Précédemment: Chap II - La Poupée qui dit 'Oui' - 2/3
(👀 ~15min de lecture)
⚠️ Trigger Warning ⚠️
Cet épisode aborde des thèmes de détresse psychologique intense, dissociation, auto-sabotage et allusions à des abus passés. Il n’y a pas de contenu explicite, mais certaines scènes peuvent être difficiles à lire.
💙 Prenez soin de vous 💙
Chap 2
LA POUPEE QUI DIT "OUI"
(3/3)
---
Hireki atteint l’hôpital à bout de souffle. Il n’a pas songé une seule seconde aux transports en commun ou à un taxi. Après l’appel des urgences, seule comptait l’idée de retrouver Gabriel. Il a couru à en perdre haleine, oubliant même le froid glacial et coupant qui lui scindait le visage et torturait les poumons à chaque respiration.
La neige tombe de nouveau à gros flocons.
C’est leur éclat de givre agrippé en lourdes grappes aux vêtements qu’il arrive à destination, son souffle s’échappant en nuages fugaces.
Sous le choc du suicide de sa mère, Gabriel fit une violente crise d’hystérie, poussant le personnel à le sédater et l’isoler dans une salle peu utilisée du service. Son état instable, aggravé par une légère déshydratation et une importante sous-alimentation, conduit le médecin à ordonner une hospitalisation de jour, qu’il n’accepta qu’à la condition de pouvoir repartir rapidement. C’est là que Hireki fut contacté.
Dans la pièce, une infirmière est encore présente quand Hireki pousse prudemment la porte. Elle se redresse vivement partagée entre surprise et gêne. Ses mains quittent Gabriel laissant une impression désagréable au métis. Son regard est peu amène, il n’est visiblement pas le bienvenu.
« Excusez-moi » Se courbe-t-il légèrement « Je pensais pouvoir entrer. C’est mon ... » Il reste figé, les mots bloqués au bord des lèvres, troublé par cette question qu’il ne s’est, jusque là, jamais réellement posée: Comment peut-il définir sa relation à Gabriel aux inconnus ?
Gabriel est ‘son Ange’ et Lui son fidèle serviteur, son ‘Chevalier Blanc’ mais aux yeux des autres?
La femme le regarde toujours, l’air maintenant suspicieux.
« Est-ce que je dois attendre dans le couloir ? » Renonce-t-il.
« Ca ira ! » Le coupe-t-elle d’un ton sec. Elle jette, pour la forme, un dernier coup d’œil à la perfusion avant de quitter la pièce presque trop précipitamment, bousculant Hireki au passage.
« Bien aimable » Pense-t-il, sarcastique, en la regardant s’éloigner d’un pas raide avant de revenir à la silhouette étiolée étendue sur un brancard de fortune.
Le spectacle est aussi choquant que désolant. Gabriel est effondré, las. Pas même un drap le recouvre. On l’a jeté, abandonné comme un vieux jouet cassé dans cette pièce qui pue les médicaments rances et le renfermé. Hireki sert le poing. Ce n’est même pas une chambre, un débarras tout au plus. Gabriel porte encore son jeans déchiré et son T-Shirt de la veille découvre près de la moitié de son torse sans que personne ne s’en inquiète. Hireki capte un léger soubresaut au pied du brancard et son cœur se serre en apercevant l’orteil qui tressaille à travers une chaussette trouée. En temps normal, il en aurait ri. Mais là, c’en est trop. Tout son corps se tend, le dégoût lui monte à la gorge : il voudrait crier son indignation, secouer tout le personnel pour un tel mépris. Cependant, il reste figé, désarmé par ce besoin tout aussi impérieux de se jeter sur lui pour l’enrouler de son manteau, encore une fois...
Trop de questions l’en empêchent. Hireki se balance d’un pied sur l’autre.
Comment réagir dans une telle situation ? Il a l’air si vulnérable! Exposé ainsi, ‘offert’ même, sans défense lui d’ordinaire si piquant et incisif. Hireki réalise que jusque là, il n’aura été qu’une parodie de Super-Héros. S’il a si bien accepté ce rôle c’est parce qu’au fond, il croyait Gabriel assez fort pour s’en sortir lui-même.
Ce ne sont pas les questions qui l’empêchent de bouger, mais la vérité…
Il respire profondément pour se donner ce courage qu’il n’a jamais eu. Après tout, Gabriel aussi a joué un rôle jusque là…
Il s’approche encore hésitant et le recouvre prudemment de la couverture soigneusement pliée à ses pieds.
« Il est comme une émeraude » Se dit Hireki. Cette pierre captivante et envoutante mais à la dureté faillible que le moindre choc brise en milles morceaux.
Gabriel ne bouge pas d’un millimètre. Sa respiration est calme. Surement est-il encore sous l’effet de calmants.
Hireki lui connait des sommeils plus tourmentés. S’il n’est pas rare de voir Gabriel somnoler un peu partout, c’est qu’il ne dort jamais vraiment. Le moindre mouvement, le plus infime des bruits le font sursauter. Sans parler de ce qui se lit dans son regard lorsqu’il est réveillé par un contact qui ne serait pas Lui. Toujours sur le qui-vive.
Le métis se remémore les traces de ses errances nocturnes : quelques mégots refroidis sur le bord d'une fenêtre, une tasse de thé oubliée dans la cuisine, des livres entamés sur la table basse, jusqu’à ce plaid, resté un matin au pied du canapé, à même le sol, qui le décida à acheter un fauteuil plus confortable pour son ami. Désormais, chacun de ses songes est bercé par le parfum du thé à l’orange, et il a vu le fauteuil se rapprocher peu à peu, aujourd'hui presque collé au canapé, sans qu’il ne sache vraiment depuis quand.
Pourtant, maintenant accroupi à ses côtés, c’est d’une tendresse assurée que Hireki fait rebondir la petite boucle blonde sur son front avant d’embrasser les doigts glacés perdus dans le vide.
« …Chan ?» Le métis ne peut retenir un sourire soulagé à l’évocation de son surnom, peut-être y a-t-il aussi un peu de fierté. Gabriel l’attendait. Son estomac papillonne et l’urgence de le prendre dans ses bras se fait encore plus pressante. Les paupières de son Ange frémissent. Un éclat indescriptible s’en échappe, perçant le jour avant même qu’il n’ouvre pleinement les yeux. Une lueur divine au milieu de cette pièce décrépite. Hireki entremêle ses doigts aux siens.
« Je suis là mon Ange » Chuchote-t-il, son souffle chaud contre la peau délicate. Elle est si blanche que le bleu envoutant de ses veines parait filer bien au-delà. Puis sans lâcher sa main, il s’assied au bord du lit, l’enserrant des siennes pour la porter à son cœur. Il a à peine le temps de s’émouvoir des traces sur les poignets de Gabriel qu’un souffle éraillé s’échappe de ses lèvres pâles et asséchées.
« Comment tu m’as retrouvé ? » Gabriel est confus. Son regard hagard danse de droite à gauche sans porter plus d’attention au métis qui sent l’agitation naissante en lui. Il resserre un peu plus ses doigts pour le rappeler à lui.
« Mon numéro est dans ton dossier… » Explique-t-il doucement avant d’hésiter. Il déglutit, cherchant ses mots, encore une fois. Il se trouve tellement empoté aujourd’hui, lui qui manie si bien les mots est incapable de trouver les bons quand il en a le plus besoin.
C’est une profonde inspiration bloquée au fond de la gorge qu’il se lance.
Il n’y a pas de mots justes dans ces circonstances…
« Gaby… On m’a dit pour… Pour ta… » Il sent aussitôt tressauter les doigts entre ses poings. Tout le corps de Gabriel se crispe, son menton se contracte alors que ses yeux écarquillés revivent la scène. Hireki regrette aussitôt. Il tend la main vers lui mais Gabriel s’agite nerveusement, il roule des yeux retenant en vain ses larmes qui inondent aussitôt ses joues jusqu’à l’oreiller sur lequel il repose.
« Ma maman … Ma maman est … » Le visage de Gabriel se tord sous la tristesse. Hireki n’y tient plus, comme la corde d’un arc bandée trop longtemps il se jette à lui, étouffant les sanglots de Gabriel contre sa poitrine. C’est tout ce qu’il peut lui offrir, sa présence sa chaleur, Lui tout entier, sa dévotion... A jamais…. Il sent les minuscules bras s’enrouler autour de lui, les lèvres se tordre en caresse humide sur son torse. Puis les sanglots laissent place à un cri de détresse, celui d’un enfant qu’on arrache à sa mère.
Soudain il réalise l’ampleur du vide qui entoure Gabriel. Sa gorge se serre à son tour, une sensation étrange l’envahit tout entier du plus profond. Quelque chose de… Brûlant, acéré, une tension douloureuse. C’est ce qu’il est ‘un enfant arraché à sa mère’. Les pleurs de Gabriel s’insinuent jusque dans sa chaire et le brise de l’intérieur. Il ne lui reste plus personne… Sa respiration accélère, lourde alors que ses doigts se serrent plus encore autour du corps éploré…Plus personne à part lui… Pour l’éternité…
Ses mains tremblent, tout son corps se raidit, des tensions éparses entre plaisir coupable et tristesse. Ses doigts se referment sur les cheveux châtains mais un parfum familier s’en dégage soudain, une fragrance qui n’appartient qu’à Oksana. Le visage de la jeune femme lui revient. Enfant, elle fut comme une mère. Peu importe les querelles ou les ressentiments nés des années, fut-un temps, aussi lointain soit-il où elle compta pour lui autant que pour Gabriel. Sa douceur, son sourire patient et le parfum délicat qui se dégageait à chaque fois qu’elle repoussait sa chevelure interminable.
Une chaleur l’apaise lentement dans un souffle léger déliant les moindres tensions de son corps de sa présence silencieuse.
« Ca va aller mon ange… » Murmure-t-il
Dans un silence retrouvé, ils restent un instant dans les bras l’un de l’autre.
« Et toi bien entendu… Tu accours… » Hireki est foudroyé par ces mots encore entrecoupés de sanglots qui brisent cet instant suspendu.
La soirée lui revient, les souvenirs sont confus hormis ce rejet froid, implacable. Pourtant, il est effectivement venu, sans aucune hésitation, comme si de rien était.
« Je suis désolé pour hier, Gaby. Tellement désolé… » S’excuse-t-il aussitôt emprisonnant le visage de Gabriel entre les mains.
Il veut capter son regard, ces yeux verts insondables, toujours si indifférents à tout, pour y déceler la fraction de seconde où il lâchera prise. Lui rappeler que ce jeu n’a plus lieu d’être. Lui aussi a échoué dans son rôle, peu importe l’image que Gabriel lui montrera, il sera toujours là pour lui.
« Pardonne-moi…. » Murmure Hireki quand le masque froid entre ses mains, celui qui refuse la moindre question, la moindre ingérence indélicate se met à lui poser milles questions. Ces milles questions muselées pendant toutes ces années.
Ce n’est pas un simple lâcher-prise furtif, insaisissable c’est une brèche qui s’ouvre dans l’armure de glace.
Décontenancé le métis tarde à s’y engouffrer mais c’est pour mieux laisser Gabriel l’agrandir un peu plus. Ses yeux s’écarquillent, il s’agite, tout son corps transpire de non-dits.
« Pourquoi tu es venu ? » Il n’y a aucun reproche dans sa voix, seulement du désarroi. Hireki sent le crâne trembloter entre ses mains.
« Parce que c’est…C’est normal ! C’est toi, Gaby » Dit-il sans réfléchir
« Non ! Non ce n’est pas ‘normal’ ! » La voix de Gabriel se perd dans un souffle. Son regard oscille entre désespoir et déception alors qu’il fixe toujours Hireki « Dis-moi plutôt que c’est ce que tu voulais. Comme le jour de mes 18 ans. Que tu me veux pour toi. Dis ça… S’il te plait… » Sa bouche se tord « Sois un salaud… » Finit-il par frapper faiblement le torse du métis déboussolé, incapable de réagir aux coups alanguis autrement qu’en frôlant ses poignets.
Sous les sanglots brisés, le front de Gabriel tapote la poitrine haletante de Hireki
« Gaby… » S’empare-t-il doucement de ses mains mais Gabriel le chasse soudain, s’agrippant à sa chemise. Les poings enserrent le tissu avec force et son visage se tort sous la colère en se rapprochant dangereusement du sien « Dis-moi que tu es un salaud comme les autres ! » Assène-t-il, la mâchoire serrée. Son regard a laissé place à une rage désespérée.
Hireki surpris s’attarde trop à répondre.
« Dis le !! ALLEZ DIS LE !! PUTAIN !!! » Le secoue Gabriel
« Je… »
C’est donc ça que Gabriel attend de lui ? Qu’il l’abandonne? Qu’il le rejette dans le pire moment ?
« Je t’aime » Les mots lui échappent.
Gabriel se raidit aussitôt, une terreur indicible dans le regard. Il le repousse violemment dans un cri d’effroi. Ses mains se portent à son visage où s’enfoncent ses ongles sans retenu déformant son visage.
« LA FERME !» Hurle-t-il « ARRETE ! Pourquoi tu te donnes tant de mal ? » Gabriel s’est redressé comme une furie. A genoux sur le lit, il tire sur son TShirt dévoilant son torse efflanqué « Pourquoi c’est si difficile pour toi de me voir comme je suis vraiment ? Il n’y a pas de salope comme moi dans ton petit monde parfait ? »
Hireki comprend qu’il a reculé de plusieurs pas lorsqu’il heurte un plateau de soin. Les ustensiles chutent dans un tintement de métal assourdissant sous les cris de son ami qui continue à batailler avec ses vêtements.
« Regarde-moi !! » Le T-shirt s’emmêle à la perfusion. Gabriel se démène, toujours sous le regard halluciné de Hireki puis abandonne pour déboutonner son pantalon « Ouvre les yeux et prends, PRENDS !! » Dans un rire de dément qui tétanise un peu plus le métis, ses gestes, maladroits, ne parviennent même pas à faire sauter le bouton.
Brusquement, il se tait. Il fixe Hireki la tête penchée sur le côté, ses pupilles tanguent alors qu’il le dévisage. Il y a de la folie dans son regard. De la folie et une tristesse infinie.
« Je ne t’en voudrai même pas, tu sais? » Jure-t-il doucement la main sur le cœur.
La voix d’enfant heurte Hireki en plein cœur. Sa raison vacille à son tour, son corps attiré comme un aimant, il avance d’un pas .
« Parce que ‘ça’ c’est normal. C’est ce à quoi je suis bon, c’est ce à quoi je sers ! » Continue Gabriel souriant quand les larmes lui échappent à nouveau.
Il tend la main vers Hireki qui avance hypnotisé sous l’écho lointain d’un péché « Tu n’as pas besoin de te donner bonne conscience en m’aimant… » Lance le jeune homme d’un air rassurant avant de jeter un coup d’œil à son bras tendu où il semble redécouvrir son TShirt. Les mouvements entravés, il agite le membre pour défaire le vêtement brisant le charme du serpent.
« Personne n’aime les garçons comme moi, c’est dégoutant ! » Affirme t il pour lui-même d’un ton enfantin. Il ressemble à un petit garçon récitant une leçon apprise par cœur.
Soudain, agacé par le méli-mélo du tissu et du goutte-à-goutte, il tire violemment sur l’habit. L’aiguille quitte sa main dans un éclat de rubis écarlates. Le sang s’écoule captant le regard de l’Asiatique.
« L’eclat brulant des rubis … »
Il ne voit alors plus que le sang ; Rouge, puissant et délicat sur la peau blême. Une goute coule lentement, ensorcelante. A son esprit, ce sont ses doigts qui glissent. Ils parcourent le jardin d’Eden, cueille le petit bouton de rose à l’épine d’acier, courent sur la plaine côtelée, escaladent la hanche aux monts anguleux. Sa tête lui tourne et une fois de plus il ne répond plus de rien.
La silhouette malingre s’agite sous des cris qu’il n’entend plus. Seul le chant du Diable tourne en boucle ‘je ne t’en voudrais même pas’. Plus rien n’existe que cette goute de sang qui emporte dans son sillage tout sens moral.
Soudain une poigne ferme le saisit et le tire violemment en arrière.
Des mains inconnues remplacent les siennes sur la furie ensanglantée dont les hurlements lui transpercent à nouveau les tympans.
« Je suis une poupée, une poupée qui dit 'Oui'!! » Entend-il « Personne ne demande…. » Cloué sur place, à peine remis de sa transe Hireki observe Gabriel se débattre entre deux hommes, l’un lui tenant fermement le bras tandis qu’une infirmière tente de lui injecter un produit..
Et sa folie continue dans des murmures saccadés « Ni toi ni les autres… Orlan ou … »
Il lutte mais les tranquillisants l’assomment presque instantanément.
«Ou… mon père» Ses yeux tournoient mais Hireki y capte un dernier sursaut. Leurs regards se croisent, tous deux pétris d’effroi. Gabriel d’en avoir trop dit, Hireki d’avoir été aussi aveugle.
C’est l’enfer qui s’ouvre sous ses pieds.
Ce terme, ‘mon père’ n’a jamais franchi les lèvres de Gabriel en plus de 20 ans et ils font maintenant remonter en Hireki des souvenirs lointains. Ils lui appartiennent mais il ne les reconnait pas. Ils lui apparaissent sous un nouveau jour. Entachés, salis. Son ‘petit monde parfait’ se pare d’une odeur de souffre épouvantable.
« Ton père te vi… » Le mot reste bloqué dans sa gorge.
Il voit Gabriel s’écrouler sous l’injection puis un infirmier se dirige droit sur lui dans un silence accusateur.
« Monsieur ? Est-ce…» Hireki chancèle, le néant envahit tout son corps. Il fixe l’infirmier devant lui, ses lèvres bougent «… blessé ? » capte-t-il difficilement. Il suit, hébété, le regard inquiet de l’homme sur sa main où il découvre les traces de son propre péché.
« Je n’ai rien vu … »
***
Allongé dans la neige depuis des heures, bercé par le silence et le souffle des flocons, il ne sait plus exactement quand il a fermé les yeux. Il sait juste que la neige est là. Elle est revenue.
Soudainement. En une fraction de seconde. Elle s’est mise à tomber.
Des milliers de flocons effleurent sa joue. D’innombrables ailes de papillons, des caresses givrées qui l’ensevelissent petit à petit. Il part paisiblement. On ne retrouvera de lui qu’un gisant de glace…
« En chemise hawaïenne… » se désole-t-il.
Mais une voix vient tout changer.
« Tu m’entends ? » Elle résonne en lui, familière. Un chant doux comme la neige, à la fois proche et lointain.
Il la connaît. Il la connaît depuis toujours. Mais il ne réussit pas… Qui?
Une aura sainte se dessine peu à peu dans son esprit, mais elle demeure sans visage alors qu’elle l’appelle encore.
« Tu dois te réveiller. » Elle vibre dans tout son être, glisse, sinueuse, de son cœur jusqu’à son corps tout entier. Il tente de bouger.
« Réveille-toi. » Un murmure qui a l’irréfutabilité d’un ordre et… cette douleur. C’est la vie qui court de nouveau en lui.
La neige craque à son oreille. Puis le froissement doux d’étoffes libère un parfum léger, une douceur indescriptible, qui frôle son visage comme une mélodie. Chaque note mélancolique vient caresser sa peau, éternelle.
« La neige… Le parfum de… » Ses pensées s’éloignent vers un souvenir endormi tandis qu’un toucher délicat effleure sa tempe.
Ses yeux s’ouvrent péniblement.
Il est sur le ventre, le visage à moitié enfoui dans la neige. Devant lui, des soieries étincelantes se déploient doucement pour dévoiler, une fraction de seconde, deux pieds nus, délicats. Ils se fondent dans le tapis blanc en des nuances aigue-marine, translucides comme du cristal. Des chevilles graciles qui tintent sous des chaînes d’or blanc. Ses forces reviennent peu à peu, et, comme hypnotisé, il suit le mouvement vaporeux de cette apparition et parvient à rouler sur le dos. Le parfum frais réchauffe tout son être, et une quiétude ineffable l’envahit quand sa tête repose sur les étoffes célestes.
« Ce n’est pas à toi de partir comme ça. » La voix reste sans visage, mais derrière ces volutes éthérées d’argent et d’émeraude, il peut sentir la tendresse du regard.
L’émeraude.
« Gab… ril… » appelle-t-il faiblement. Une main délicate cache sa vue, et la voix s’élève de son propre cœur, un souhait ténu qu’il n’est pas encore prêt à entendre.
« Que tes yeux… » Le reste lui échappe. Il ne veut pas savoir. Pas encore… La silhouette se penche doucement sur lui, des lèvres douces et glacées se posent sur son front en un baiser rassurant.
Hireki se redresse, les yeux écarquillés sur ce lieu qu’il reconnaît immédiatement : “la colline”. Une butée tout au plus, mais qui, sans qu’ils n’aient jamais pu se l’expliquer, paraît invisible aux yeux des gens. Cet endroit est leur sanctuaire, à Gabriel et lui. Il unit leurs deux mondes. Là où le sol se couvre de pétales de cerisier au printemps et d’une neige que jamais personne ne vient fouler en hiver.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Il est assis, juste là, dans l’empreinte à moitié disparue de l’ange de neige que Gabriel a laissé la veille. Ses paumes pressent le tapis poudreux, cherchant à comprendre, et quelque chose dans sa main attire son attention.
Il ouvre douloureusement ses doigts ankylosés par le froid pour y découvrir une petite croix d’argent. C’est celle de Gabriel. Elle a dû lui échapper la veille lorsque Hireki est venu le chercher, et ce sont aujourd’hui ses propres doigts qui se referment dessus, si fermement que les quatre extrémités ont marqué sa peau, tels des stigmates.
« Gaby » murmure-t-il, juste pour sentir la chaleur du prénom sur ses lèvres. Mais, à sa grande surprise, le prénom résonne d’un écho plus clair.
Devant lui, approchant vivement, un petit garçon au bonnet à pompon et à l’écharpe démesurée, enroulée tant de fois qu’une buée épaisse se forme sur ses lunettes rondes, s’arrête, haletant, les yeux brillants.
« Qu’est-ce que tu fais ?! » demande-t-il, en tirant sur la grosse laine qui couvre sa bouche aux dents manquantes.
Hireki le reconnaît immédiatement. Il ne peut en être autrement.
« C’est moi… » murmure-t-il, abasourdi.
« Hein ? Tu fais quoi ? » bondit le petit garçon, dont le regard semble se poser à travers lui.
Hireki réalise qu’il ne s’adresse pas à lui lorsque, derrière, une petite voix fluette et concentrée répond.
« Un lit de neige. »
Un voile léger se délie, drainant tous ses mensonges en une caresse le long de ses joues. Hireki sent la peur monter en lui, mais il est prêt désormais.
Plus qu’un souvenir, la réminiscence d’un toucher léger l’apaise, et la voix lui revient enfin.
« Que tes yeux regardent bien en face, et que tes paupières se dirigent droit devant toi. »
FIN CHAPITRE 2
======
🌨️ Salut les Boundies ! 🌨️
Quelle fin magistrale pour ce chapitre ! Entre l’intensité déchirante de la détresse de Gabriel et la révélation troublante qui submerge Hireki, on atteint ici un point de bascule émotionnel et spirituel. 💔✨
❄️ Un lit de neige, des échos du passé, des vérités douloureuses qui remontent à la surface, et cette mystérieuse voix qui résonne dans le cœur même de l’histoire… Tout semble converger, Boundies, mais vers quoi exactement ? 🤯
Alors, les Boundies, qu’avez-vous ressenti face à cette scène ?
👉 Qui est cette voix céleste ? Une illusion, un souvenir… ou quelque chose de plus grand ?
👉 Et surtout : Hireki a-t-il enfin ouvert les yeux sur les vérités qu’il refusait de voir, ou reste-t-il encore enchaîné à ses illusions ?
💬 Vos théories, vos émotions, vos réflexions… j’ai hâte de les lire !
Rendez-vous dans deux semaines pour découvrir où nous emmènera cette descente dans l’inconnu ! Ou la semaine prochaine pour un petit interlude léger! 🌌✨
======
🕊 Envie de souffler un peu… ou de creuser plus loin ? 🕊
Prolongez l'expérience avec ces quelques Bonus:
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire