dimanche 17 novembre 2024

Chap III: Les Cris du Silence (1/5)

 

PrécédemmentChap II - La Poupée qui dit 'Oui' - 3/3

(👀 ~10min de lecture)



Chap 3

LES CRIS DU SILENCE

(1/5)
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    Dans un monde où tout va toujours trop vite, certains moments paraissent infiniment longs, ou plutôt intolérablement lents.

Les véhicules se pressent les uns contre les autres dans un chaos de klaxons et d’insultes lancées au hasard. Les doigts de Maxence tapotent nerveusement le cuir, alors qu’il peste une énième fois derrière son volant. L’idée de couper le contact et de tout abandonner pour courir jusqu’à l’hôpital lui revient de plus en plus fréquemment.

Les urgences sont encore loin, mais au vu des quelques centimètres péniblement parcourus, il irait tout aussi vite. Ce, même en avançant prudemment pour éviter les chutes sur les trottoirs glissants.

Maxence observe les passants précautionneux, traînant les pieds tout en s’agrippant aux façades des bâtiments. Les enfants, eux, insouciants, se lancent des boules de neige ou glissent dans une imitation approximative de patineurs artistiques.

    « Axel jurerait sûrement comme un charretier embourbé », pense-t-il à haute voix.

Axel déteste le froid. L’hiver, en général. Cette saison qui semble toujours, chez lui, cristalliser tous ses maux en défis éternels.

Il en arriverait presque à le comprendre à cet instant.

La neige s’abat sur la ville, de plus en plus lourde, son manteau implacable réduisant peu à peu le tumulte de la ville en un murmure étouffé qui l’oblige à écouter l’écho de ses propres angoisses.

Son regard glisse vers le téléphone posé sur le siège passager.

Quand le nom de son fils est apparu à l’écran, à peine une heure auparavant, il a décroché avec enthousiasme, comme toujours.

    « Oui, fils ! Que veux-tu à ton vieux père ? »

Personne au bout du fil, seulement une respiration précipitée, un souffle rapide et saccadé, haletant comme celui de quelqu’un face à une situation qui le dépasse.

Puis des voix, en arrière-plan.

    « On a un pouls ? Comment est la sat’… »

Maxence fronce les sourcils, incertain.

    « Allô ? Axel, c’est toi ? »

    « Faut réchauffer au niveau du cœur. Doucement, les gars… »

Soudain, se superposant aux ordres, cette voix qu’il n’aurait jamais pensé entendre :

    « Monsieur Bouvier ? »

Son cœur s’emballe. Ce timbre rauque, ce ' Monsieur Bouvier ', comme un vieux cauchemar qui ressurgit. L’image de ses yeux verts captivants, ses cheveux indomptables, sa silhouette lasse…

    « Gabriel ?! » Sa voix claque comme un reproche. Il se lève d’un bond comme pour atteindre le jeune homme dont le timbre a éveillé en lui une terreur fulgurante.

L’adrénaline le parcourt, une sueur glacée jusqu’au bout des doigts, comme un frisson douloureux. Sa mâchoire se crispe, le souffle lui manque, tandis qu’il entend celui du jeune homme, également tremblant, un maelström d’émotions à travers le combiné avant même le moindre échange.

    « Où est Axel ? » s’affole Maxence.

Toujours ce silence de plomb, seulement entrecoupé de ces voix concentrées et professionnelles.

    « Ok ! On place tout le monde ! »

    « Où – est – Axel ? » insiste Maxence en articulant plus fort, tentant de raisonner Gabriel, manifestement tétanisé.

    « À trois on soulève. Prêts ? »

    « GABRIEL ?! Réagis !!! » Crache-t-il, giflant l’image de Gabriel qui se dessine à lui.

    « Laissez-moi l’accompagner ! » surgit enfin la voix du jeune homme, étouffée, le téléphone probablement contre sa poitrine.

Maxence se fige, suspendu à cette scène qu’il ne peut voir.

    « Vous ne pouvez pas monter dans le véhicule. »

    « Je vous en prie ! Laissez-moi monter ! » Gabriel supplie et semble se précipiter sur quelque chose. Des mouvements brusques retentissent, qui font reculer Maxence du téléphone de leur choc invisible.

    « Jeune homme, c’est une urgence ! » rétorque fermement une voix.

Maxence tend inconsciemment la main pour rattraper Gabriel, mais n’empoigne que le vide. Il cesse de respirer. Le sang à ses tempes, son angoisse l’empêchent de tout saisir.

    « Vous nous faites perdre du temps ! » gronde de nouveau l’urgentiste, accompagné de frottements feutrés.

    « Gabriel ?! » appelle Maxence, prêt à perdre le contrôle, mais le jeune homme semble l’avoir totalement oublié. Tout son corps se tend sous une pulsion instinctive, un élan de rage. Il explose.

    « Qu’est-ce qui se passe à la fin ? Dis quelque chose, nom de Dieu !!! »

Il se penche sur le téléphone comme pour y pénétrer. Glisser entre les mots pour suivre ce fil d’Ariane invisible jusqu’à son précieux fils et, plus encore… Gabriel. Plus son image se précise et plus elle éveille en lui une violence sourde. Ses mains brûlent, sa rage monte, jusqu’au claquement brutal d’une porte coulissante qui l’arrache au fil de ses pensées. Ce point final à une situation qui les aura dépassés tous les deux.

    « NOOON !! » Le cri fend tout, jusqu’au cœur du père de famille qui vacille sous la terreur alors qu’il s’insinue telle une morsure glaciale jusqu’aux os.

Le téléphone heurte quelque chose de lourd, puis Gabriel hurle encore : « ENFOIRÉS !! LAISSEZ-MOI MONTER ! »

Là, une sirène se met à résonner à quelques mètres, narguant Maxence de toute son ironie amère. Il réalise.

    « La colline ? C’est vous que j’entends ? » lance-t-il, comprenant qu’en l’absence de panique, de ce fichu gamin, il aurait pu rejoindre Axel à pied. Par la fenêtre, il cherche les lumières bleutées de l’ambulance, tandis qu’au bout du fil, Gabriel s’époumone en plaintes misérables avant de s’arrêter, essoufflé, dans une bordée de jurons étouffés.

    « Fait chier ! »

    « Gabriel ! C’est vous que j’entends vers la Colline ? »

    « Monsieur Bouvier ? » murmure la voix rauque.

    « Dis-moi où est mon fils ? Dis-le-moi, une bonne fois pour toutes ! »

    « Saint-Aurore… Allez à Saint-Aurore ! Hi-chan, il… Oh mon Dieu, je vous en conjure, sauvez-le…»

Sans plus d’informations, il a raccroché sans aucune compassion pour le garçon éploré au bout du fil. Ce gamin qu’il a pourtant jadis aimé comme un fils… Pour être coincé dans des bouchons sans fin.

Il n’aura fallu que cet instant d’égarement pour que la neige redouble, paralysant un peu plus les routes. Une chape accablante qui écrase tout. L’atmosphère s’épaissit, oppressante, étouffante, à l’image de son incertitude.

    « AVANCEZ !!! » Maxence frappe violemment le volant, il perd pied, appuie longuement sur le klaxon dans un geste futile qui apaise brièvement ses nerfs. Son front tombe contre le dos de ses mains crispées, sa jambe tressaille nerveusement. Il veut hurler.

    « J’aurais dû agir plus tôt », murmure-t-il.

Il repense aux 'Terrible Two ' ; Axel, sourire jusqu’aux oreilles, empilant les coussins les uns sur les autres pour atteindre des sommets improbables, et cette petite ombre, en retrait, observant en silence, les sourcils froncés d'inquiétude mais le regard indulgent. Un duo si improbable et pourtant si harmonieux…

Gabriel…

    « ‘Fiston’, tu parles ! » rit-il avec amertume. « Vaurien, oui ! »

Quelque chose a irrémédiablement basculé.

Quand ? Comment cet adorable poupon est-il devenu "ça" ?

Les souvenirs affluent jusqu’à celui de cette soirée. Une sortie entre collègues. Cette ombre familière.

Il pensa à une mauvaise ressemblance, mais des yeux pareils… Gabriel près d’une salle de concert, en compagnie de deux hommes nettement plus âgés que lui.

C’était peu après le retour d’Axel du Japon, Gabriel devait avoir à peine 16 ans.

Maxence secoue la tête, incrédule, en revoyant l’instant. Un grand échalas au look sombre, le bras nonchalamment passé autour du cou du garçon. Il lui glissait régulièrement aux lèvres une cigarette dont l’odeur particulière ne laissait aucun doute sur les substances ingérées. Seule attention, d’ailleurs, qu’il portait au gamin, bien trop occupé à charmer les groupies qui s’entassaient devant eux en repoussant sa longue chevelure blonde pour dévoiler un sourire qui en disait long. Quand il daigna enfin poser une fois le regard sur Gabriel, il le dévora des yeux comme un prédateur déjà bien conscient du sort de sa proie.

Le plus douloureux, pourtant, fut ce moment où, lorsqu’il tenta d’en parler à Axel, son fils nia, affirmant avoir passé la soirée avec Gabriel, alors même qu’il empestait encore le parfum de femme.

Le début de la fin.

Après cette nuit-là, Axel changea, lui aussi. Gabriel devint un sujet tabou sous le toit familial, chaque mention de son prénom tournant vite au pugilat. Maxence voyait son fils dépérir sous des sourires de façade et des conquêtes féminines qui s’accumulaient comme autant de fuites désespérées.

Axel s’accrochait avec la force du désespoir à une relation qui s’était de toute évidence brisée sans que Maxence n’en connaisse la raison.

Pourtant, un jour, dans un ultime acte de folie pure, quand son fils sombra pour de bon, Maxence s’était vu supplier lui-même Gabriel de revenir. L’angoisse de perdre Axel avait muselé tout raisonnement logique.

Il ne sait pas ce qu’est devenu Gabriel. Il n’est pas rare, encore aujourd’hui, qu’au hasard d’une visite à son fils, le jeune homme soit présent. Mais une chose est certaine : il n’est plus le petit garçon discret et poli qu’il a connu. Négligé, perdu au milieu de vêtements mal entretenus, les cheveux mal soignés, le teint livide et empestant la cigarette, c’est tristement que Maxence concède qu’il est toujours d’une beauté surnaturelle mais noyée sous des allures moribondes.

Au moins, Gabriel garde-t-il la décence de s’éclipser lorsque Maxence se présente, le saluant sobrement, le visage froid, le regard éteint qui contraste toujours avec leur éclat vert, un éclat d’âme qui subsiste au fond de lui comme s’il ne lui appartenait pas.

Un klaxon retentit, perçant le flot de ses souvenirs pour le ramener dans cette rue glacée, immobile et sans issue.

Depuis combien de temps ressasse-t-il ? Maxence cligne des yeux. Il a avancé de quelques mètres sans même s’en rendre compte, mais c’en est trop. Il bifurque dans une allée dégagée et gare sa voiture, renonçant à la chaleur de l’habitacle pour s’élancer dans le froid coupant. 

Le pas résolu, il court….


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🌨️ Salut les Boundies ! 🌨️ 

Quel début de chapitre glaçant, n’est-ce pas ? ❄️ Alors que Maxence plonge dans ses souvenirs, la tension grimpe encore : Hireki et Gabriel sont-ils en sécurité ? Et surtout... Que s’est-il vraiment passé cette fameuse nuit où tout a changé entre eux ? 😱

💬 Dites-moi tout : pensez-vous que Maxence a raison de voir Gabriel comme une source de danger pour son fils? Ou son jugement est-il aveuglé par son propre passé et ses regrets ?

🎭 À vos claviers, mes Boundies, j’attends vos théories et ressentis avec impatience ! 💡

➡️ Rendez-vous pour la suite : Maxence parviendra-t-il à atteindre l’hôpital à temps ? Ou la neige recouvrira-t-elle encore plus de secrets… ? 🌌

   

Suivant: Chap III - Les Cris du Silence - 2/5

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