me vois ? » Gabriel matraque le bouton d’appel alors que les constantes s’emballent sur les écrans. « Chan ? Tu m’entends ? »

Hireki a les yeux grands ouverts mais ne fixe que le vide. Son corps forme un arc puissant et rigide.

    « Chan ?! » le secoue Gabriel quand la porte s’ouvre dans un fracas.

    « Qu’est-ce que t’as foutu ?! » ‘Machin’ s’avance, le visage déformé par la haine..

    « Mon copain, il… »

Gabriel est tiré par le col. La douleur parcourt tout son corps quand il est projeté contre le mur.

    « Casse-toi !! »

    « Est-ce qu’il… » Tente gabriel , mais l’infirmier le pousse violemment dans le couloir.

    « Fous le camp ! Si j’perds mon boulot, t’es mort ! T’entends ? »

Gabriel est tombé lourdement sur les fesses. Il ne capte plus que les jambes de l'infirmier qui s’agitent nerveusement devant lui. Il sent le coup de pied contre sa cuisse. Il lève les yeux groggy.

    « Dégage, putain ! » Le poing se lève et Gabriel se protège dans un reflexe qu’il a appris bien trop tôt avant de rouler pour se relever maladroitement.

Des pas résonnent déjà à l’opposé du couloir…

Il jette un dernier regard à la chambre mais ne voit que la sucette au sol.

====


    🎭 SALUUUUUUT LES BOUNDIES !!! 🎭
    

    OUI OUI, vous ne rêvez pas, c’est bien l’ÉPISODE 4 CHAPITRE 4 que vous venez de lire là, sous vos yeux ébahis, encore rouges de larmes et d’émotion 😭🔥

🥁📣 King Mochi vous a balancé DEUX ÉPISODES D’AFFILÉ ??

Ce n'était pas arrivé depuis... Trop longtemps!! 😌🖋️✨
Et pour ça... toutes mes excuses, chers Boundies 🖤🍬

Entre les refontes, les doutes, les “Est-ce que ça passe ?”, les “Et si je détruisais ce chapitre à 4h du matin pour tout réécrire ?”, disons que j’ai donné de ma sueur, de mon thé et de ma santé mentale 🫠☕💥

    Mais il est là.

Alors maintenant… 💌
    🧐 Maxence... a-t-il franchi la ligne ?
    🫣 Hireki a-t-il fermé les yeux… ou choisi de ne pas les ouvrir ?
    🫀 Et Gabriel… le vrai cette fois… va-t-il réussir à atteindre Hireki ?

🧠 Vos cris d’amour,
💔 Vos pleurs de désespoir,
💬 Vos théories,

👇👇👇
Tout ça ?
→ DANS LES COMMENTAIRES TOUT DE SUITE, BANDE DE BOUNDIES ENRAGÉS !! 💥🖤🧃

💌 À lundi prochain pour… Une surprise ! 🎁👀

    Votre King Mochi reboosté,
        Diogène



- N'hesitez pas à commenter et partager -

Retour à la *Table des Matieres*