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lundi 11 août 2025

Chap V : Le Loup Boiteux et la Proie de Givre (2/5)

 

PrécédemmentChap V - Le Loup Boiteux et la Proie de Givre - 1/5 

(👀~20 min de lecture)



Chap 5

LE LOUP BOITEUX & LA PROIE DE GIVRE

(2/5)


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    Le choc est tel qu’il lui manque un souffle.

C’est un ange qui passe la porte… mais un ange déchu.

À sa vue, Hireki ne sait pas à quelle vérité se fier : les yeux ou le cœur. Lucide ou perverti. Son esprit vacille encore, accroché aux miettes de cet amour illusoire. Pourtant, c’est dans une appréhension sereine qu’il laisse la vérité empoisonner le mensonge.

Gabriel est là, dans l’encadrement de la porte. L’allure piteuse. Il semble être tombé là par accident, un sac trop lourd dont plus personne ne veut. Ses boucles folles, toujours aussi parfaites sous l’humidité, paraissent sculptées dans l’or et le bronze.

Il avance, l’air absent. L’eau perle sur ses mèches et glisse le long de sa tempe. Elles tombent sur un visage marqué… et des yeux vert émeraude, relique d’un autre temps.

Un pantin.
Une poupée de chiffon animée d’un souffle qu’on lui a imposé, sans mode d’emploi.

Pourtant, Hireki sourit.

Trop.

Il le sait à ses pommettes douloureuses et ses lèvres qui tiraillent. Son corps ne lui appartient plus. L’espace d’un instant : le cœur parle pour lui.

Gabriel jette un œil par-dessus son épaule, comme si pareil accueil ne pouvait lui être destiné.

    « Gaby… » murmure-t-il, l’extase au bout des lèvres.

Leur regard s’accroche avant que Gabriel ne détourne le sien. Il balaie du pied un sable invisible. Un geste ténu et bref que Hireki se surprend à voir immédiatement.

Et, plus encore, il y a ces rouages qui tournent à vive allure. Ils apparaissent si nettement à ses yeux.

C’est effrayant.

Chaque rotation, chaque emboîtement marque les hésitations de Gabriel. Le jeune homme pèse si profondément le pour et le contre que son corps même suit le mouvement : droite, gauche, partir ou rester.

Alors, c’est le propre sang de Hireki qui se teinte de doute.

    Est-ce qu’il va repartir aussi vite qu’il est venu ?
    Est-ce qu’il va disparaître comme tous les autres ?

Insidieuse, l’angoisse se loge au fond de sa gorge. Hireki veut tendre la main, mais ce sont les larmes qui gagnent la course. Elles se pressent derrière ses paupières.

Il les ravale et force le sourire.

Aucun mot ne sort.
Parce qu’il ne sait pas lequel prononcer.

Tout se bouscule, s’amasse, l’étouffe. Sa main tremble de plus en plus et, levant les yeux, il les voit.

Celles de Gabriel.

Cramponnées à un amas de laine informe, si fort que ses doigts disparaissent dans les mailles épaisses alors que tout le reste de son corps transpire la désinvolture.

Gabriel penche la tête, le menton haut. Sa tête tangue, prête à se décrocher. Trop lourde de secrets pour un corps si fragile. Il mord le bijou sur le coin de sa lèvre inférieure.

    Combien de fois l’a-t-il vu faire sans comprendre ?

Il est tiraillé. C’est évident. L’Asiatique se maudit un peu plus d’avoir autant fermé les yeux. Le grincement de ses dents résonne à ses oreilles. Le sang pulse à ses tempes.

Hireki inspire profondément. Sa poitrine est douloureuse, son cœur prisonnier d’un piège à loup.

Le lit grince quand son corps penche en avant. Il s’apprête à parler, mais rien : à part ce trou, là, dans le thorax.

Le scope émet un léger signal. Bref. Une fraction de seconde, suffisante pour que leurs regards se croisent.

Contre toute attente, l’angoisse ne se lit pas chez Gabriel. Pas même une simple question.

    « Salut, Tête de Châtaigne » lâche-t-il soudain.

Il est d’une nonchalance absurde tant elle contraste avec le reste. Mais tout ça importe peu, car son cœur se fige dès la première syllabe.

La voix de Gabriel… rauque, griffée du froid, de nicotine et de prières trop récitées.

Elle ne fait pas que déchirer le silence.
Elle le brise en mille morceaux.

Ses éclats l’emportent dans une avalanche de sensations oubliées. Subjugué, Hireki se laisse couler, tout entier, dans une béatitude indécente. Maladroit, il se redresse, tentant d’ajuster la couverture sur son ventre et cacher une autre évidence.

Il le désire toujours autant.

L’âme en feu, le scope émet des tintements stridents.

Ce fichu scope, comme à chaque mensonge de son père, trahit aujourd’hui sa propre vérité.

C’est aujourd’hui qu’il reprend vie.

Pas quand il a ouvert les yeux.
Pas quand son père a franchi cette même porte cinq jours auparavant.
Pas sous les gestes contenus de ses grands-parents.

Mais, aujourd’hui, à la vue de Gabriel.

Dans ces sentiments qu’il ne comprend plus vraiment, et un désir encore trop présent.

Il est et restera son Ange. Celui qui drague avec lui le souffle d’âme, l’essence même de sa vie.

Les battements aigus de la machine ralentissent, plongeant de nouveau la pièce dans un chant régulier de pas étouffés et de bruits métalliques.

Gabriel est resté figé entre deux mots. Les yeux sur les constantes. Il déglutit quand le silence fait un retour fracassant.

    « Gaby ? » hésite Hireki.

Quand, dans un sursaut, son meilleur ami s’anime de nouveau, c’est pour mieux s’éteindre. D’un claquement de doigts. Indéchiffrable, comme toujours.

    Un automate qui crie en silence.

Des pas précipités résonnent dans le couloir. Un brouhaha fait de jargon médical et d’urgence professionnelle.

Tous deux fixent la porte avec toute l’angoisse d’un parent. Puis, le calme revenu, leurs regards se heurtent. Ils se sourient discrètement, comme si la vie suspendue des autres venait de leur rappeler la fugacité de la leur.

Hireki pouffe doucement alors que, dans un souffle de capitulation, Gabriel bombe légèrement le torse. Il est si pâle que ses taches de rousseur forment un masque.

    « Alors… » tâtonne l’Ange en s’humidifiant les lèvres, incertain… « la résurrection ? »

Il a l’allure assurée, mais tout sonne faux. Encore une fois, Hireki le voit… Cette faculté à singer la confiance alors que tout son corps hurle vouloir disparaître.

    Combien d’années a-t-il choisi de se faire berner par quelqu’un qui n’arrive même pas à se mentir à lui-même ?

Pourtant, le métis sourit encore et toujours sous l’aura froide. Il préfère cette distance pudique et sincère à la tendresse trop ostensible de Maxence.

Le souvenir de son père, dessiné dans l’encadrement de la porte après son réveil. Le regard doux, rassuré, mais sans les mots escomptés. Jamais il n’aura demandé, pas une seule fois, comment il allait. Bien trop occupé à souligner ses efforts.

Son âme s’étiole. Hireki grimace d’amertume. La projection du Gabriel parfait s’en fait l’écho, et avec lui ses premières paroles :

    Que tes yeux regardent bien en face et que tes paupières se dirigent droit devant toi.

Hireki veut fuir ce qu’il a pourtant accepté d’affronter. Il frotte distraitement les draps amidonnés. Se perd dans les replis.

Il va perdre Gabriel, et il doit s’en faire une raison.
Il n’est pas digne de lui.

Mais pas tout de suite.
Encore un peu… avec lui… avant de le perdre… comme tous les autres… définitivement.

    « Pas mon truc, tu vois ? » répond-il minablement, les larmes tapies sous le sourire.

Une tension sourde court le long de sa nuque. Il sursaute brusquement pour échapper à l’étau invisible.

    « Apparemment… » ajoute-t-il tout de go, « y’a qu’un seul Frosty Jesus. »

Le silence retombe. Même l’air semble figé une seconde de trop.

Cette pique… il l’avait lancée un jour, lors d’une dispute. Et, contre toute attente, elle avait déclenché un fou rire incontrôlable chez Gabriel.

C’est finalement ce qu’il réussit toujours le mieux : fermer les yeux, sourire et détendre l’atmosphère. Le soleil naïf, l’éternel adolescent aux blagues idiotes, l’immaturité érigée en bouclier.

Il se déteste, et comme un rappel à sa lâcheté, Gabriel ne réagit pas.
Pas même un froissement de tissu, un tressautement, un soupçon de recul.

Hireki se redresse, implorant.
Il essaie de sourire encore et toujours pour encourager Gabriel à faire de même, mais ses commissures s’étirent dans le mauvais sens. Ses paupières sont en feu.

Il ne veut pas le perdre.

Un vrombissement naît au fond de sa poitrine. Léger, mais bien présent, porté par la peur de le voir encore disparaître. La bile monte, il déglutit.

Il est pitoyable.
Un lâche.
Un héros fantoche devant une victime qui ne veut pas en être une.

    « Je t’attendais » dit-il lamentablement.

    « Ah ouais ? »

Les mots claquent. Un reproche froid qui le cueille en plein cœur.

Le métis accuse le coup. Il le mérite, après tout. Gabriel renifle en jetant un œil à la fenêtre où les flocons se bousculent comme des spectateurs avides du drame à venir.

    « T’as vraiment du temps à perdre… » continue-t-il dans un murmure crispé. « En même temps… tu dois t’faire chier ici… »

Il s’arrête sur une pile de comics américains, maladroitement empilés sur le chevet, à côté d’une boîte de chocolats et de fleurs fanées.

Hireki sent instantanément la tension qui le traverse, parce qu’elle le submerge aussi. Gabriel tangue imperceptiblement. Il appuie prudemment sur le coin de sa lèvre et semble se perdre dans un souvenir nébuleux. Il grimace avant de revenir à lui dans un geste nerveux.

Sa pomme d’Adam se soulève péniblement.

    Est-ce qu’ils se sont vus ?
    Ou est-ce qu’il a toujours craint Maxence de cette manière ?

    « T’inquiète » le rassure aussitôt l’Asiatique, « il passe seulement le matin. TOUS les matins… »

À ces mots, une expression rare marque les traits de Gabriel. Sa tête pivote légèrement vers la porte. Il ressemble à un enfant qui a besoin d’être rassuré. Il se racle la gorge et porte machinalement les doigts à ses lèvres. Il roule des yeux bêtement à l’absence de cigarette, mais souffle quand même la bouffée invisible.

    « C’est bien qu’il soit là » dit-il sans grande conviction.

Hireki laisse échapper un petit rire. Gabriel aurait tout bonnement pu dire qu’il s’en tamponnait royalement que la différence aurait été infime.

    « Jouer les pères modèles, ça lui va pas du tout ! » ajoute le métis avec mépris.

Mais Gabriel recule d’un pas surpris. Les sourcils froncés, il le dévisage intensément et Hireki s’arrête instantanément.

À ce jeu, son ton sonne faux… parasité par l’infime espoir que Maxence n’ait rien fait.
Il ne parvient pas à le détester réellement… sans preuve…

Le métis joue avec le bord de son drap. Ses bandages ont disparu, mais sa peau garde les traces des brûlures de gel. Un court instant, il se demande s’il pourra retracer de somptueux kanji ou glisser des chibi ronchons dans les paquets de cigarettes de Gabriel.

    « Gabriel, je… »

    « J’suis juste venu te rendre ça. »

Ils ne se sont pas lancés en même temps. Gabriel l’a fauché en plein vol. Volontairement.

Son visiteur pointe du nez la boule de laine bordeaux qu’il tenait si fermement jusque-là.
Il s’avance doucement, toujours si faussement indifférent, alors même qu’il la replie avec application.

    « … et peut-être… pour savoir comment t’allais » avoue-t-il en se raclant la gorge.

Il dépose délicatement l’écharpe sur le lit. Ses doigts s’attardent sur les mailles épaisses avant de s’en détacher à regret.

    « Par contre… j’ai fumé toutes tes clopes… »

Il ne sait pas quoi faire de ses mains. Du coin de l’œil, Hireki le voit les glisser dans ses poches, les ressortir aussitôt, jouer avec un fil de son gilet, croiser les bras, puis finalement les laisser ballantes le long du corps.

Mais autre chose de plus important monopolise son attention :

Le cache-nez.

Ce n’est pas seulement son écharpe que Gabriel vient de lui rendre… mais celle qu’il portait ce jour-là.

Son expression se durcit sous le flot de souvenirs confus, arrachant une réaction viscérale chez son visiteur.

    « Je l’ai lavée, si c’est ça qui te dérange ! »

Le ton agressif le ramène aussitôt à la réalité. Une étincelle de rage traverse les traits de Gabriel. Sa mâchoire tremble, ses narines se dilatent au rythme anarchique de sa respiration. Il ne le regarde même pas.

Il bouillonne.

    Est-ce qu’il a toujours bouillonné ainsi ?

    « Pourquoi tu dis ça ? » s’inquiète Hireki.

    « C’est toi qui tires une gueule de trois mètres de long ! » feule Gabriel, les poils des avant-bras hérissés quand il chasse l’air devant lui.

    « Non, c’est… »

Hireki revient à l’écharpe. Il la voit nettement, enroulée autour de son cou ce jour-là.

    « C’est celle que je portais… »

Un bruit retentit.

Gabriel a reculé si vivement qu’il a heurté le fauteuil médicalisé derrière lui. Ses joues rosissent et ses prunelles se voilent.

Les rouages réapparaissent… Et ils tournent à un rythme effréné.

    « T’as dû confondre ! » lance Gabriel en amorçant un pas de côté.

    Il va disparaître.

Hireki l’attrape violemment par le poignet. Le tire vers lui. Il n’y a plus aucune douleur, juste la volonté de le retenir et le garder là, toujours, près de lui.

Une ardeur possessive monte de ses entrailles. Le vrombissement jusque-là ténu monte des tréfonds de son âme, fait gronder tout son être.

    « C’est toi qui m’as trouvé ! » dit-il avec véhémence.

Gabriel a les yeux écarquillés, figés sur la main abîmée qui le malmène.

    « Tu m’as trouvé et tu as appelé les secours ! » Le secoue Hireki.

Ses mots sonnent comme un ordre. Sa voix caverneuse absorbe tout autour d’eux, jusqu’à la lumière même. Gabriel tente de se défaire. Ses doigts fins griffent la peau hâlée, mais Hireki ne sent rien.

Il veut.
Il veut viscéralement…

    « Tu m’fais mal. »

Ce n’est pas un cri, pas un avertissement, ni même une supplique.

Un simple murmure.
Un chuchotement d’une fermeté trop douce pour être réelle.

Mais de ce simple souffle vient la réminiscence.

    La moufle violette dévorée par le gant jaune.

Tout autour d’eux éclate. Hireki le lâche brusquement, les yeux rivés sur sa main tremblante. Puis, le vertige…

    « Ga… »

L’air est étouffant, épaissi par la honte, la peur, la culpabilité. Un amas gluant qui rend l’atmosphère presque opaque.

Hireki veut respirer, mais sa gorge se serre. Il halète, tousse violemment, la main cramponnée à son pyjama.

La douleur est insupportable. Elle le pénètre de toutes parts : sa poitrine, son cœur, transpercés par une lance lourde de péchés.

Il n’y a plus rien d’autre qu’une lumière aveuglante autour de lui. Elle scintille comme autant de diamants.

    « Chan ? »

La voix se détache à peine tant la douleur occupe tout l’espace. Il a froid, si froid. Le givre le parcourt tout entier, le paralyse.

Il ne veut pas mourir.

    « Chan ?! Tu m’entends ?! »

Il ne veut pas…

    « HIREKI !! »

Le choc.
Le parfum…
Le parfum d’infini blanc…

La caresse éthérée.
Comme ce jour-là…

Apaisante sur son front, ses joues.
Sur la colline.
Le ciel d’émeraude.

    « Regarde-moi ! »

Gabriel est là, penché sur lui. Ses doigts frais enserrant ses joues brûlantes.

Hireki ne peut pas bouger, mais il n’en a pas envie. Il s’agrippe aux poignets avec désespoir.

    « Tu me vois ? » demande Gabriel calmement.

La vie revient. Ses poumons se gorgent d’un souffle nouveau.

    « Gabriel… »

Hireki tangue quand son ancre lui est arrachée brutalement.

    « Hey, Ax’ ? Ça va ? »

Son infirmier.

La panique l’envahit. Tout se brouille encore une fois. Gabriel n’est plus là. Ses mains sont vides.

    « Souffle fort ! » lui demande l’infirmier.

    Gabriel…

L’Asiatique cherche du regard en vain, alors que l’infirmier l’encourage encore :

    « Souffle, comme dans un ballon ! Fort ! »

Il essaie de se surélever mais un bras le retient.
Il ne le voit plus.

    Gabriel…

    « Souffle, Joli Cœur ! Allez ! »

Hireki se débat.
Il ne peut pas.

    Est-ce que cet imbécile comprend ?

    Il ne peut pas… Sans Gabriel.

Hireki tente de repousser l’homme. Mais une simple pression sur son tibia l’apaise immédiatement.

    « Souffle, Hireki. »

De cette simple inflexion, dans ce conseil bienveillant et pur… il souffle. Il souffle fort.

Son buste se soulève à chaque poussée et il le voit. 

Gabriel. 

La main délicatement appuyée sur sa jambe. 

Il ne le regarde même pas.

Le jeune homme recule lentement en repoussant ses boucles humides.

    Un ange…

    Son Ange…

Le brouillard se lève, la douleur s’amenuise. Les bips réguliers du scope envahissent peu à peu la pièce. Puis, le frottement léger d’un pied sur le sol carrelé.

    « Gabriel ! » appelle Hireki dans un sursaut douloureux.

Il ne parvient pas à se redresser convenablement ; lance un regard implorant à l’infirmier qui le redresse avec maîtrise.

    « Reste… »

C’est tout ce qu’il peut dire. Le corps encore trop fébrile pour qu’il puisse le retenir autrement.

    « Les visites se terminent » brise l’infirmier, le nez sur une tablette numérique.

Il lève le nez sur Gabriel. 

Brusquement, l’étonnement envahit ses traits. Sa bouche s’ouvre quelques longues secondes. Puis, le sourcil haut, il sourit en coin.

    « Mais on peut s’arranger ! »

Un malaise poisseux s’installe. Hireki frissonne. Il se sent soudainement sale. Son regard balance entre son infirmier et Gabriel…

    Son infirmier… 
    et le regard haineux de Gabriel.

Dans une impulsion qui n’est pas la sienne, Hireki empoigne violemment la blouse du soignant. L’infirmier perd l’équilibre, se rattrape au bord du lit.

    « Laisse-le ! » crache-t-il.

Le professionnel repousse la main, effaré.

    « Hey !! Ça va, Joli Cœur. Tout doux ! »

Il réajuste gauchement son badge, mais sa main tremble.

    « Qu’est-ce qui te prend ? » siffle-t-il entre les dents.

Puis, brusquement, dans un geste leste, il empoigne sans finesse l’épaule de Gabriel avant de la flatter comme celle d'un vieil ami :

    « On n’a pas idée de se mettre dans des états pareils pour une simple visite, hein ? »

Il quitte la chambre, en ricanant.

    « Trente minutes, pas plus ! J’envoie le médecin ! » lance-t-il par-dessus son épaule avant de disparaître.

Gabriel fixe la porte, marmoréen. Hireki peut presque l’entendre respirer à l’envers.

    « Vous vous connaissez ? » demande-t-il avec précaution.

Gabriel sursaute et se retourne, le regard complètement perdu. Sa bouche se fend d’un léger mouvement. Il se ravise, se dandine nerveusement.

    « Non. Enfin… J’sais pas »

Il hausse une épaule dans un tic nerveux avant de se frotter le nez, violemment. Trop.

    « P’têt… »

La réponse est un coup de tonnerre.

Hireki le voit enfin.
Vraiment.
Pleinement.

Sans fard, avec tout l’amour sincère qu’il lui doit. Ce Gabriel qu’on a sali, jusqu’à ce que lui-même ne sache plus à qui appartient son corps. Ce Gabriel qu’il a lui-même utilisé.

Il ne nie même pas. Pas vraiment. Parce qu’il ne peut pas mentir. Parce qu’il ne sait pas.

Il ne sait plus qui ou même combien ont profité de sa docilité.
Et c’est pire que tout.

Quelque chose lâche. D’un coup.

Les digues cèdent sans prévenir.

Hireki s’effondre. Sans transition. Sans pudeur. Il pleure. Fort.

Des sanglots larges, douloureux, entiers.

Un seul cri se forme, étouffé dans sa gorge, déchiré par l’épuisement et la vérité nue :

    « Je suis désolé… tellement désolé, Gabriel… »


====


      
 🌟 Heyyy les Boundies  💖💥 

    Alors alors… cet épisode 😳💔 ? Un peu intense hein ?! Et long aussi... Mais hey! Ca valait le coup non? De telles retrouvailles ne pouvaient décemment pas tenir dans un épisode de 10minutes.

Vous l’avez senti le petit vroum-vroum de la tension entre nos deux Dramaphiles 🔥👀 ? 

Et ce moment où Hireki pète (un peu beaucoup) un câble 😬✋… 

  • Vous avez eu peur pour Gabriel 😱 ou 
  • Vous vous êtes dit "WTDuck… Hireki serait un Red Flag" ? IMPOSSIBLE!! 😭😭

Balancez-moi vos feels 💌, vos théories 🕵️‍♀️, vos ships 🚢 (oui en même temps... Il n'en existe qu'un! 😅), et même vos insultes préférées nulles mais mignonnes 😏✨. 

J’vous lis TOUS dans les coms, alors faites péter le clavier 🔥💬 !

    💬 Allez, racontez-moi :

1️⃣ Votre moment préféré de l’épisode 💖
2️⃣ Celui qui vous a brisé le cœur 💔
3️⃣ Et… est-ce que vous aviez envie de mettre un coup de pied aux fesses de Gabriel 😵‍💫 ? (moi oui)

    Votre King Mochi fatigué,
        Diogène


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lundi 17 février 2025

(Interlude) La Berceuse des Ames de Glace



    Salut les Boundies ! 🌟

Aujourd’hui, pour célébrer la fin du chapitre 3, je vous propose un petit interlude ! 🎶✨

Je sais, il y en a eu pas mal ces derniers temps, mais je fais de mon mieux pour vous offrir une mise à jour chaque lundi... et croyez-moi, jongler entre l’écriture et la vraie vie, c’est tout un sport ! 😆

Cette semaine, je vous laisse avec un conte, celui qu’Oksana racontait à Gabriel pour l’endormir. Un récit doux, presque magique, qui lui tenait particulièrement à cœur. 💙

Gabriel a toujours rêvé de devenir l’une de ces étoiles de glace, celles qui guident les âmes perdues… Peut-être lève-t-il encore les yeux vers le ciel enneigé, cherchant à son tour une lumière pour le guider ? ❄️⭐

Oksana racontait aussi souvent cette histoire à Hireki, quand il a commencé à s’interroger sur la mort  comme tous les enfants en grandissant.

Bonne lecture ! 📖✨

***

    "Lalescko," murmure Oksana, tandis que la neige se pose en silence derrière la fenêtre. "Il existe, dans un ciel que seuls les rêves atteignent, un royaume magique où les âmes s’élèvent, douces comme les flocons d’hiver, à leur dernier souffle de vie."

    "Dans ce royaume, les âmes n’ont rien à craindre. Elles arrivent toutes telles qu’elles sont, et personne ne leur demande de rendre des comptes. Celles qui ont passé leur vie à faire le bien scintillent et se transforment en étoiles de glace. Elles sont si brillantes qu'elles éclairent le chemin des autres, douces et bienveillantes."

    "Mais, tu vois," poursuit-elle en souriant, "toutes les âmes ne deviennent pas des étoiles. Certaines, encore un peu perdues, se changent en charbon. Celles-ci n’ont pas besoin d’avoir peur non plus ; elles se reposent en silence et deviennent de petits objets utiles et aimés. Peut-être une chaise pour reposer les âmes fatiguées, ou une jolie boîte pour conserver de précieux souvenirs."

Gabriel, écoutant avec de grands yeux rêveurs, murmure :
    "Et si je veux être une étoile de glace, maman ?"

    "Ah, Lalescko, alors tu n’as qu’à écouter ton cœur. Sois doux avec les autres, aime sincèrement, et même si tu fais des erreurs, le ciel saura reconnaître la bonté que tu portes. Dans ce monde-là, tu n’as rien à craindre, car tout le monde trouve son étoile."

Ainsi, enveloppé dans la douceur de ce conte, Gabriel s’endort, rassuré et émerveillé, son esprit bercé par la vision de ce royaume magique où chaque âme a sa place, dans la lumière ou dans la glace éternelle.


***

    Et voilà pour aujourd’hui, les Boundies ! ✨

    Un petit interlude tout doux avant de replonger dans la suite de l’histoire. J’espère que cette berceuse vous aura plu ! 💤❄️

Dites-moi ce que vous en avez pensé en commentaire, 

  • Gabriel suit-il la bonne voie pour devenir cette étoile qui le fait tant rêver? ❄️ 

  • Ou va-t-il devenir un morceau de charbon? 🖤

On se retrouve lundi prochain pour la suite ! 🖋️📖

Prenez soin de vous ! ❤️

    Votre King Mochi,

    Diogene! 🍡🍡

 

N'hésitez pas à commenter et partager!


lundi 20 janvier 2025

Chap III: Les Cris du Silence (4/5)


Précédemment: Chap III - Les Cris du Silence - 3/5

(👀 ~20min de lecture)



⚠️ Trigger Warning ⚠️

Cet épisode aborde des thèmes de manipulation psychologique, dissociation, prises de conscience brutales et allusions à des abus passés. Les révélations et confrontations peuvent être éprouvantes émotionnellement. Il n’y a pas de descriptions explicites, mais certaines scènes peuvent être difficiles à lire.

🌿 N’hésitez pas à faire une pause si besoin.

💙 Prenez soin de vous 💙


Chap 3

LES CRIS DU SILENCE

(4/5)
---



    « Gaby !! » retentit en lui sa voix d'enfant.

Hireki se redresse à peine qu’une sensation indescriptible étire son âme. Un chaos bouleversant le submerge : tout, en lui, se distord. Un tumulte saisissant de fragments; peur, joie enfantine, désarroi adulte qui s’affrontent en vagues brutales. Passé et présent se heurtent en un maelstrom d'émotions à la fois indomptées et maîtrisées. Une fraction de seconde qui étire le temps. Puis, son petit lui s’extirpe de sa silhouette ramassée.

Le garçonnet court, enthousiaste, vers son meilleur ami, occupé à disperser un petit tas de feuilles avec un bâton. Gabriel l’accueille d’un sourire sincère. Ses boucles châtaines rebondissent au rythme de ses sautillements joyeux. Leur mouvement délicat enchante Hireki, adulte. Toujours les bras précautionneusement enroulés autour de lui, l’homme observe. Les yeux verts étincelants de l’enfant, ses taches de rousseur rivalisant avec les couleurs automnales. Mais plus encore, son sourire. Éblouissant, il irradie d'une chaleur qui berce son âme de douceurs oubliées et chasse les dernières bribes du souvenir précédent.

Pourtant, le cauchemar se rappelle vite à lui. À cette vision d’innocence se superpose l’image du Gabriel Parfait : ce reproche incarné, sa culpabilité personnifiée. Hireki réalise alors qu’il a de nouveau disparu, mais pas l’écho de sa voix. Elle hante encore la cour d’école qui s'étend désormais devant lui, de cette règle irrévocable.

« Deux… »

Parfait, ici, le timbre rauque de fumeur n’existe pas. La voix est claire et tout aussi intransigeante. Hireki secoue la tête refusant d'entendre la suite. Il balaie les lieux du regard, inquiet, guettant la moindre sentence prête à s’abattre au premier faux pas.

Il revient aux enfants. Sa petite version est accroupie devant l'enfant Gabriel.

    « Je vais le dire à Mme Rousselet, » annonce le petit métis avec assurance, la moue concernée par le genou écorché de son ami.

    « Non ! »

La voix fluette stoppe brièvement les battements de son cœur. Le jeune homme sursaute. Le petit Gabriel a brusquement attrapé le blouson vert de son ami. Ses doigts tremblants le relâchent aussitôt, visiblement troublé par sa propre réaction.

    « Pas elle, elle est… » bredouille-t-il. Gabriel baisse les yeux, cherchant ses mots. « Elle veut toujours… » Il frotte nerveusement son pied au sol, triturant ses doigts dans des angles impossibles.

L'angoisse devient si palpable que les propres phalanges de Hireki en deviennent douloureuses. Il capte les petites lèvres susurrer quelque chose qu’il ne parvient pas à lire. Pourtant, le malaise grandit en lui. Cette sensation désagréable d’avoir manqué quelque chose alors que sa petite version, elle, est déjà en route vers l’institutrice.

    « N’importe quoi ! Elle est toujours gentille avec toi ! » lance-t-il avec insouciance.

Le jeune homme tend désespérément le bras, suppliant presque que le passé lui offre une chance, une seconde, pour lire sur ces lèvres tremblantes ce qu’il aurait dû entendre autrefois… Mais un battement de cils suffit à accélérer le temps. La femme emporte déjà la petite silhouette réticente.

    « Deux : Être docile rend mes amis heureux. »

Le tintement léger d’une menace qui se cristallise enfin. Elle fuse telle une lance gelée. Fend l'air, impitoyable. Hireki est frappé en plein cœur. Il recule, le souffle court. Son cœur ne bat plus, il en est certain. L’air lui manque, mais rien n'égale la panique qui l’envahit lorsqu’il perçoit, du coin de l’œil, le Parfait Gabriel, de nouveau à ses côtés.

La projection fredonne doucement. L’air est familier, mais il ne parvient pas à l’identifier immédiatement, jusqu’à ce que les images d’une ronde surgissent. Des enfants courent, crient : « Givre ! », « Feu ! » Les rires, le loup, les statues de glace

Les paroles lui reviennent tandis qu’elles franchissent au même moment les lèvres de Gabriel.

    « Le loup blessé pleure et tremble,
Cœur gelé, les âmes s’assemblent… »

    « Le loup de givre. »

Ce jeu auquel il jouait tant, enfant. Ici, la comptine devient malsaine. Elle résonne d’un écho cauchemardesque. Fébrile, Hireki s’ancre à des détails futiles pour ne plus l’entendre.

    « Danse, danse, fais un vœu… »

Tout autour de lui s’est figé sur une vérité trop longtemps ignorée, mais il s'accroche aux feuilles mortes qui s’étendent à perte de vue. Leur texture, leur mouvement détournent au possible son esprit de ce qui pèse de plus en plus : son déni.

La voix de Gabriel continue de rouler, à la fois distraite et menaçante.

    « Qui sera figé sous les cieux ? »

Hireki serre les poings, l'esprit obstinément accaparé par les feuilles mortes pour ne pas voir… C’est maintenant: Le loup doit désigner sa proie, et il n’y en a qu’une ici.

    « GIVRE !! » s’élève avec vigueur la voix de Gabriel.

Les doigts glacés le frôlent à peine que le froid le gagne aussitôt. D’abord insidieux, il rampe inexorablement. Hireki sent sa main gauche s’engourdir. Le givre avance un peu plus, chaque battement de son cœur le trahisse en le poussant toujours plus loin… Les premières phalanges, la paume, le bras tout entier…

Le jeu innocent devient réalité. Une prison de glace se forme, sans pitié. Hireki hoquète misérablement, s’entêtant à fixer les feuilles.

    « Danse encore, brise la chaîne,
Le loup danse avec sa peine… »

Elles crissent de plus en plus, un bruissement qui se mue en un murmure angoissant mêlé au chant. Le givre court plus haut encore, dangereusement proche du point de non-retour.

    « Un petit effort, Hi-chan… » La voix doucereuse, comme un poignard acéré. « Tu n’y échapperas plus, quoi que tu fasses… »

Un hurlement effroyable vrille les tympans du métis, qui chancelle. Les feuilles se mettent soudainement à pleurer, à gémir. Elles se tordent de douleur sous les pieds traînants de Gabriel enfant. Un cri d'agonie que Hireki tente de fuir obstinément, mais les vagues de douleur l’encerclent.

    « Les cris du silence… » murmure Gabriel.

Les lamentations s’intensifient, s’infiltrent dans son crâne, saturent l’air, et le givre atteint sa poitrine. Dans une lumière aveuglante, une douleur insoutenable l’assaille. Il titube de plus belle sous la comptine qui reprend d'une innocence cruelle.

    « Loup qui boite en silence,
Avance et traîne sa danse.
Loup qui boite dans le noir,
Tremble sous le vent du soir. »

    « Je suis… Je… » Hireki s’effondre. Il se voit mourir, là, le cœur transpercé par des cristaux aux reflets d'aigue-marine, somptueux et mortels. « Désolé… » parvient-il à prononcer avant son dernier souffle. Mais le froid s’immobilise brusquement, suspendu à la voix de Gabriel.

    « FEU ! » lance-t-il.

Tout cesse immédiatement. Les bruits, la douleur. Le métis n’entend plus que son propre souffle précipité, tremblant sous l’angoisse. Il ouvre les yeux. À quelques centimètres de ses genoux, les mocassins à pompons, propres et impeccables, du Parfait Gabriel. Le jeune homme le regarde sans émotion aucune, avant de pencher la tête à droite, puis à gauche.

    « Je suis désolé ? » tente une nouvelle fois Hireki.

Gabriel garde la tête penchée, puis ses yeux s’écarquillent, emplis d’une folie douce.

    « On s’en branle des feuilles mortes ! Elles sont mortes, tu vois ? » hausse-t-il des épaules avec désinvolture.

Hireki, abasourdi, le regarde ajuster avec précision le col de sa chemise, qu’il lisse d’un geste aiguisé. Enfin, dans un soupir, la vision idéalisée glisse les mains dans ses poches et commence à se balancer sur les talons, le nez au vent. Un tic-tac silencieux et terrifiant qui marque chaque temps de ses fredonnements impatients.

    « À quoi penses-tu, loup blessé ?
La lune ou ta proie volée ? » reprend-il sans plus d’attention pour le métis.

    « Le dernier couplet… » pense Hireki. « À la fin, le loup perd si sa proie est libérée… » récite-t-il bêtement in petto. Mais quel rôle joue-t-il exactement ?

    « Loup boiteux cache ses regrets, » La mélodie ralentit à chaque syllabe, tordue comme un disque déformé. Les balancements de Gabriel suivent le mouvement. « Mais, leuuurs, croooocs, sooooont, aaaaaa-cééééééé… »

La syllabe s’étire, un bourdonnement semblable à celui qui avait vrillé les tympans de Hireki lors du cauchemar précédent. Gabriel baisse la tête, dardant un regard fou sur… 

Sa proie.

    « Je pensais bien faire !! » se précipite Hireki, le souffle court.

    « BEEEUUUUP !!! Mauvaise réponse !! » s’écrie Gabriel en sautillant avec enthousiasme.

Il contourne l’Asiatique à petits pas précipités, et son souffle glacé vient frôler l’oreille du jeune homme. Un frisson d’effroi parcourt son échine quand le bras de Gabriel Parfait passe par-dessus son épaule. Il pointe le petit Lui, toujours figé dans le temps, le bras tendu vers l'enfant métis.

    « J’ai tendu la main pour que tu restes avec moi ! » indique-t-il avec évidence.

Le silence s’impose tout autour. Les silhouettes, elles, ne sont plus qu’un brouillard d’anonymes, à l’exception des enfants et de la femme. Hireki observe sans un mot, honteux et impuissant.

    « Je pensais… » tente-t-il, incertain.

Mais la poigne glaciale de Gabriel s’abat violemment sur son épaule « GIVRE ! » crie-t-il.

La course du givre reprend à peine a-t-elle eu le temps de libérer son bras. Hireki n’a plus d’autre choix que d’affronter ses mensonges. Il regarde plus attentivement l’enfant devant lui. Tout, chez lui, crie à l’aide : ses yeux, son corps, ses talons enfoncés dans le sol. Il lutte. Il ne veut pas y aller.

    « Je tendais toujours la main, Hireki. » siffle tristement la voix derrière lui.

Le jeune homme serre les dents et secoue la tête.

    « Elle allait juste te soigner… » bredouille-t-il.

Gabriel explose d’un rire sec et cruel.

    « Elle allait JUSTE me SOIGNER ?! Ce n’est pas ce qui t’importait. Tu le sais !! »

Hireki rentre la tête dans les épaules, les doigts toujours crispés sur ses genoux. Gabriel lui fait de nouveau face, le regard noir. Enfin, ses lèvres bougent sans qu’aucun son n’en sorte.

    « Sois sage, comme ça tu me donneras ta sucette ! » C’est la voix du petit Hireki qui surgit dans le silence oppressant, parfaitement synchronisée.

Son sang se glace. Tout lui revient. Toutes ces fois où Gabriel disparaissait avec cette femme pour revenir des friandises plein les poches. C’est pour ça qu’Hireki la choisissait, elle, seulement elle…

    « J’ai 'vendu' Gabriel contre des friandises ? »

Un bruissement de papier lui arrache un sursaut. Il lève lentement la tête, le regard irrésistiblement attiré par l’objet rouge et blanc que Gabriel tire de sa poche.

Une sucette…

Lui revient d'abord le regard fier mais étrangement éteint de l’enfant lui tendant les bonbons, puis la sensation du givre jusque-là ignorée qui atteint son cœur. Hireki regarde sa poitrine : les volutes cristallines s’avancent, une toile silencieuse qui s’engouffre dans les fibres de ses vêtements jusqu’à sa peau. 

Il va mourir…

    « S’il te plaît… » implore le métis, les larmes aux yeux.

    « Feu ! »

Un claquement, froid, bref, imperceptible, stoppe la course folle vers la mort. Gabriel le regarde toujours, froidement. L’air d’un Dieu lassé de sa toute-puissance. La sucette entre les lèvres, le bâton danse. Un métronome d’une régularité implacable.

    « Je… J'étais petit… » se justifie Hireki piteusement.

Un craquement horrible retentit, et le bâton de sucette s’immobilise. Instinctivement, l’Asiatique porte les mains à ses tempes, mais le bourdonnement sadique ne vient pas. Seule la voix irritée de Gabriel brise le silence :

    « J’étais petit ! Comment je pouvais savoir ? Je pensais que… Blablablablabla BLAAAAH !! »

Sa voix se brise sous le cri hystérique avant de revenir, douce mais pas moins démente :

    « Quel âge tu avais quand tu m’as demandé ce putain de délai ? »

Hireki se braque immédiatement. Le décor ne change pas, mais devant ses yeux se dessine le CDI du lycée. La voix suppliante de son adolescent intérieur fend le silence déjà assourdissant.

    « Allez, Gaby… J’ai besoin de ce délai… »
    « Tu fais chier, Hi-chan. Tu peux pas juste bosser une fois ? »
    « Alleeez… Ce prof t’adore ! Fais-lui les yeux doux pour moi. C’est ton super pouvoir ça, hein ? »

Les images se clarifient, nettes, impitoyables. Il ne peut les ignorer, même en fermant les yeux. Elles sont gravées sur ses rétines, se bousculant dans son esprit. La silhouette gracile de Gabriel. Le professeur. La main gluante sur l’épaule. Les yeux lubriques. C’est tout son corps qui s’enlise dans son aveuglement.

    « Quel âge ? » demande Gabriel calmement.

    « Je n’ai jamais vou… »

    « QUEL ÂGE, HIREKI ? »

    « QUINZE ANS !!! » hurle le jeune homme. « J’avais quinze ans, putain !!! » dit-il en sanglotant.

    « Tu n’as donc jamais arrêté. » tranche Gabriel. « De cette connasse de Rousselet jusqu’… »

    « ET ALORS ?! »

Brusquement, mue par la force du désespoir et les dernières bribes de déni, Hireki se relève sans vaciller une seule fois. Son "petit monde parfait" s’effrite, et la rage de le préserver jusqu’au bout le pousse dans ses derniers retranchements.

Les perles noires brillent d’un feu violent, puissant. Chaque vaisseau de son visage tambourine, déformant ses traits en un masque de haine.

    « À quel moment je t’ai demandé de vendre ton cul ?! Espèce de taré !! » tonne-t-il en agrippant violemment le col de Gabriel.

Le souffle rauque, les lèvres retroussées, ses dents se dévoilent, féroces, acérées, prêtes à tout arracher sous leur tranchant. « Comment je pouvais savoir ? Tu ne dis jamais rien ! JAMAIS, GABRIEL !! »

Les traits de Gabriel se tordent. Son souffle suspendu. Un instant seulement. Ses lèvres tremblent, une ombre passe dans ses yeux. Une douleur, fugace, mais si intense qu'elle semble tordre l'air autour de lui.

Puis, elle disparaît.

La folie pure danse de nouveau dans son regard émeraude. Sa mâchoire se serre.

    « C’est moi le loup, maintenant. » grogne-t-il.

Le sifflement strident revient, fracassant. Il transperce Hireki de part en part, déchirant tout. L’Asiatique hurle, s’effondre. Les mains sur les tempes, il se bat contre la douleur et plus encore.

Les images défilent: 

Gabriel, toujours obéissant.
Toujours docile.
Toujours silencieux.

Et lui, toujours à le solliciter, à en profiter…

    « Tout le monde est heureux quand j’obéis. C’est ce que j’ai appris. Avec elle. Avec toi. Eux, et même… Lui ! »

La douleur cesse nette pour ne laisser qu'une voix grave envahir l’espace.

    « Les garçons, c’est l’heure de dormir !! »

Hireki se fige immédiatement, une angoisse indicible paralysant la moindre fibre de son corps.

La voix de son père.

Ses mains tremblent sous le rire démoniaque qui s’élève. Gabriel sautille innocemment autour du corps pitoyable de Hireki.

    « Aimeras-tu encore ton père si tu sais la vérité ? » chantonne-t-il d’un air innocent.

Les pupilles de Hireki dansent, sondant ses souvenirs. Tous les indices qu’il n’a pas vus sur son père… Mais veut-il vraiment savoir ? Veut-il vraiment les voir ?

    « Vas-tu ignorer la troisième règle ? »

Gabriel s’arrête devant lui et se penche. Son souffle glacé frôle ses lèvres, son regard ambigu plongé dans les charbons maintenant éteints.

« Bien sûr ! '3: Quoiqu’il fasse : tous les garçons aiment leur papa', non ? »



===


    ✨ Hello les Boundies !! ✨ 
    Eh oui, vous ne rêvez pas, c’est ENFIN l’épisode 4 du chapitre 3 ! 🥳 Après toutes ces semaines d’attente, il est là ! Et avant tout, je tiens à vous dire : je suis tellement désolé de vous avoir laissé trépigner si longtemps ! Mais… avouez, ça valait le coup, non ? 👀

Parce que, sérieux, ce Gabriel Parfait... MON DIEU. 😳 Plus j’écris sur lui, plus je tombe amoureux de sa complexité (et un peu de sa folie, pas vous ?). Et ce pauvre Hireki, complètement perdu dans ses mensonges, terrifié à l’idée de voir son petit monde parfait s’effondrer… 💔

Mais la vraie question, les Boundies : va-t-il ENFIN ouvrir les yeux, ou bien se laisser mourir ? 😱 Franchement, il nous ferait douter ce Hi-chan, hein ?

Alors, dites-moi tout en commentaire : vos théories, vos ressentis, vos cris de rage, ou même vos "WTF" sur ce chapitre de dingue. 🙈🔥 J’ai hâte de vous lire, parce que les choses ne vont faire que s’intensifier dans les prochains épisodes… À la semaine prochaine pour de nouvelles aventures, et surtout… accrochez-vous bien. 👀

    Votre dévoué,
    King Mochi (aka Diogène) 🐺🍡



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dimanche 1 décembre 2024

Chap III: Les Cris du Silence (3/5)


Précédemment: Chap III - Les Cris du Silence - 2/5

(👀 ~10min de lecture)


Chap 3

LES CRIS DU SILENCE

(3/5)

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    « Un lit de neige », résonne une petite voix.

Une caresse implacable effleure ses joues.

Que tes yeux…

Hireki porte instinctivement la main à son visage lorsqu’un bandeau invisible glisse de ses paupières.

…se dirigent droit devant toi.

Il est debout? Depuis quand ? Comment ?

Son regard balaie les lieux.

Ce n’est plus la colline.

    « C’est… »

La barrière, les buissons… Son cœur tambourine tandis que ses yeux glissent vers la gauche : cette satanée cage à poules…

    « Chez moi ? »

À ses pieds, Petit Hireki est immobile, figé dans le temps comme tout ce qui les entoure. Sa petite main agrippée à son écharpe, le souffle suspendu dans l’air glacé. Le jeune homme souffle à son tour, inconsciemment, comme pour vérifier qu’il est bien réel.

    « C’est ton premier souvenir ?! » le surprend une voix dubitative, dans un souffle glacial sur sa nuque.

Hireki se retourne vivement, son visage à quelques millimètres de deux puissantes émeraudes.

Il recule précipitamment, manquant de tomber.

    « Tu es… » balbutie-t-il.

Gabriel est là, mais quelque chose en lui cloche. Du haut de son mètre soixante-seize, les cheveux ordonnés, le visage en santé, il le fixe. Manifestement fier de son effet, il se balance sur les talons, mains jointes dans le dos, le sourire tranchant, capable de fendre une âme en deux.

Le métis le dévisage, interloqué.

    « Gabriel ? »

Tout en lui crie l’innocence. Du petit pull sans manches en laine beige sur la chemise immaculée au col serré par une cravate pastel parfaitement nouée jusqu’au pantalon de tweed gris clair tombant juste au-dessus d’élégantes chaussures en cuir brun clair, ornées de pompons.

Hireki déglutit, trop de questions se bousculent.

Cette version, lisse et impeccable, semble sortie d’un rêve fiévreux. Trop parfaite, trop polie, et aux gestes maîtrisés.

Il le regarde ajuster ses boutons de… manchettes ?

Quelque chose grince. Un poids sourd dans sa poitrine, une noirceur que Hireki ne parvient pas à nommer: Un ange conçu pour apaiser, mais au regard glacé qui promet tout sauf la paix.

Gabriel lève un sourcil curieux, mais la voix fluette retentit de nouveau.

    « Non ! »

Le métis baisse aussitôt les yeux. Gabriel, enfant. Il l’avait oublié un instant.

Il est frappé par sa taille.
Si petit… Dans son épaisse doudoune bleu nuit, les cheveux retenus par un serre-tête en fourrure affublé d’oreilles d’ours…

C’est bien lui : le petit garçon si poli, si serviable.

Hireki sent un gouffre dans son cœur quand il revient à l’adulte. En réalité, ce Gabriel parfait est une relique, une version de ce qu’il aurait dû devenir. Et cette perfection dégage une tristesse si oppressante que Hireki se sent vaciller quand il pense à ce qu'il est devenu....

Ce Gabriel est un reproche.

    « Tu écrases tout !!! » perce de nouveau la voix enfantine.

Égaré dans ses pensées, Hireki réalise seulement que le garçonnet tente fébrilement d’aplatir la neige aux pieds de sa version adulte qui vient de la piétiner.

Il se précipite pour tirer le jeune homme par le bras.

    « Attention ! Ton lit de neige ! » avertit-il.

Gabriel se laisse tracter avec une nonchalance insolente, traînant les pieds qui emportent un peu plus de neige.

    « Non ! Non ! » proteste sa version enfantine, s’évertuant à tapoter la neige avec une rigueur obsessionnelle. 

Il marmonne nerveusement : « Tout plat. Tout plat et doux. C’est chez moi. Tout plat et doux. »

    « Depuis quand tu y fais attention ? » lance son futur lui.

Hireki le lâche, surpris par son air narquois.

    « N’importe quoi ! T’es bête ! »

Une autre voix d’enfant.

Aussi hautaine que nasillarde, elle transperce la poitrine de l’Asiatique, qui se fige devant la scène. Son petit lui a retrouvé toute sa mobilité et s’applique à détruire le travail acharné de Gabriel.

    « Faut faire des bonhommes, pas des lits ! » décrète-t-il avec toute l’arrogance de ses sept ans.

Hireki ne le quitte pas des yeux, interdit. Chaque mot, chaque mouvement brusque est comme un pieu en plein cœur.

    « Trop débile ! »

Il se regarde, sautant, shootant sans vergogne dans le tapis neigeux, indifférent à la petite silhouette qui tente, pathétique, de sauver son œuvre.

    « Attention », souffle-t-il pour lui-même, tendant les doigts, prêt à bondir à chaque fois que ses bottes d’enfant frôlent de trop près le visage de Gabriel.

    « Arrête, Hi-chan ! Mon lit de neige ! »

    « Je te dis : c’est nul, les lits de neige ! »

Le petit métis s’écroule dans la poudreuse, hilare. Il ne voit pas les traits tordus de Gabriel, encore penché sur sa neige détruite.

Enfin, il s’agenouille et attrape la main de son compagnon avec une tendresse presque déroutante, tant elle contraste avec le désastre alentour.

Hireki est captivé par le petit gant jaune qui enrobe tout entier la minuscule moufle violette.

Un joyau dans un brasier ardent.

Quelque chose de sourd vibre soudain en lui, un écho sombre et lointain, vite éclipsé par l’enthousiasme lumineux de son petit lui, toujours aussi aveugle à tout.

    « Viens, Gaby ! On fait un bonhomme ! » se lève-t-il joyeusement, tirant le bras de Gabriel.

Ce dernier, les joues rougies de colère, dégage vivement sa main.

    « Non ! Je veux pas ! » s’ancre-t-il dans le sol, les bras croisés.

    « Mais ? » L’élan freiné, l’incompréhension est visible chez le petit métis. « On fait un bonhomme, Gaby… » explique-t-il, les épaules basses.

    « Non ! » réplique aussitôt Gabriel, l’attitude assurée. « T’es plus mon copain ! » ajoute-t-il, le nez haut et la moue déterminée.

Brusquement, l’atmosphère se resserre autour d’eux. Spectateur, Hireki observe avec angoisse les alentours jusqu’à ce qu’une respiration lourde vrombisse, oppressante.

    « Qu’est-ce que… »

Son petit lui… Quelque chose gronde en lui.

Le jeune homme ne se reconnaît pas dans cet enfant au visage tordu par une rage intérieure. Ses mains tremblent, son corps tendu et, derrière ses énormes lunettes embuées… Un gouffre de noirceur prêt à dévorer l’humanité tout entière.

    « On fait un bonhomme ensemble ! »

Un ordre, murmuré avec une détermination funèbre, qu’il cherche à graver dans l’esprit même de Gabriel.

    « Non ! J’t’aime pu ! »

Claire et inébranlable, la voix de Gabriel frappe et déclenche une réaction disproportionnée.

Le petit métis hurle de rage, et l’adulte qu’il est chancèle lorsque l’étau autour de sa poitrine se relâche sous l’explosion de colère.

    « Et toi, t’es nul et t’es bête !!! »

Le cri écorche sa voix d’une maturité bien trop sombre pour un si jeune enfant.

Sous le choc, Hireki réalise qu’il ne respirait plus lorsqu’un épais nuage de fumée s’échappe de ses lèvres.

Un frisson le traverse, et une silhouette glaciale glisse à ses côtés.

    « Un : Je suis stupide… » énonce froidement Gabriel.

Hireki n’a pas le temps d’être surpris. La petite version de son Ange se jette violemment en avant.

    « T’es méchant !! »

Les deux garçons s’écroulent. Ils se débattent maladroitement, engoncés dans leurs vêtements trop épais.

    « Et toi, tu sers à rien !! » riposte Hireki. « Comme ta débile de neige ! »

Malgré sa petite taille, Gabriel prend brièvement le dessus. Il écrase une poignée de neige sur le visage de son adversaire, qui le repousse avec force. Le petit corps roule violemment dans un tas de poudreuse, qui amortit sa chute avec la tendresse d’un parent aimant.

    « Je vais le dire à Nana !! » menace Hireki en s’essuyant la bouche.

Ses lunettes ont disparu, et son regard est dévoré par une haine brûlante.

Pourtant, Gabriel, loin d’être impressionné, se relève sans hésitation. Il fonce, tête en avant, dans un tourbillon de flocons qui semble le guider dans chacun de ses mouvements.

    « Nanaaaaaa ! Gaby est pas gentil !!! »

    « Stop ! STOP !!! »

La voix douce et autoritaire parcourt tout son corps d’une chaleur réconfortante.

Hireki fait volte-face.

Oksana trottine vers lui, les mains serrées sur un gilet enfilé à la hâte.

Il reste immobile, envoûté par les vagues de cheveux dorés flottant dans l’hiver, la silhouette gracieuse…

    « Nana… » murmure-t-il avec nostalgie.

Il avance, prêt à l’intercepter, mais la collision n’a pas lieu.

Au moment où leurs corps se heurtent, un gouffre infini le traverse. L’espace d’un instant, son propre être se dissout dans le froid. Oksana, elle, continue sa course, insensible à sa présence, ne laissant derrière elle que les effluves apaisants de cannelle et de girofle.

Hireki se retourne, troublé. Les doigts sur le cœur.

Devant lui, Oksana tient à bout de bras les deux enfants, chacun agrippé à une main. Ils se lancent encore des regards noirs et des grimaces.

    « Gaby est méchant avec moi ! » pointe Hireki du doigt.

    « C’est pas vrai ! » se défend l’autre. « Il a cassé ma neige ! »

    « C’est toi qu’a commencé ! »

    « C’est pas… »

    « Gabryś ?! » les interrompt Oksana, un regard réprobateur sur son fils.

    « Elle est nulle, ta neige ! » rétorque Hireki, volant le dernier mot.

Gabriel ouvre à peine la bouche que la jeune femme l’arrête.

    « Laleczko », susurre-t-elle tendrement, en s’agenouillant devant lui.

Une brise glacée étreint Hireki, et la vision de Gabriel réapparaît à ses côtés.

Il lui sourit, le regard doux, puis sa voix se superpose à celle de sa mère. Il articule chaque mot, lentement, le regard plus dur à mesure que les syllabes roulent :

    « Laleczko, musisz tu zawsze być posłuszny i grzeczny, cokolwiek się stanie. Nawet jeśli uważasz to za niesprawiedliwe. Tata Małego Kasztanka robi dla nas wiele, nie chciałbyś, żeby mama płakała ? »

Il a prononcé la phrase sans quitter du regard un Hireki sidéré.

    « Tu n’as jamais cherché à savoir ce qu’elle disait, hein ? »

Le silence s’étire. L’Asiatique ouvre la bouche, puis la referme, incapable de répondre.

Cette phrase, il l’a entendue toute son enfance. Une incantation d’Oksana qui rendait Gabriel…

Un sifflement désagréable vrille ses tympans. Hireki s’ébroue pour le chasser.

    « Qu’est-ce… Qu’est-ce qu’elle disait ? » réagit-il enfin, grimaçant.

Tout le corps de Gabriel se raidit comme parcouru d’un dégoût profond. Le regard mauvais, sa bouche se déforme tandis qu’il crache avec fureur :

    « Parce que c’est important… MAINTENANT ?! »

Hireki recule de trois pas pour éviter le coup de tête qui accompagne les hurlements.

En rouvrant les yeux, tout est devenu blanc. Un néant aveuglant, scintillant de milliers de diamants. Il peut entendre leur éclat tinter dans l'infini.

Gabriel le regarde, penaud. Les mains dans les poches.

    « La ‘phrase magique’ », hausse-t-il des épaules. « Comme tu disais. »

Une douleur fulgurante transperce instantanément le crâne de Hireki. Sa vision se trouble, et un bourdonnement sourd envahit son esprit.

    « Après, j’étais juste… » continue Gabriel, indifférent, tandis que Hireki se tient la tête sous les pulsations.

Des cris… Une furie qui hurle…

Une poupée qui…

    « Docile ! » conclut la vision éthérée avant de lever l’index devant elle. « UN : je suis stupide, donc je dois obéir ! »

Le sifflement dans son crâne est assourdissant.

    « Ce n’est pas… » se débat Hireki, la douleur tambourinant toujours à ses tempes. « Je ne voulais pas…»

Il lutte, mais la souffrance est insoutenable.

    « Des gamins… Disputes d’enf… »

Son crâne va exploser. Il bataille, se démène, chaque justification se muant en une torture innommable.

    « JE SUIS DÉSOLÉ !!! » C’est un cri, brutal, viscéral. Il reste recroquevillé un instant, haletant, avant de se redresser prudemment.

La douleur…

    « Je suis désolé », répète-t-il posément.

Elle a disparu…

Ses mots résonnent dans l’infini, rebondissent contre des murs invisibles pour revenir vers lui dans un écho hanté de honte et de déni.

Il déglutit, les larmes aux yeux, tremblant.

Gabriel est là, toujours. L’observant, insaisissable. Sa tête balance lentement, de droite à gauche, pesant la vérité et le mensonge.

Soudainement, dans un petit rire fluet, il se met à sautiller comme un enfant satisfait, ses yeux verts brillants d’un éclat presque cruel.

Il tournoie sur lui-même avant de se pencher vers Hireki.

    « Mmmmh… »

Il se frotte le menton, songeur. Ses yeux verts, incandescents, dansent, envoûtants, inquiétants, avant de se figer, deux poignards ardents dans les yeux noirs de Hireki.

    « C’est toujours utile, un ami docile », affirme-t-il froidement.

Il commence à acquiescer, son regard toujours dardé sur le métis, qui, tétanisé, finit par suivre lui-même le mouvement de la tête.

    « Pour... Avoir des sucettes ! »

Un sourire de dément se dessine, des dents comme des lames acérées. Hireki sent son souffle se couper, un poing invisible lui tord l’estomac. Il se penche sous l’impact invisible, mais aucune douleur ne vient… Seulement, des feuilles mortes à ses pieds.

Décontenancé, il observe la neige disparaître doucement, emportée par des rires d’enfants et des sifflets, pour révéler un tapis rougeoyant…

L’odeur entêtante de la craie, des livres neufs… et ce murmure cruel et innocent dans le creux de son oreille qui le glace jusqu’au sang :

    « 2 : Être docile... Rend mes amis heureux. »

 

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🌨️ Alors, mes Boundies ? 🌨️


Que pensez-vous de ce premier plongeon dans les souvenirs d'Hireki ? 😱 On sent déjà que la noirceur et la culpabilité montent en puissance, non ? Entre l’innocence brisée de Gabriel et l’ombre d’un Hireki enfant déjà empreint de complexité, on ne peut que se demander : qu'est-ce que ce "je suis docile" cache encore ? 😳


À vos claviers !


➡️ Est-ce que ce souvenir d'enfance vous a touché, intrigué, ou même glacé ? Que pensez-vous de la relation entre Hireki et Gabriel à cet âge ? Innocence ou déjà des déséquilibres sous-jacents ?
➡️ Et cette "phrase magique" d’Oksana, que vous inspire-t-elle ? Manipulation ? Protection désespérée ?
➡️ Enfin, cette transition vers la cour de récré… À votre avis, quel est ce nouveau souvenir qui semble sur le point de se révéler ?


💬 Lâchez vos théories, vos ressentis, ou même vos coups de cœur pour ce passage — j’attends vos retours avec impatience, mes Boundies adorés ! 👀💕


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