lundi 25 novembre 2024

Chap III: Les Cris du Silence (2/5)

 

Précédemment: Chap III - Les Cris du Silence - 1/5

(👀 ~10min de lecture)



⚠️ Trigger Warning ⚠️

Ce chapitre contient des scènes de violence physique, des thèmes de culpabilité, de dévalorisation de soi, ainsi que des conflits familiaux intenses. Il aborde également des sujets liés au deuil, à la solitude et à la haine de soi.

Si ces thèmes sont difficiles pour vous, prenez soin de vous et n’hésitez pas à faire une pause.

💙 Prenez soin de vous 💙


Chap 3

LES CRIS DU SILENCE

(2/5)
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    Gabriel est assis sur le muret jalonnant les urgences. Le soleil est déjà bien bas. Le ciel oppressant l’accable, mimant presque les regards des passants sur ce garçon perdu en t-shirt et gilet de laine par un temps pareil. Il leur sourit parfois, de manière aigrie, et ils détournent le regard, pressent le pas, tandis que lui reste là à attendre, immobile… Il enfonce sa main dans l’épaisse couche de neige qui s’est formée de chaque côté de lui. Un cocon moelleux et doux, qui atténue tout : la douleur, les émotions, les angoisses, et témoigne de sa patience jusqu’ici.

D’ailleurs, pourquoi il attend ? Pas pour rester, en tout cas ! Non, il veut seulement un peu de nouvelles, juste un peu. Après tout, ils ont grandi ensemble, c’est 'normal', c’est 'la moindre des choses '. 

Il fronce le nez puis allume une cigarette pour se ressaisir.

Celle-ci est à Hireki, prise dans son manteau alors qu’il s’emparait de son téléphone pour appeler Monsieur Bouvier. Il imagine bien la mine offusquée de l’asiatique en le voyant piocher nonchalamment dans le paquet.

    « Juste une Tête de Châtaigne… » répond-il à la vision.

Gabriel s’agite sur les pierres froides.

En quittant ce même hôpital plus tôt dans la journée, il a erré pour se retrouver, comme toujours, sur la colline. Où aller d’autre ? Sa mère morte, Hireki disparu… C’est là que reposait une masse informe, sous l’arbre témoin de tous leurs jeux, de tous leurs secrets. Hireki était déjà recouvert d’un lourd manteau neigeux, inconscient, la respiration faible.

Gabriel tressaille au souvenir du visage brûlé par la neige, des doigts rougis, du souffle imperceptible.

Il fourre instinctivement le nez dans l’écharpe du métis. Elle est restée derrière lui quand les ambulanciers l’ont emmené. Ce n’est pas tant cette caresse légère des flocons sur sa joue qui l’y pousse, mais le réconfort qui l’envahit tout entier à chaque fois qu’il est enveloppé de son parfum.

    Chaud, rassurant, apaisant… 

Il se secoue, agacé par cet égarement.

Il faut qu’il la lui rende. Quand il ira mieux… Parce qu’il ira mieux… C’est pour ça qu’il attend. Oui, juste pour ça : rendre l’écharpe, le téléphone et les cigarettes.

En portant la cigarette à ses lèvres, la croix de son chapelet glisse hors de sa manche, faisant teinter ses perles de bois comme un appel céleste.

Gabriel n’a plus la force, même pas celle d’embrasser son angoisse, et chacun de ces balancements l’en accuse.

Mais c’est mal le connaître. Il la regarde danser lentement en expirant la fumée.

Une joute silencieuse.

Droite : « Tu ne fais jamais rien pour lui ? » Gauche : « Vraiment ? » Droite : « Prie. » Gauche : « Même pas t’inquiéter ? » Droite : « Pleure pour lui. » Gauche : « Tu te mens. » Droite : « Prie. » Gauche : « Hurle pour lui. » Droite : « Prie. » Gauche : « Tu as peur pour lui. » Droite : « Prie. » Gauche : « Prie. » Droite, gauche, droite… « Prie. » « Prie. » « Prie. »

    « La ferme, » lâche-t-il en jetant furieusement son mégot, qui siffle son agonie dans le tapis de neige.

Il ferme les yeux en maltraitant nerveusement le rosaire victorieux, qui semble lui brûler les doigts. Mais le froid vient le bercer, tendrement, sans jugement, d’une étreinte glacée.

    « Ô Resplendissant Raphaël,
Écoute ma supplication et exauce ma prière.
Guéris les blessures de l'âme de Hireki et les souffrances de son corps.
Libère son esprit du doute et.... »

    « Il est stable mais… Je vous tiens au courant… Oui… » La voix grave le sort de sa prière. 

Gabriel se laisse glisser sur le sol alors que les pas étouffés par la neige se rapprochent.

    « Pardon, vous auriez une… » Il reste coi quand leurs regards se croisent.

Un regard fatigué, gonflé d’inquiétude et de larmes contenues, mais familier, qui s’écarquille tout aussi surpris. Puis le visage de l’homme se tord soudain sous une colère sourde, sa mâchoire se crispe, il s’avance, figeant tout dans sa haine : la neige, le temps, lui. Gabriel n’a pas le temps de réagir. Il se sent décoller du sol. Une poigne brutale le tire en avant pour mieux le repousser avec force. Une douleur fulgurante traverse ses reins, lui arrachant un hoquet quand il se retrouve écrasé contre le muret qu’il occupait encore quelques secondes avant.

    « TOI ! » l’accuse la voix.

Encore sonné, Gabriel peine à se reprendre.

    « Monsieur… Bouvier ? » souffle-t-il difficilement, la vision embuée par les lancinements de son dos.

    « Comment oses-tu traîner dans le coin ?! » le secoue l’homme avec rage.

Gabriel a du mal à respirer, mais peu lui importe. Sa tête commence à dodeliner sous les à-coups lents mais brutaux.

    « Comment va-t-il ? » articule-t-il. Il ne tente même pas de desserrer les doigts autour de son cou. Il fixe Maxence, le corps tendu d’une puissance presque tangible.

    « Parce que tu t’en soucies réellement ? » Gabriel est jeté au loin. Son corps las le trahit comme toujours. Il perd l’équilibre et s’effondre dans le matelas poudreux.

Son regard se perd un court instant dans le tapis blanc ébranlé. Il le caresse, distrait, comme pour s’excuser de l’avoir blessé ou le remercier d’avoir amorti sa chute.

Le froid commence à l’engourdir peu à peu, apaisant ses tourments.

    « Qu’est-ce que tu as fait ? Qu’est-ce que tu as ENCORE fait ? » l’accuse Maxence.

Gabriel lève les yeux sur lui. Il a retrouvé son regard vide. Ces deux émeraudes puissantes qui brillent d’un éclat sans vie. Ça ne sert à rien de se défendre. Il perd toujours de toute façon.

    « Comment va-t-il ? » questionne de nouveau le jeune homme, inébranlable.

    « Tu veux savoir si tu dois te trouver un autre pigeon ? » tonitrue Maxence. Sa silhouette semble s’épaissir, gonflée par un magma bouillonnant. Une fumée épaisse sort de son nez et ses lèvres tressautent sous les charbons ardents prêts à en jaillir. Mais Gabriel n’en a cure. Il se relève lentement, la posture discrète, et s’époussette, aveugle à la rage qui semble faire trembler la terre elle-même.

    « Je veux juste savoir comment il va, » s’obstine-t-il d’une voix absente.

    « Tu dois bien le savoir. C’est toi qui m’a appelé de son téléphone. Qu’est-ce que tu as fait pour qu’il se retrouve à peine vêtu dans la neige ? »

    « Je ne comprends pas, » bégaie-t-il.

Maxence érupte, un volcan de haine qui le tire à lui. Son regard est noir, une rage pesante comme puisée dans les forces mêmes de la terre.

    « Tu me crois aussi naïf qu’Axel ? C’est son écharpe que tu portes ! » Gabriel est malmené, une poupée de chiffon, molle, qui ballotte d’avant en arrière, de gauche à droite. Il cherche à s’ancrer, lui aussi, à quelque chose de solide… Et son regard capte la petite fossette au menton.

    Hireki…

Hireki lui revient instantanément mais aussi…

    La colline, la neige,

    Hireki…

    Sous l’arbre… Les engelures.

    « Ce… Ce n’est pas ce que vous croyez, » tente-t-il de se défendre.

    « Arrête de te faire passer pour la victime ! » Il se sent à nouveau projeté contre le muret, mais cette fois son corps de pantin ne réagit plus à la douleur aiguë de ses reins. Il n’a plus aucune volonté ; tout ce qu’il veut, c’est que Hireki aille mieux, que tout s’arrête.

Son esprit s’échappe, comme à chaque fois. Il s’évade un peu plus. Rien ne le touche, rien ne l’effleure au milieu de ce froid glacial qui neutralise tout, même ce flot lent mais assassin de reproches… Jusqu’à ce qu’il coule, brûlant, dans une plaie déjà bien trop béante.

    « Tu es toxique, Gabriel ! Tu ferais mieux de disparaître ! »

Une bourrasque puissante s’élève alors que Gabriel explose à son tour :

    « C’est ce que j’essaie de faire !!! MERDE !!! »

Gelant Maxence sur place.

Le regard exorbité, le visage entre rage et tristesse, Gabriel semble avoir pris plusieurs centimètres. Il toise Maxence avec virulence. Son regard émeraude est implacable, comme le détenteur d’un jugement divin.

    « Vous ne comprenez rien ! Absolument rien de ce qu’il y a entre nous ! »

    « Nous ? » Maxence se ressaisit, son regard se durcit. « Mais il n’y a pas de NOUS entre vous deux ! C’est bien là le problème ! » Il pointe Gabriel du doigt, la voix tranchante. « Mets les choses au clair et sors de sa vie ! »

    « Pour que vous veniez me chercher, la queue entre les jambes ? Comme il y a dix ans ? » rétorque Gabriel.

Maxence est piqué au vif :

    « Ça… ça sera différent. »

    « En quoi ? Aucun père n’est digne de confiance ! Même pas vous ! »

Gabriel s’avance lentement, et chacun de ses mots est une aiguille de givre qui paralyse un peu plus Maxence.

    « Vous êtes incapable de vous occuper convenablement de votre fils. Vous le refourguez à ses grands-parents au moindre problème. Vous êtes même allé jusqu’à le faire élever par une pauvre immigrée à peine majeure, incapable de protéger son propre fils, et vous osez me faire la morale sur ce que je fais subir à Hireki ?! »

Maxence amorce un pas en arrière, acculé par la froideur destructrice de Gabriel, quand celui-ci prononce les mots de trop :

    « Il aurait dû mourir avec sa mère ! »

Gabriel cueille le poing sans sourciller. Il ne bouge pas, immobile, marmoréen. C’est Maxence qui vacille sous la puissance du coup. Gabriel le regarde secouer la main, replier les doigts deux fois comme pour s’assurer que rien n’est cassé. Il fronce les sourcils, la douleur marque son visage incrédule.

Le temps semble reprendre lentement son cours. Les flocons virevoltent, légers, innocents, dans cet air encore chargé du poids de vérités trop longtemps gardées.

Plus rien n’émane des deux hommes que les volutes éthérées de leurs souffles encore haletants.

Gabriel essuie sa lèvre ouverte, indifférent au sang qui marque ses doigts.

    Plus rien n’a d’importance…

    « Pensez ce que vous voulez... » Gabriel plonge la main dans sa poche, puis tend le téléphone de Hireki à Maxence.

L’écran s’allume dans un tintement. Il voit les yeux de l’homme s’élargir, comme frappé d’une révélation muette. Gabriel suit son regard.

Il déteste la photo qu’il voit.

Prise la veille, durant leur soirée. Un portrait pris à la dérobée.

Il la déteste, il ne veut pas la voir.

Son sourire est large, lumineux.

Il ne se ressemble pas…

Quant à son regard…

Son regard, lui, transperce l’objectif de tout ce qu’il s’entête à refouler…

    J’aime Hireki ?



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🌨️✨ Salut mes Boundies ! ✨🌨️

Alors là… QUELLE SEMAINE ! 😱 Entre la confrontation glaciale entre Gabriel et Maxence et cette photo qui révèle plus que des mots ne pourraient jamais dire, je suis sûre que vous êtes en PLS émotionnelle (moi aussi, promis 🤯). Mais comme toujours, on analyse ensemble, parce que VOUS êtes les meilleurs pour percer à jour nos chers Gaby et Hi-chan ! 🖤💚

👉 Première question choc : Est-ce que Maxence a raison de blâmer Gabriel pour ce qui arrive à Hireki ? Ou est-il lui-même aveuglé par ses propres erreurs de père ? 🤔

👉 Deuxième question brûlante : Et Gabriel, mes Boundies ? Pensez-vous qu'il se voile la face sur ce qu’il ressent vraiment pour Hireki ? Ou bien cette photo est-elle LE déclic pour enfin ouvrir les yeux ? 📸💔

👉 Troisième question (parce qu’on adore les dramas complexes) : Si Gabriel croit qu’il est "toxique", est-ce que lui-même se convainc qu’il ne mérite pas l’amour d’Hireki ? Peut-il encore sortir de cette spirale auto-destructrice ? 😢🌀

🔥 Petit bonus Boundies Time 🔥 : Et vous, si vous étiez à sa place, que feriez-vous en découvrant cette fameuse photo ? Dites-moi tout en commentaire ! 💬👇

💌 À vous de jouer ! Vos analyses, vos théories, vos élans de compassion pour nos deux écorchés vifs : je veux TOUT lire. Prêts à plonger encore plus profondément dans le drame ? 🌊✨



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