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lundi 30 mars 2026

Chap V : Le Loup Boiteux et la Proie de Givre (3/5)


 PrécédemmentChap V - Le Loup Boiteux et la Proie de Givre - 2/5 

(👀~15 min de lecture)



Chap 5

LE LOUP BOITEUX & LA PROIE DE GIVRE

(3/5)


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    « Je suis désolé, tellement désolé, Gabriel. »

    Hireki est effondré devant lui. Le visage défait, tordu par la douleur.
Il est méconnaissable.

    À quoi il joue ?

Gabriel le fixe, interdit.
Ce n’est pas Hireki… Hireki ne pleure pas.
Pas comme ça… Sans drame. Sans théâtre.
Quelque chose vient de s’effondrer, et ce qu’il en reste est un amas de tristesse et de désespoir.
Les yeux de Gabriel s’agrandissent, comme s’il pouvait voir au-delà de cette silhouette misérable, affalée dans un lit d’hôpital, les cheveux gras et les larmes ruisselantes.

    « Qu’est-ce qui te prend ? »

    « Go… gom… » Hireki hoquette. Sa perfusion tinte contre son support quand il essaie de s’essuyer les yeux. « Tellement… pour tout… » Il renifle bruyamment entre deux sanglots, avant d’être de nouveau submergé de chagrin.

    Est-ce que cet imbécile… est réellement en train de pleurer ?
    Pourquoi ?
    Pour lui ?
    Après ce qu’il lui a fait ? Jouer de ses sentiments ? De son corps ?

Dans le couloir, un bruit métallique fait ressurgir chez Gabriel des images lointaines.

Les barres de fer emmêlées comme un mikado. Le bruit de soudure qui cède… Et la petite silhouette suspendue. Traversée de part en part…

Il cligne des yeux. Chasse ce cauchemar.
La dette…
Il se mord la joue pour ne pas trop penser, mais c’est trop tard.

Un réflexe de gamin… Juste un réflexe… Essaie-t-il de se raisonner. En vain.

Gabriel ouvre à peine la bouche que les larmes de Hireki redoublent.

C’est autre chose…

Le métis se penche. Il hésite à tendre la main, se ravise. Puis, dans des soubresauts, il recule.

    « Ore wa… kimi o kizutsuke… tsudzuketeta… » Les mots grincent, étouffés dans la manche de sa blouse d’hôpital.

Gabriel déglutit. 

    Qu’est-ce qu’il a fait pour le mettre dans cet état ?

Puis ce sont les mots de Maxence qui lui reviennent.
    Qu’est-ce que tu as encore fait ?

    Encore…
    Oui…

    Qu’est-ce qu’il a bien pu faire… encore ?

Il rejoue les dernières minutes, mais les gémissements de Hireki, l’atmosphère trop lourde… Tout lui brouille l’esprit.

Et ce monitoring assourdissant. Il lui vrille les tympans.

Il regarde l’écran dont les constantes clignotent.

Son champ de vision rétrécit. Tout devient flou. Il ne voit plus que l’écran. N’entend plus que les alarmes, puis une sueur froide lui mord les reins. Chaque tintement de la machine suit son échine, insidieux, jusqu’à sa nuque. Se mue en un souffle. Le souffle de l’infirmier… Il glisse sur sa peau. L’étrangle.

Gabriel frissonne. Se tourne vers la porte.

    « Gabriel… » supplie le métis.

Il se concentre de nouveau sur lui.

S’il ne se calme pas… ‘‘Machin va…’’

Ses narines tiraillent. La douleur lui pince les muqueuses. Dans un sursaut, il chasse les relents de poudre. Ses doigts lui reviennent humides, mais le sang n’est pas là. Seulement une main moite et tremblante, dans un tunnel sans issue. Une impasse dont les murs noirs se resserrent de plus en plus.

Ses cuisses se serrent instinctivement. Il flanche.

Les doigts entre elles, il les sent…

    « Kidzukanakatta. Nani mo… nani mo miete… »

La litanie grouille, poisseuse. Elle se mêle à son tour aux alarmes, aux bourdonnements dans ses oreilles.

    « Ore, saitei da… » Les mots se dédoublent, se mêlent aux cris stridents du rythme cardiaque de Hireki.

Gabriel ne parvient plus à respirer. Il ne voit plus rien. Tremble.

    « … tasukerarenakatta… »

    « La ferme… » feule Gabriel entre ses dents. Il tangue. Son corps lui échappe. « Ferme-la… »

Il ne sait même pas si on l’entend, si Hireki l’entend.

Comme toujours… Un cri silencieux…

Il doit se ressaisir. S’ancrer à quelque chose de concret…
Quelque chose de rassurant… Et partir.

Il n’a plus rien à faire ici…

Quelque chose de fiable…

Et lorsqu’il s’apprête à abandonner,

Gabriel capte, du coin de l’œil, la grosse laine bordeaux.

    L’écharpe…

Sa respiration s’arrête… définitivement. Il en est certain.
Le temps ne court plus. L’oxygène suspendu. Les pleurs disparus.

    L’écharpe !

Son esprit vient de suivre le même chemin que celui de Hireki. Une mécanique si bien huilée que les images défilent devant lui.

    L’écharpe ! 

Il a gardé l’écharpe après avoir trouvé Hireki inconscient !

    Il l’a sauvé !

Encore une fois !

C’est pour ça, pour ÇA que Hireki pleure…

Il vient de s’engluer dans une poix faite de grosse laine.

Gabriel serre le poing.

    Pourquoi est-ce qu’il s’obstine à oublier ? Au bout de toutes ces années.

    Il n’est qu’un pantin. Le pion du destin.

Il lève les yeux sur la silhouette misérable en face de lui.

Bien sûr que c’est Hireki. Mais un Hireki le cœur à nu. Un cœur agrippé aux draps, qui prononce des mots qu’il ne comprend même pas.

    « Kidzukanakatta. Nani mo… nani mo mietenakatta… » L’Asiatique tangue d’avant en arrière. Les yeux perdus dans le vide.

Il est parti.
Égaré dans un monde qui n’est pas à lui…

Une rage sourde bourdonne en Gabriel. Il se déteste.

Il vient non seulement de raviver un amour qu’il voulait détruire, mais il l’a gravé au fer rouge.

Il se hait.
Il veut partir.

Quand il amorce un mouvement, son corps bascule en arrière. Il est si près de la fenêtre que le froid traverse ses vêtements. Loin des lames acérées du givre, c’est une main glacée à l’autorité douce qui le repousse aussitôt en avant. Une force contre laquelle il ne peut rien. Mélange de colère, de pitié, d’amour ou de haine. Ses pieds s’arrachent du sol. Il tourne la tête vers la porte, mais son corps penche dans la mauvaise direction. La main tendue, les doigts s’allongent, et il les voit s’agripper fermement à l’épaule de Hireki.

    « Hireki ! » le secoue-t-il violemment. Trop, pour un corps si fragile.

La tête du métis dodeline. Il grimace de douleur, mais ne relève pas les yeux.

    « … mie tena… ka… tta… » continue-t-il de réciter comme un mantra.

Gabriel agrippe ses cheveux. Trop brutalement. Il veut le faire taire.

    « La ferme ! Tu entends ?? Tais-toi !!! » Il lui attrape le menton. Écrase sa main sur ses lèvres.

Il ne veut plus l’entendre. Ne plus voir ce flot de larmes. Il veut revoir Hireki.

    LE Hireki.

Pas le mec plus célèbre que les auteurs qu’il traduit. Pas l’influenceur qui pose dans des magazines littéraires comme si c’étaient des revues de mode.

    SON Hireki.

    Le vrai.

Celui qui a chanté Careless Whisper à un mannequin en carton. Qui est resté la langue collée à un lampadaire gelé. 

    Celui qui l’appelle Gaboudin avec un sourire impossible.

Si leurs âmes sont liées, comme Hireki le dit si bien, alors… c’est avec ce mec-là.

Pas cette loque.

À cette volonté farouche, tout son corps est parcouru d’une chaleur indescriptible. Elle se propage du plus profond de son être. L’apaise. Sa vision s’éclaircit mais reste brouillée. Ce n’est plus l’angoisse. La boule au fond de sa gorge dit autre chose.

    « Je comprends rien à ce que tu dis… » Le ton de sa voix est incompréhensible. Doux et ferme à la fois. « Tu parles japonais, Chan… Je comprends rien… »

Les yeux noirs se braquent soudainement sur lui, incrédules.

Puis… le silence.

Comme à chaque fois que leur regard se croise, il n’y a plus rien autour d’eux. Ni le scope. Ni les pas feutrés dans les couloirs. Pas même leur souffle.

Juste leur lien indéfectible… Dans un espace hors du temps.

Dans un recoin lointain, les tintements du scope ralentissent.

Gabriel pourrait lâcher Hireki maintenant, pourtant il en est incapable. Le métis le dévisage. Ses iris glissent et s’accrochent à chaque détail. Chaque piercing, chaque tache de rousseur. Gabriel est englouti tout entier.

Puis les mots claquent. Sans mesure. Une vérité crue, dure et sans détours.

    « Je ne t’aime pas. »

Un uppercut.

Gabriel vient de reculer de trois pas sans même s’en rendre compte.

Hireki a toujours le regard braqué sur lui, mais ses yeux brillent d’un éclat nouveau. Il n’y a aucune haine. Seulement une lucidité effrayante. La même qui vient de frapper dans ces quatre mots.

Le ciel ne s’écroule pas. Le sol ne s’ouvre pas sous ses pieds.

Parce que Gabriel est venu pour ça. Pourtant, un courant électrique traverse son corps. Il lui brûle les doigts à chaque battement de cœur. Il secoue légèrement la main.

Hireki baisse la tête.

    « Je l’ai cru, je te jure… Longtemps… Trop… » dit-il en s’essuyant la joue.

Pourquoi il se justifie ? Ses muscles sont soudain douloureux. Ses doigts s’enfoncent dans ses paumes.

Pourquoi il réagit comme ça ?

Il s’en fout.

Oui, il s’en fout.

Après tout, lui non plus ne l’aime pas… pas comme “ça”.

    Jamais…

    « Alors pourquoi tu chiales ? » lance-t-il.

Hireki lève la tête, soufflé. Gabriel ne sait plus. Plus rien de ce qu’il doit attendre ou faire. Tout ce qu’il veut, c’est partir.

    « Attends ! » le retient la voix brisée de Hireki alors qu’il coule vers la porte.

C’en est trop.

    « Mais putain ! À quoi tu joues, bordel ? » se retourne-t-il violemment. « Est-ce que tu peux être cohérent une fois dans ta vie ? » Il fusille Hireki du regard, une tension plus sourde encore dans le corps. C’est au bout d’un silence trop long qu’il s’en retourne à la porte. « Prends soin de toi… » susurre-t-il une dernière fois.

    « Je voulais juste… m’excuser… » s’échappe enfin la voix encore abîmée de Hireki.

    « Mais de quoi ?! » grince Gabriel dans un désespoir agacé. Il ne se retourne même pas. « Toujours à assumer toute la merde que j’fais. T’es là, à chialer comme une merde en t’excusant de plus m’aimer ! Tu pouvais pas juste… » Sa tête cogne contre la porte. Il veut partir mais il en est incapable. « Pourquoi t’as appelé ? » Sa voix se brise, les mots coincés entre la gorge et le cœur.

    « Pour la même raison que tu es venu ! » tranche Hireki.

Il est piqué au vif. Lui-même ne connaît pas la réponse.

    « Je t’ai dit… pour l’écharpe » tente-t-il en toute mauvaise foi, mais quelque chose cloche.

La voix de Hireki claque. Ferme, autoritaire.

    « Arrête ça immédiatement, Gabriel. »

Tout son corps se tend. C’est comme ça depuis toujours.
Quand la voix s’élève, le corps obéit. Il ne cherche même pas à lutter.

    « Tu as les clefs de chez moi. Tu pouvais la rendre n’importe quand sans venir ici. »

Sa main est suspendue, les doigts tremblants. Elle ne lui appartient plus.

Et la voix caverneuse s’immisce jusque dans ses tripes : « Je veux que tu t’assoies et que tu m’écoutes. Maintenant ! »

Le scope ralentit. Dangereusement. Les tintements distordus dans le vide.

Gabriel se regarde s’asseoir sur le bord du lit alors qu’il a encore la main sur la poignée de porte.

La chaleur au fond de ses entrailles revient, animale. Elle lui hurle de fuir mais il l’ignore, jusqu’à ce qu’elle semble elle-même briser les chaînes. Hireki se perd dans une toux violente. La main agrippée à la poitrine, sa gorge racle douloureusement. Gabriel ressent la même au fond de la sienne. Il presse son torse pour s’assurer que son cœur bat encore.

Il sursaute quand la main de Hireki s’en empare.

Elle est froide.

Il n’a jamais les mains froides.

Parce qu’il est vivant… Lui.

    « Écoute-moi », tente-t-il entre deux quintes rauques. « C’est tout ce que je demande… Pas de… » L’Asiatique lève les yeux. Il n’y a plus rien du loup dans son regard noir. Seulement un adulte suppliant. « Je ne te demande pas de me pardonner… »

    « Pardonner quoi ? » coupe sèchement Gabriel.

    « Tout ! Absolument tout ! » Les perles noires se perdent un instant dans des souvenirs trop pressants. Il s’agite, confus. « Les… les sucettes, Rousselet… » Son visage se tord de nouveau dans un sanglot qu’il a du mal à retenir. « Ton père et… le mi… » Il s’étrangle sur le dernier mot. Renâcle quand il se retient de vomir.

Gabriel le voit lutter. Sa pomme d’Adam roule lentement sous la peau.

    Qu’est-ce qu’il ravale comme ça ?

    Est-ce qu’il veut vraiment savoir ?

    Non…

    « Je vois pas de quoi tu parles », s’apprête-t-il à se lever, mais Hireki le retient avec force.

    « Je serai là… Quoi que tu choisisses… Même si tu pars, je… je te jure, Gabriel. »

    « Je comprends rien à ce que tu dis !! » précise de nouveau Gabriel en ôtant vivement sa main. « Tu dois être perturbé… à cause de ton coma. » Essaie-t-il maladroitement.

Parce qu’au fond, il sait… Il sait très bien de quoi il parle.

Et il ne veut pas que Hireki le regarde comme ça.

Il veut garder auprès de lui quelqu’un qui jamais n’entendra ce qu’il a à dire. Pas par égoïsme… par naïveté.

    « Gabriel… s’il te plaît. » insiste l’Asiatique.

Hireki enserre sa main avec plus de vigueur. La même que lorsqu’il lui a presque ordonné de lui avouer l’avoir trouvé sur la colline.

Gabriel le regarde. Hireki a la mâchoire tremblante. Un mélange étrange de peur, de colère et de tourments.

Il peut supporter le désir brûlant à chacune de ses œillades. L’amour que jamais il ne lui rendra. Mais pas ça…

Le corps suppliant de Hireki se penche davantage.

    « Je ne t’en voudrai pas. Je t’aiderai… »

Tout son système est en train de s’enrayer.

Il se sent perdre pied et c’est dans une violence rare que Gabriel se jette sur lui.

    « Je. Ne. Suis. Pas. Une putain. DE VICTIME !!! » Les doigts prêts à déchirer le tissu de la blouse. Les yeux émeraude brûlent d’une rage existentielle. Ils dévorent Hireki tout entier. Il le secoue une nouvelle fois quand il perçoit un mouvement sur ses lèvres. « C’est bien compris, Hireki ? » Leurs visages ne sont plus qu’à quelques millimètres. Gabriel sent chaque vaisseau de son visage tambouriner sous sa peau.

    « Gab… »

Deux légers coups retentissent. Un médecin les fixe, incrédule, avant de jeter un regard furtif à sa montre. 

    « Les visites… »

    « C’est mon frère », coupe instantanément Hireki.

Gabriel se retourne, choqué.

De quoi ? Il n’en a aucune idée.

Quelque chose a résonné en lui…

    Un mot.
    Un seul.

    Frère.

Hireki fixe le médecin. Bien trop pour réussir à cacher qu’il évite son regard. Ses prunelles dansent, hésitantes. Son corps tendu comme un arc.

    « Je vais y aller », se relève Gabriel. Il sent la main de Hireki glisser sur la sienne quand il essaie de le retenir une dernière fois. Puis, sans trop savoir ce qui lui prend, Gabriel se jette à son cou. Tout son corps s’apaise instantanément. La chaleur de Hireki. Il avait oublié à quel point elle l’apaise. Il le serre un peu plus. Sciemment. Il n’a pas envie de pleurer, il veut sentir son cœur vibrer contre le sien. Il sent Hireki hésiter, pour finalement le serrer trendrement..

Gabriel reprend vie. Elle coule dans toutes ses veines.

    « Pardon », murmure-t-il avant de se détacher lentement du corps tremblant de l’Asiatique.

    « Je suis pas prêt, Chan », lui glisse-t-il au creux de l’oreille. L’écharpe coule à ses pieds quand il se redresse. Gabriel la regarde un instant. Puis fixe Hireki. Ses yeux font encore un aller-retour entre le cache-nez et son meilleur ami, avant qu’il ne l’attrape d’un geste sec.

    « Tu pues », lance-t-il à Hireki. « Elle mérite pas ça. »

Le métis secoue légèrement la tête, éberlué. Il a retrouvé sa mine de chiot déconcerté face à l’humain.

    « J’te la rendrai plus tard… »

C’est mieux ainsi.

    Les non-dits.
    Les secrets.

C’est ce qui lui procure encore la paix.

Gabriel lui ébouriffe les cheveux d’un geste paternel.

    « À plus, Tête de Châtaigne. »


FIN CHAPITRE 5
====


        SALUUUUUUT LES BOUNDIES 😏😏

    NON VOUS NE RÊVEZ PAS 😭😭
Oui oui c’est bien moi

VOTRE KING MOCHI QUI RÉAPPARAÎT COMME UNE FLEUR
🌸🌸🌸

AVEC…

🎉🎉✨✨l’épisode 3 chapitre 5✨✨🎉🎉

COMME SI ÇA NE FAISAIT PAS 8 MOIS QUE VOUS ATTENDIEZ 👁️👄👁️

Franchement dites-moi…

On n’était pas à ça 🤏🤏🤏 de devoir faire un :
    “PRÉCÉDEMMENT DANS UN CHANT D’ÉTERNITÉ” ?? 😭😭😭

Oui j’ai honte un peu… mais PAS TROP NON PLUS 😌

Du coup dites-moi TOUT 👇👇

💬 vous vous souvenez encore de ce qui se passe ou pas du tout ?
💬 team “j’ai tout relu comme un détective 🕵️”
💬 ou team “j’avance à l’aveugle et je prie 😭


et SURTOUT 👀

    💔 vous êtes team Gabriel (pauvre bébé 😭)
OU
    🖤 team Hireki ( problème ambulant ?? 😏)

    En tout cas merci d’être encore là après tout ce temps 🥺🫶
(et promis… je DIS promis… je vais essayer de pas redisparaître 8 mois 😭😭😭)

    Votre King Mochi trop fier!!
        DIOGENE 🍡🍭


A Suivre...
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lundi 10 novembre 2025

(Interlude - Ecrit Fantôme) Matin Calme



    MATIN CALME
Gaby's Edition

***

    Ses poumons s’emplissent du nouveau jour. Il ouvre les yeux.

        Toujours vivant...
        Et merde…
        Quelle heure il est ?

Il tourne la tête vers le chevet.
Son portable est resté branché toute la nuit… Lui, au moins, commence la journée batterie pleine.
Il n’a même pas pris la peine de ranger l’argent de sa passe. Les billets sont chiffonnés sur la tablette.

Il bouge, par réflexe, puis s’arrête.

Il se fout de l’heure, finalement.

Il faudra bien qu’il déguerpisse avant 10 h, de toute façon.
Le plafond est plus intéressant.

Par la même occasion, il évite les messages reçus cette nuit, la veille même, quand sa batterie a rendu l’âme.

Il se fout aussi des messages.

Il sait quel nom va apparaître avec un « 9+ » flamboyant à ses côtés.

    « Fait chier… », grimace-t-il. Pourquoi la première chose à laquelle il pense est Hireki ?

Il gigote légèrement. Il a envie de pisser.

Il cale quand même les bras sous sa tête.

La chambre est pas mal. Remue un pied. Les draps, pas trop rêches.

Il a connu pire.

Le temps s’étire. Ses orteils s’agitent au rythme d’une chanson imaginaire. Ses paupières papillonnent deux fois. Il parcourt la pièce.

Comment font ces gens qui paressent ?

Il se frotte les yeux, chassant du même geste la silhouette qui se dessine, emmitouflée dans une énorme couette.

Agacé, il s’assoit d’un bond au bord du lit. Les draps volent puis retombent, gonflés d’air, avant de s’affaisser aussi sec.

Il baille bruyamment pour ne pas s’entendre penser. Les coudes enfoncés dans les genoux, tête basse, il attend que son cerveau suive le mouvement. Il l’imagine se retourner comme un fœtus flottant dans du liquide amniotique.

Pas la bonne image. Sa vessie pèse un peu plus maintenant que la gravité fait son œuvre.

Il se masse distraitement. Sa nuque est raide, son dos engourdi.

        Le prix de la chambre.

Avec lenteur, il fait rouler sa tête, ses épaules, enfin étire les bras. 

Longuement.

 Devant lui, au-dessus, puis un peu plus en arrière.

Quelque chose lâche dans un craquement sec.

Il ne sait pas quelle vertèbre ou articulation s’est remise en place, mais il se sent étrangement revigoré. Il expire ostensiblement d’aise, comme un pied de nez au poids de sa vie.

Il l’insulte en pensée avant de se lever.

Ses gestes sont lents. Un vieillard de vingt-sept ans. Ses pieds traînent sur la moquette. D’une minute à l’autre, son talon va s’enflammer comme une allumette. D’ailleurs, il a déjà envie de fumer.

Il lorgne la fenêtre. 

Personne ne le saurait… S’il se penche bien… Personne ne saurait. 

Ses yeux se brouillent. Il a le vertige en imaginant le sol se rapprocher.

        Est-ce qu’on regarde le bitume s’approcher comme un salut ?

        Est-ce qu’elle a…

Sa vision se referme sur la neige tachetée de sang.
Les grands yeux verts.

Il sursaute nerveusement, balaie la pièce comme ce souvenir qu’il ne réussira jamais à enfouir réellement.

L’hôtel.

Il est à l’hôtel.

Il jette un regard à la fenêtre. Il a envie de fumer. Qui le saurait, après tout ? Ses pupilles fixent le vide.

        Droite, oui. Gauche, non.

Il fumera plus tard. C’est interdit ici.

Il faut qu’il se soulage de toute urgence.

Son pas s’emporte.

Le néon de la salle de bain est violent.

    « Putain ! C’est quoi ce délire des néons blancs ?! » Il avance au radar, évite soigneusement le miroir, puis jette t-shirt et caleçon au sol.

Il urine sous la douche dans une béatitude absolue.

    « À vessie pleine, cerveau en peine », murmure-t-il en pensant à ce proverbe aussi absurde que son créateur. « Ta gueule, Tête de Châtaigne », geint il, irrité.

L’eau est chaude. Brûlante même.

Il ne distingue plus rien dans la vapeur. Même pas ses pensées.

Parfait !

En temps normal, il déteste la chaleur, mais pas les douches. Il y passerait des heures. Regarder la crasse s’écouler, tourbillonner.

Pas la sienne. Celle des autres.

    « Bon retour chez toi ! Fils de chien ! » Il ricane, satisfait, en regardant les dernières traces du client se noyer dans les égouts.

La savonnette de l’hôtel est ridiculement petite. Elle fond entre ses doigts après le troisième lavage intégral. Le moindre millimètre de peau, le moindre recoin. Rien n’est épargné.

Dernier tour du propriétaire. Il passe lentement la main sur son torse, détaille ses hanches, l’intérieur de ses cuisses. Machinalement, il lisse les poils de son ventre, les range dans le bon sens.

Plus aucune trace du client. Des 'autres'.

Il ne reste que lui.

    « Récuré comme un sou neuf ! » sourit-il.

Hireki péterait un câble à l’entendre dénaturer des proverbes. Comme si cet imbécile n’en inventait pas de nouveaux chaque jour. Il roule des yeux, horripilé.

Il s’essuie sommairement et plie la serviette avec un soin démesuré. Il la dépose précautionneusement sous une petite affiche.

Il la connaît par cœur. Il la lit à chaque fois qu’il met les pieds dans cette pièce. Pourtant, il la relit, encore et encore.

        ‘Pour de nouveaux linges de toilette, veuillez laisser votre serviette au sol.’

Une fois, deux fois.

Pour être certain.

Il plisse les yeux, décryptant chaque mot comme un parchemin.

    « Pour de nouveaux linges de toilette », lit-il à voix haute, « veuillez laisser votre serviette… » Il regarde le tissu par terre. « … au sol. » Il acquiesce vivement. 

Il ne voit pas d’autre manière de comprendre cet ordre. 

        Il ne peut pas s’être trompé ? 

Il la relit une dernière fois, une tension étrange dans tout le corps.

        Même s’il se trompe… Il ne risque rien ici, si ?

Il n’ose pas se retourner, de peur de croiser les coups.

Il attrape son t-shirt à la volée. 

Son dos s’est délié dans la chaleur. 

Il se baisse de nouveau. Le geste se suspend au-dessus de son caleçon. Il joue nerveusement avec l’anneau qui traverse son septum, la moue songeuse.

Soudain, le sous-vêtement est roulé en boule dans le t-shirt.

Sans aucune pudeur, il traverse la chambre nu comme un ver. Sa peau humide attire un léger souffle frais. L’extase se lit sur son visage.

Son sac à dos est appuyé au chevet.

Petit inventaire matinal : 

    Caleçons sales.
    T-shirts qui puent. 
    Chaussettes trouées. 
    Caleçon…

Il regarde autour de lui puis renifle prudemment le sous-vêtement…

    « Propre ! »

Il l’enfile. Passe le t-shirt de la veille, son pantalon élimé. Il claque de la langue et soupire. Il doit passer à la laverie de toute urgence.

        Chez Hireki, ça serait gratuit… Vraiment gratuit…

Il regarde la boîte en métal qui émerge des vêtements écrasés.

Il n’a même plus de thé.

Il pince les lèvres. Il n’a pas envie de voir sa gueule d’imbécile heureux.

Il s’empare des billets et les fourre dans sa poche arrière.

        Il passera à la laverie.

Une mèche s’échoue sur son front pour goutter sur le matelas. Il lève les yeux, tire dessus, l’essore comme on tire le pis d’une vache. Elle rebondit en une boucle parfaite quand il la lâche.

    « Connasse… »

Une rage sourde gronde alors en lui. Il se précipite dans la salle de bain. Le miroir est embué ; il l’essuie à grands coups de bras.

Les mains cramponnées au lavabo, il se fixe haineusement. Son visage est brouillé par les gouttes. Il serre les dents. Les cheveux en boucles folles. 

Longs, trop longs. On dirait lautre.

Il enfonce les doigts dans sa tignasse. La lisse furieusement, du front jusqu’à l’arrière de la tête. La maintient en une houppette sommaire. Quelques boucles rebelles forment des bosses.
Il repasse sa main, encore et encore, aplatit le tout.

Une fois, 
Deux fois… 

Trois fois!! Il entend presque le bruit des cheveux arrachés. Ils bourdonnent à son oreille. Les bosses sont encore là.

Il érupte en une pluie de jurons. Tire un peu plus, prêt à se scalper.

Sa peau se détache, dévoile un crâne immaculé.

    « La boule à zéro!! » Il rit franchement, mais l’amertume noie la pièce.

Sans lâcher prise, il cherche frénétiquement autour de lui. Quelque chose, quelque chose, n’importe quoi pour les attacher.

        Un diable en boîte.

C’est ainsi que sa chevelure explose. En milliers de ressorts quand il rend les armes. 

Il fouille ses poches.
Pour être sûr.
Pour ne pas perdre une fois de plus…

    Chewing-gum menthe forte, 
    Briquet, 
    Paquet de clopes écrasé… 

    Un préservatif.

Il le regarde, dubitatif.

L’aluminium est froissé.
Sûrement percé… Des coups à se choper une merde.

    « Toi !! T’es dangereux, mon gars !! » Il le jette à la poubelle.

Cette foutue boucle traverse de nouveau son front. Il ne peut rien y faire. Il lui donne une dernière pichenette pour la forme et pense une fois de plus à Hireki. Ses doigts délicats quand il la replace sans même s’en rendre compte.

Il s’ébroue.

Sa brosse à dents est encore posée sur la céramique. Il s’en empare sans manière et frotte de longues minutes.

Avant, arrière, joue, langue. 

Il hoquète quand, dans un geste trop violent, il heurte sa luette. Il crache, tousse ; le dentifrice est mêlé de sang. Il se rince. S’essuie de l’intérieur du poignet.

Il s’approche du miroir.

Quelques poils drus…

Il oublie parfois qu’il est adulte.

Il fait crisser ses doigts sur sa peau. 

        Un cactus ? Un kiwi ?

        S’il se faisait pousser la barbe ?

Hireki et sa peau de mochi en seraient dingues de jalousie.

Les clients, eux, détestent les poils. C’est pour ça qu’il les garde.

Mais il doit aussi gagner sa croûte… Il ne peut pas se la jouer hipster.

        Racheter des rasoirs ou passer se raser chez… 

Il stoppe sa note mentale avant de prononcer le prénom de trop.

Il débarrasse la salle d’eau comme il chasse les yeux noirs qui émergent à sa pensée.

Dans la chambre, il tire les rideaux, entrouvre la fenêtre.

Ses gestes s’enchaînent.

Vifs.

Une tornade à rebours qui laisse la chambre comme il l’a trouvée.

Impeccable et plus encore.

Après avoir enfoui ses derniers effets au fond du sac, il arrache les draps du matelas puis les dépose avec soin au bout du lit, parfaitement repliés.

        Plus un pli, plus une trace.
        Il n’est jamais venu ici.

Le sac sur l’épaule, il quitte la chambre sans un regard en arrière.

        Cigarettes
        Laverie
        Rasoirs…

        Thé.


Matin Calme - Gaby's Edition


====

      
 🎉 Salut les boundies ! 🎉

    Non, vous ne rêvez pas, après trois mois de silence radio, votre king mochi mal aimé refait surface ! 👑🥲 Un retour tout en douceur, ou presque, avec ce petit écrit fantôme venu hanter votre lundi!! 🖤👻

    À la base, ce texte devait être... roulements de tambour...
        ➡️ l’épisode 1 du chapitre 5.

Mais voilà, comme souvent dans mon cerveau capricieux, j’ai fini par prendre un tout autre chemin narratif.

Du coup, ce “Matin calme” n’apparaîtra pas dans la trame officielle... mais il reste le texte d’origine, celui que j’avais bossé à fond, que j’aimais bien, alors j’y ai apporté quelques modifs pour le sortir de son contexte initial.

Bon, j’avoue... 😬

Encore une fois, c’est Gabriel qui vole la vedette. Oui, je sais, Hireki semble relégué au fond de la laverie à trier les chaussettes sales. Mais que voulez-vous ? Gaby, c’est mon perso fétiche, c’est lui que je maîtrise le mieux (allez comprendre pourquoi... 🙃).

Cela dit !

Pas de panique, j’ai déjà en tête un Matin calme, version Hireki, pour vous montrer l’autre versant de ce duo tout en nerfs, thé froid et tragédies domestiques 🫖💥

📅 Prochain rendez-vous dans deux semaines si tout va bien (et que mon cerveau ne décide pas de m’embarquer ailleurs entre-temps 🧠💨).

        👉 En attendant, dites-moi :

    – Vous êtes plutôt team Gabriel ou team Hireki ?
    – Quel moment du texte vous a le plus marqué ?
   – Et si vous deviez donner un nouveau proverbe débile à ajouter à la liste, ce serait quoi ? 😏

Merci de continuer à lire malgré la noirceur de certains passages, ça me touche plus que vous ne le croyez 💜

    Prenez soin de vous, et ne laissez jamais votre serviette au mauvais endroit, on sait tous ce que ça peut déclencher… 😅🧼

        À très vite, bande de traumatophiles! 🌙🖤

    Votre King Mochi plein de questions
        Diogène


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lundi 11 août 2025

Chap V : Le Loup Boiteux et la Proie de Givre (2/5)

 

PrécédemmentChap V - Le Loup Boiteux et la Proie de Givre - 1/5 

(👀~20 min de lecture)



Chap 5

LE LOUP BOITEUX & LA PROIE DE GIVRE

(2/5)


---


    Le choc est tel qu’il lui manque un souffle.

C’est un ange qui passe la porte… mais un ange déchu.

À sa vue, Hireki ne sait pas à quelle vérité se fier : les yeux ou le cœur. Lucide ou perverti. Son esprit vacille encore, accroché aux miettes de cet amour illusoire. Pourtant, c’est dans une appréhension sereine qu’il laisse la vérité empoisonner le mensonge.

Gabriel est là, dans l’encadrement de la porte. L’allure piteuse. Il semble être tombé là par accident, un sac trop lourd dont plus personne ne veut. Ses boucles folles, toujours aussi parfaites sous l’humidité, paraissent sculptées dans l’or et le bronze.

Il avance, l’air absent. L’eau perle sur ses mèches et glisse le long de sa tempe. Elles tombent sur un visage marqué… et des yeux vert émeraude, relique d’un autre temps.

Un pantin.
Une poupée de chiffon animée d’un souffle qu’on lui a imposé, sans mode d’emploi.

Pourtant, Hireki sourit.

Trop.

Il le sait à ses pommettes douloureuses et ses lèvres qui tiraillent. Son corps ne lui appartient plus. L’espace d’un instant : le cœur parle pour lui.

Gabriel jette un œil par-dessus son épaule, comme si pareil accueil ne pouvait lui être destiné.

    « Gaby… » murmure-t-il, l’extase au bout des lèvres.

Leur regard s’accroche avant que Gabriel ne détourne le sien. Il balaie du pied un sable invisible. Un geste ténu et bref que Hireki se surprend à voir immédiatement.

Et, plus encore, il y a ces rouages qui tournent à vive allure. Ils apparaissent si nettement à ses yeux.

C’est effrayant.

Chaque rotation, chaque emboîtement marque les hésitations de Gabriel. Le jeune homme pèse si profondément le pour et le contre que son corps même suit le mouvement : droite, gauche, partir ou rester.

Alors, c’est le propre sang de Hireki qui se teinte de doute.

    Est-ce qu’il va repartir aussi vite qu’il est venu ?
    Est-ce qu’il va disparaître comme tous les autres ?

Insidieuse, l’angoisse se loge au fond de sa gorge. Hireki veut tendre la main, mais ce sont les larmes qui gagnent la course. Elles se pressent derrière ses paupières.

Il les ravale et force le sourire.

Aucun mot ne sort.
Parce qu’il ne sait pas lequel prononcer.

Tout se bouscule, s’amasse, l’étouffe. Sa main tremble de plus en plus et, levant les yeux, il les voit.

Celles de Gabriel.

Cramponnées à un amas de laine informe, si fort que ses doigts disparaissent dans les mailles épaisses alors que tout le reste de son corps transpire la désinvolture.

Gabriel penche la tête, le menton haut. Sa tête tangue, prête à se décrocher. Trop lourde de secrets pour un corps si fragile. Il mord le bijou sur le coin de sa lèvre inférieure.

    Combien de fois l’a-t-il vu faire sans comprendre ?

Il est tiraillé. C’est évident. L’Asiatique se maudit un peu plus d’avoir autant fermé les yeux. Le grincement de ses dents résonne à ses oreilles. Le sang pulse à ses tempes.

Hireki inspire profondément. Sa poitrine est douloureuse, son cœur prisonnier d’un piège à loup.

Le lit grince quand son corps penche en avant. Il s’apprête à parler, mais rien : à part ce trou, là, dans le thorax.

Le scope émet un léger signal. Bref. Une fraction de seconde, suffisante pour que leurs regards se croisent.

Contre toute attente, l’angoisse ne se lit pas chez Gabriel. Pas même une simple question.

    « Salut, Tête de Châtaigne » lâche-t-il soudain.

Il est d’une nonchalance absurde tant elle contraste avec le reste. Mais tout ça importe peu, car son cœur se fige dès la première syllabe.

La voix de Gabriel… rauque, griffée du froid, de nicotine et de prières trop récitées.

Elle ne fait pas que déchirer le silence.
Elle le brise en mille morceaux.

Ses éclats l’emportent dans une avalanche de sensations oubliées. Subjugué, Hireki se laisse couler, tout entier, dans une béatitude indécente. Maladroit, il se redresse, tentant d’ajuster la couverture sur son ventre et cacher une autre évidence.

Il le désire toujours autant.

L’âme en feu, le scope émet des tintements stridents.

Ce fichu scope, comme à chaque mensonge de son père, trahit aujourd’hui sa propre vérité.

C’est aujourd’hui qu’il reprend vie.

Pas quand il a ouvert les yeux.
Pas quand son père a franchi cette même porte cinq jours auparavant.
Pas sous les gestes contenus de ses grands-parents.

Mais, aujourd’hui, à la vue de Gabriel.

Dans ces sentiments qu’il ne comprend plus vraiment, et un désir encore trop présent.

Il est et restera son Ange. Celui qui drague avec lui le souffle d’âme, l’essence même de sa vie.

Les battements aigus de la machine ralentissent, plongeant de nouveau la pièce dans un chant régulier de pas étouffés et de bruits métalliques.

Gabriel est resté figé entre deux mots. Les yeux sur les constantes. Il déglutit quand le silence fait un retour fracassant.

    « Gaby ? » hésite Hireki.

Quand, dans un sursaut, son meilleur ami s’anime de nouveau, c’est pour mieux s’éteindre. D’un claquement de doigts. Indéchiffrable, comme toujours.

    Un automate qui crie en silence.

Des pas précipités résonnent dans le couloir. Un brouhaha fait de jargon médical et d’urgence professionnelle.

Tous deux fixent la porte avec toute l’angoisse d’un parent. Puis, le calme revenu, leurs regards se heurtent. Ils se sourient discrètement, comme si la vie suspendue des autres venait de leur rappeler la fugacité de la leur.

Hireki pouffe doucement alors que, dans un souffle de capitulation, Gabriel bombe légèrement le torse. Il est si pâle que ses taches de rousseur forment un masque.

    « Alors… » tâtonne l’Ange en s’humidifiant les lèvres, incertain… « la résurrection ? »

Il a l’allure assurée, mais tout sonne faux. Encore une fois, Hireki le voit… Cette faculté à singer la confiance alors que tout son corps hurle vouloir disparaître.

    Combien d’années a-t-il choisi de se faire berner par quelqu’un qui n’arrive même pas à se mentir à lui-même ?

Pourtant, le métis sourit encore et toujours sous l’aura froide. Il préfère cette distance pudique et sincère à la tendresse trop ostensible de Maxence.

Le souvenir de son père, dessiné dans l’encadrement de la porte après son réveil. Le regard doux, rassuré, mais sans les mots escomptés. Jamais il n’aura demandé, pas une seule fois, comment il allait. Bien trop occupé à souligner ses efforts.

Son âme s’étiole. Hireki grimace d’amertume. La projection du Gabriel parfait s’en fait l’écho, et avec lui ses premières paroles :

    Que tes yeux regardent bien en face et que tes paupières se dirigent droit devant toi.

Hireki veut fuir ce qu’il a pourtant accepté d’affronter. Il frotte distraitement les draps amidonnés. Se perd dans les replis.

Il va perdre Gabriel, et il doit s’en faire une raison.
Il n’est pas digne de lui.

Mais pas tout de suite.
Encore un peu… avec lui… avant de le perdre… comme tous les autres… définitivement.

    « Pas mon truc, tu vois ? » répond-il minablement, les larmes tapies sous le sourire.

Une tension sourde court le long de sa nuque. Il sursaute brusquement pour échapper à l’étau invisible.

    « Apparemment… » ajoute-t-il tout de go, « y’a qu’un seul Frosty Jesus. »

Le silence retombe. Même l’air semble figé une seconde de trop.

Cette pique… il l’avait lancée un jour, lors d’une dispute. Et, contre toute attente, elle avait déclenché un fou rire incontrôlable chez Gabriel.

C’est finalement ce qu’il réussit toujours le mieux : fermer les yeux, sourire et détendre l’atmosphère. Le soleil naïf, l’éternel adolescent aux blagues idiotes, l’immaturité érigée en bouclier.

Il se déteste, et comme un rappel à sa lâcheté, Gabriel ne réagit pas.
Pas même un froissement de tissu, un tressautement, un soupçon de recul.

Hireki se redresse, implorant.
Il essaie de sourire encore et toujours pour encourager Gabriel à faire de même, mais ses commissures s’étirent dans le mauvais sens. Ses paupières sont en feu.

Il ne veut pas le perdre.

Un vrombissement naît au fond de sa poitrine. Léger, mais bien présent, porté par la peur de le voir encore disparaître. La bile monte, il déglutit.

Il est pitoyable.
Un lâche.
Un héros fantoche devant une victime qui ne veut pas en être une.

    « Je t’attendais » dit-il lamentablement.

    « Ah ouais ? »

Les mots claquent. Un reproche froid qui le cueille en plein cœur.

Le métis accuse le coup. Il le mérite, après tout. Gabriel renifle en jetant un œil à la fenêtre où les flocons se bousculent comme des spectateurs avides du drame à venir.

    « T’as vraiment du temps à perdre… » continue-t-il dans un murmure crispé. « En même temps… tu dois t’faire chier ici… »

Il s’arrête sur une pile de comics américains, maladroitement empilés sur le chevet, à côté d’une boîte de chocolats et de fleurs fanées.

Hireki sent instantanément la tension qui le traverse, parce qu’elle le submerge aussi. Gabriel tangue imperceptiblement. Il appuie prudemment sur le coin de sa lèvre et semble se perdre dans un souvenir nébuleux. Il grimace avant de revenir à lui dans un geste nerveux.

Sa pomme d’Adam se soulève péniblement.

    Est-ce qu’ils se sont vus ?
    Ou est-ce qu’il a toujours craint Maxence de cette manière ?

    « T’inquiète » le rassure aussitôt l’Asiatique, « il passe seulement le matin. TOUS les matins… »

À ces mots, une expression rare marque les traits de Gabriel. Sa tête pivote légèrement vers la porte. Il ressemble à un enfant qui a besoin d’être rassuré. Il se racle la gorge et porte machinalement les doigts à ses lèvres. Il roule des yeux bêtement à l’absence de cigarette, mais souffle quand même la bouffée invisible.

    « C’est bien qu’il soit là » dit-il sans grande conviction.

Hireki laisse échapper un petit rire. Gabriel aurait tout bonnement pu dire qu’il s’en tamponnait royalement que la différence aurait été infime.

    « Jouer les pères modèles, ça lui va pas du tout ! » ajoute le métis avec mépris.

Mais Gabriel recule d’un pas surpris. Les sourcils froncés, il le dévisage intensément et Hireki s’arrête instantanément.

À ce jeu, son ton sonne faux… parasité par l’infime espoir que Maxence n’ait rien fait.
Il ne parvient pas à le détester réellement… sans preuve…

Le métis joue avec le bord de son drap. Ses bandages ont disparu, mais sa peau garde les traces des brûlures de gel. Un court instant, il se demande s’il pourra retracer de somptueux kanji ou glisser des chibi ronchons dans les paquets de cigarettes de Gabriel.

    « Gabriel, je… »

    « J’suis juste venu te rendre ça. »

Ils ne se sont pas lancés en même temps. Gabriel l’a fauché en plein vol. Volontairement.

Son visiteur pointe du nez la boule de laine bordeaux qu’il tenait si fermement jusque-là.
Il s’avance doucement, toujours si faussement indifférent, alors même qu’il la replie avec application.

    « … et peut-être… pour savoir comment t’allais » avoue-t-il en se raclant la gorge.

Il dépose délicatement l’écharpe sur le lit. Ses doigts s’attardent sur les mailles épaisses avant de s’en détacher à regret.

    « Par contre… j’ai fumé toutes tes clopes… »

Il ne sait pas quoi faire de ses mains. Du coin de l’œil, Hireki le voit les glisser dans ses poches, les ressortir aussitôt, jouer avec un fil de son gilet, croiser les bras, puis finalement les laisser ballantes le long du corps.

Mais autre chose de plus important monopolise son attention :

Le cache-nez.

Ce n’est pas seulement son écharpe que Gabriel vient de lui rendre… mais celle qu’il portait ce jour-là.

Son expression se durcit sous le flot de souvenirs confus, arrachant une réaction viscérale chez son visiteur.

    « Je l’ai lavée, si c’est ça qui te dérange ! »

Le ton agressif le ramène aussitôt à la réalité. Une étincelle de rage traverse les traits de Gabriel. Sa mâchoire tremble, ses narines se dilatent au rythme anarchique de sa respiration. Il ne le regarde même pas.

Il bouillonne.

    Est-ce qu’il a toujours bouillonné ainsi ?

    « Pourquoi tu dis ça ? » s’inquiète Hireki.

    « C’est toi qui tires une gueule de trois mètres de long ! » feule Gabriel, les poils des avant-bras hérissés quand il chasse l’air devant lui.

    « Non, c’est… »

Hireki revient à l’écharpe. Il la voit nettement, enroulée autour de son cou ce jour-là.

    « C’est celle que je portais… »

Un bruit retentit.

Gabriel a reculé si vivement qu’il a heurté le fauteuil médicalisé derrière lui. Ses joues rosissent et ses prunelles se voilent.

Les rouages réapparaissent… Et ils tournent à un rythme effréné.

    « T’as dû confondre ! » lance Gabriel en amorçant un pas de côté.

    Il va disparaître.

Hireki l’attrape violemment par le poignet. Le tire vers lui. Il n’y a plus aucune douleur, juste la volonté de le retenir et le garder là, toujours, près de lui.

Une ardeur possessive monte de ses entrailles. Le vrombissement jusque-là ténu monte des tréfonds de son âme, fait gronder tout son être.

    « C’est toi qui m’as trouvé ! » dit-il avec véhémence.

Gabriel a les yeux écarquillés, figés sur la main abîmée qui le malmène.

    « Tu m’as trouvé et tu as appelé les secours ! » Le secoue Hireki.

Ses mots sonnent comme un ordre. Sa voix caverneuse absorbe tout autour d’eux, jusqu’à la lumière même. Gabriel tente de se défaire. Ses doigts fins griffent la peau hâlée, mais Hireki ne sent rien.

Il veut.
Il veut viscéralement…

    « Tu m’fais mal. »

Ce n’est pas un cri, pas un avertissement, ni même une supplique.

Un simple murmure.
Un chuchotement d’une fermeté trop douce pour être réelle.

Mais de ce simple souffle vient la réminiscence.

    La moufle violette dévorée par le gant jaune.

Tout autour d’eux éclate. Hireki le lâche brusquement, les yeux rivés sur sa main tremblante. Puis, le vertige…

    « Ga… »

L’air est étouffant, épaissi par la honte, la peur, la culpabilité. Un amas gluant qui rend l’atmosphère presque opaque.

Hireki veut respirer, mais sa gorge se serre. Il halète, tousse violemment, la main cramponnée à son pyjama.

La douleur est insupportable. Elle le pénètre de toutes parts : sa poitrine, son cœur, transpercés par une lance lourde de péchés.

Il n’y a plus rien d’autre qu’une lumière aveuglante autour de lui. Elle scintille comme autant de diamants.

    « Chan ? »

La voix se détache à peine tant la douleur occupe tout l’espace. Il a froid, si froid. Le givre le parcourt tout entier, le paralyse.

Il ne veut pas mourir.

    « Chan ?! Tu m’entends ?! »

Il ne veut pas…

    « HIREKI !! »

Le choc.
Le parfum…
Le parfum d’infini blanc…

La caresse éthérée.
Comme ce jour-là…

Apaisante sur son front, ses joues.
Sur la colline.
Le ciel d’émeraude.

    « Regarde-moi ! »

Gabriel est là, penché sur lui. Ses doigts frais enserrant ses joues brûlantes.

Hireki ne peut pas bouger, mais il n’en a pas envie. Il s’agrippe aux poignets avec désespoir.

    « Tu me vois ? » demande Gabriel calmement.

La vie revient. Ses poumons se gorgent d’un souffle nouveau.

    « Gabriel… »

Hireki tangue quand son ancre lui est arrachée brutalement.

    « Hey, Ax’ ? Ça va ? »

Son infirmier.

La panique l’envahit. Tout se brouille encore une fois. Gabriel n’est plus là. Ses mains sont vides.

    « Souffle fort ! » lui demande l’infirmier.

    Gabriel…

L’Asiatique cherche du regard en vain, alors que l’infirmier l’encourage encore :

    « Souffle, comme dans un ballon ! Fort ! »

Il essaie de se surélever mais un bras le retient.
Il ne le voit plus.

    Gabriel…

    « Souffle, Joli Cœur ! Allez ! »

Hireki se débat.
Il ne peut pas.

    Est-ce que cet imbécile comprend ?

    Il ne peut pas… Sans Gabriel.

Hireki tente de repousser l’homme. Mais une simple pression sur son tibia l’apaise immédiatement.

    « Souffle, Hireki. »

De cette simple inflexion, dans ce conseil bienveillant et pur… il souffle. Il souffle fort.

Son buste se soulève à chaque poussée et il le voit. 

Gabriel. 

La main délicatement appuyée sur sa jambe. 

Il ne le regarde même pas.

Le jeune homme recule lentement en repoussant ses boucles humides.

    Un ange…

    Son Ange…

Le brouillard se lève, la douleur s’amenuise. Les bips réguliers du scope envahissent peu à peu la pièce. Puis, le frottement léger d’un pied sur le sol carrelé.

    « Gabriel ! » appelle Hireki dans un sursaut douloureux.

Il ne parvient pas à se redresser convenablement ; lance un regard implorant à l’infirmier qui le redresse avec maîtrise.

    « Reste… »

C’est tout ce qu’il peut dire. Le corps encore trop fébrile pour qu’il puisse le retenir autrement.

    « Les visites se terminent » brise l’infirmier, le nez sur une tablette numérique.

Il lève le nez sur Gabriel. 

Brusquement, l’étonnement envahit ses traits. Sa bouche s’ouvre quelques longues secondes. Puis, le sourcil haut, il sourit en coin.

    « Mais on peut s’arranger ! »

Un malaise poisseux s’installe. Hireki frissonne. Il se sent soudainement sale. Son regard balance entre son infirmier et Gabriel…

    Son infirmier… 
    et le regard haineux de Gabriel.

Dans une impulsion qui n’est pas la sienne, Hireki empoigne violemment la blouse du soignant. L’infirmier perd l’équilibre, se rattrape au bord du lit.

    « Laisse-le ! » crache-t-il.

Le professionnel repousse la main, effaré.

    « Hey !! Ça va, Joli Cœur. Tout doux ! »

Il réajuste gauchement son badge, mais sa main tremble.

    « Qu’est-ce qui te prend ? » siffle-t-il entre les dents.

Puis, brusquement, dans un geste leste, il empoigne sans finesse l’épaule de Gabriel avant de la flatter comme celle d'un vieil ami :

    « On n’a pas idée de se mettre dans des états pareils pour une simple visite, hein ? »

Il quitte la chambre, en ricanant.

    « Trente minutes, pas plus ! J’envoie le médecin ! » lance-t-il par-dessus son épaule avant de disparaître.

Gabriel fixe la porte, marmoréen. Hireki peut presque l’entendre respirer à l’envers.

    « Vous vous connaissez ? » demande-t-il avec précaution.

Gabriel sursaute et se retourne, le regard complètement perdu. Sa bouche se fend d’un léger mouvement. Il se ravise, se dandine nerveusement.

    « Non. Enfin… J’sais pas »

Il hausse une épaule dans un tic nerveux avant de se frotter le nez, violemment. Trop.

    « P’têt… »

La réponse est un coup de tonnerre.

Hireki le voit enfin.
Vraiment.
Pleinement.

Sans fard, avec tout l’amour sincère qu’il lui doit. Ce Gabriel qu’on a sali, jusqu’à ce que lui-même ne sache plus à qui appartient son corps. Ce Gabriel qu’il a lui-même utilisé.

Il ne nie même pas. Pas vraiment. Parce qu’il ne peut pas mentir. Parce qu’il ne sait pas.

Il ne sait plus qui ou même combien ont profité de sa docilité.
Et c’est pire que tout.

Quelque chose lâche. D’un coup.

Les digues cèdent sans prévenir.

Hireki s’effondre. Sans transition. Sans pudeur. Il pleure. Fort.

Des sanglots larges, douloureux, entiers.

Un seul cri se forme, étouffé dans sa gorge, déchiré par l’épuisement et la vérité nue :

    « Je suis désolé… tellement désolé, Gabriel… »


====


      
 🌟 Heyyy les Boundies  💖💥 

    Alors alors… cet épisode 😳💔 ? Un peu intense hein ?! Et long aussi... Mais hey! Ca valait le coup non? De telles retrouvailles ne pouvaient décemment pas tenir dans un épisode de 10minutes.

Vous l’avez senti le petit vroum-vroum de la tension entre nos deux Dramaphiles 🔥👀 ? 

Et ce moment où Hireki pète (un peu beaucoup) un câble 😬✋… 

  • Vous avez eu peur pour Gabriel 😱 ou 
  • Vous vous êtes dit "WTDuck… Hireki serait un Red Flag" ? IMPOSSIBLE!! 😭😭

Balancez-moi vos feels 💌, vos théories 🕵️‍♀️, vos ships 🚢 (oui en même temps... Il n'en existe qu'un! 😅), et même vos insultes préférées nulles mais mignonnes 😏✨. 

J’vous lis TOUS dans les coms, alors faites péter le clavier 🔥💬 !

    💬 Allez, racontez-moi :

1️⃣ Votre moment préféré de l’épisode 💖
2️⃣ Celui qui vous a brisé le cœur 💔
3️⃣ Et… est-ce que vous aviez envie de mettre un coup de pied aux fesses de Gabriel 😵‍💫 ? (moi oui)

    Votre King Mochi fatigué,
        Diogène


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