lundi 28 octobre 2024

Chap II - La Poupée qui dit "Oui" (1/3)

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PrécédemmentChap I - Le Saint et le Loup - 3/3

(👀 ~10min de lecture)


Chap 2

LA POUPEE QUI DIT "OUI"

(1/3)
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    Ce sont les 18 ans de son fils.

Pour l’occasion, Maxence a organisé un dîner au restaurant. Ils sont peu nombreux, trois invités précisément.

Cinq personnes seulement autour d’une table pour célébrer cet âge si symbolique. C’est d’une tristesse. Maxence pense à tous ses voyages professionnels à l’étranger, ces absences répétées qui l’ont coupé de sa propre famille, et par ricochet, ont privé Axel de tous liens familiaux sans qu’il n’en soit vraiment conscient. Au final, la famille, pour Axel, se résume à des photos jaunies et quelques appels lors des grandes occasions. Il garde tout de même une réelle affection envers ses grands-parents paternels, qui sont ici, eux aussi, autour de la table. Après tout, ils l'ont pratiquement élevé.

Est-ce qu’Axel est affecté par cette situation ? Il n’en laisse rien paraître. Né au Japon, il a, de toute façon, ce lien plus particulier avec sa famille japonaise, un lien que Maxence tente de préserver à grand renfort de conversations vidéo et de courtes vacances au pays. Malheureusement, ses grands-parents maternels n’ont pas pu faire le déplacement pour ce jour si important. Mais Maxence ne s'en formalise pas car il s’apprête, tout bonnement, à offrir à son fils un séjour de presque deux mois au Japon.

Il porte en lui cette culpabilité sourde, le sentiment d'avoir déraciné cet enfant qui n’avait connu jusque là que le Japon. En rentrant en France trois ans après la mort de sa femme, Haruko, Maxence retrouvait ses propres racines, déjà bien asséchées, tout en arrachant celles de son fils.

Les premiers temps furent difficiles, Axel avait bien du mal à s’acclimater. Encore trop petit, il semblait perdu, mélancolique et ne cessait de réclamer sa ‘Mamie Meiko’. Il mélangeait le Français et le Japonais sans sembler vouloir y changer quoique ce soit, pour, dans les moments de plus grandes colères ne répondre qu’à son deuxième prénom, Hireki, ou à son surnom ‘ Hichan’.

Malgré la présence précieuse de ses parents, Maxence s’est vite retrouvé débordé par ce petit garçon déraciné qui enchainait les crises de colère.

Puis, un miracle les a fait rencontrer Oksana, une jeune immigrée Polonaise qui désespérait de trouver un emploi. C’est un peu honteux que Maxence se souvient l’avoir embauchée illégalement mais cette rencontre sonnait comme un appel du destin.

Il se rappelle encore parfaitement de ce jour. Axel s’était enfuit du chariot de courses pour « sauver nuigurumi ! », « sauver le ‘doudou’ ». Maxence, après un moment de panique à le chercher partout, l’avait retrouvé penché sur une poussette sous l’œil attentif d’une très jeune femme à la beauté slave indéniable.

La peur l’a fait foncer vers eux avec une colère manifeste mais, une fois proche, il fut témoin d’une scène inattendue. Son petit garçon si sauvage, qui ne se liait à personne jusque là, semblait être sous le charme du duo qu’il divertissait avec sa figurine de super héros. Ils étaient là tous les trois à échanger si simplement, Axel si épanouit, que les choses se sont enchainées naturellement.

Oksana fut sa nounou pendant quelques années, comblant le vide maternelle et son petit garçon, Gabriel, grandit à ses cotés comme son frère.

    « Les Terrible Two » Se souvient-il du sobriquet donné aux deux garnements.

Maxence jette un coup d’œil en face de lui. Le dernier invité : L’indispensable meilleur ami.

Gabriel est ramassé sur sa chaise, si discret, qu’il paraît invisible. Il picore calmement comme si de rien était alors même qu’il est régulièrement bousculé par Axel trop occupé à résumer, tout en gesticulations épiques, les dernières aventures d’un de ces super héros préférés. Ses grands-parents sont hilares devant tant de passion. Pourtant, malgré ce manque évident d’attention de la part de son fils, Maxence ne peut s’empêcher de remarquer à quel point il s’est assis proche de lui, si bien que le pauvre Gabriel lutte pour réussir à porter une fourchette pleine à sa bouche à chaque extravagance d’Axel. Il ne manque pourtant pas d’espace à cette table. Sait il au moins dire non ?

    « Ils sont vraiment comme le feu et la glace » Observe Maxence.

Son fils, est, sans conteste, le plus exubérant des deux. Aujourd’hui ne fait pas exception à la règle, sa voix enjouée couvre presque celles de tous les clients du restaurant. Il n’a pas peur d’être remarqué, il prend vraiment vie sous le regard des autres. Le voir évoluer ainsi était inespéré même s’il reste relativement colérique. Pas tant par la fréquence mais l’intensité, elle, est redoutable. Il n’en est pas moins un jeune homme adorable et d’une gentillesse qui frôlerait presque la naïveté. Il a le cœur sur la main, un cœur d’artichaut qui plus est ! Il est devenu l’archétype de ce garçon populaire répondant à toutes les sollicitations et illuminant la journée de tous ceux qui croisent son chemin. A l’exception de ces moments où il est seul avec Gabriel. Là, il oublie tout, de son téléphone à ses nombreux amis. Son monde ne se résume plus qu’à lui.

Tout naturellement, Maxence revient à la petite silhouette qui semble s’excuser d’être là.

Gabriel a toujours été d’une discrétion sans pareil. Un garçon facile. Jamais un mot plus haut que l’autre. Bien élevé, poli. Il obéit à tout sans rechigner comme un … pantin ?

Soudain, sous une nouvelle bousculade involontaire d’Axel, Maxence rit, un peu désolé, en se souvenant de ce nombre de fois où, enfant, son fils profitait de cette propension à obéir pour le laisser effectuer n’importe quelles tâches ménagères à sa place : Mettre la table, la débarrasser ou essuyer la vaisselle. Combien de fois Maxence l’en empêcha, grondant Axel qui restait tout penaud face à son ‘méfait’. Oui, vraiment, un gentil petit garçon sans aucun doute possible. L’adolescence n’y a rien changé si ce n’est qu’il est devenu plus timide encore, ce qui contraste avec le look qu’il adopte depuis peu.

    « Un poupon à l’allure de voyou » Maxence regarde ses ongles peints en noir. « Il se cherche sûrement. Tous les adolescents passent par là, j’imagine… » Se dit-il. Apres tout, Axel aussi a toujours mis un point d’honneur à arborer les looks les plus à la mode en temps et en heure même ceux qu’il appréciait peu pour s’intégrer.

Malgré tout, Maxence a toujours eu des sentiments ambivalents envers Gabriel. Bien sur, l’avoir vu grandir aux cotés d’Axel ne peut pas le laisser indifférent, mais il n’a jamais été très à l’aise en sa présence. Ce gamin dégage quelque chose de spécial. Peut-être est-ce dû au fait d’avoir été élevé, au moins un temps, seul, par Oksana, mais sa délicatesse et sa manière de se jeter contre les adultes pour une étreinte ou un geste affectueux, Maxence s’en trouvait parfois gêné, tendu. Même lui tenir la main pour traverser la route revêtait une impression d’indécence si bien qu’il instaura une certaine distance physique entre eux.

Mais, aujourd’hui, c’est bien tout autre chose qui le perturbe. En effet, il ne voit plus d’un aussi bon œil la relation privilégiée qu’il entretient avec Axel.

Son fils a beau additionner les conquêtes féminines pour cacher ce qu’il ne lui a toujours pas confié, Maxence voit bien ce regard énamouré qu’il pose sur son meilleur ami. Ce n’est pas tant que son fils soit homosexuel qui le dérange. Axel lui est trop précieux pour le renier à cause d’une chose d’aussi futile et, qui plus est, personnel. Seulement, ces sentiments, qu’il pensait passagers, perdurent, voire même se renforcent. Là, où il est tout aussi évident que les sentiments de Gabriel ne prennent pas la même voie. Il y a de la tendresse dans son regard, de la douceur mais pas l’amour qu’Axel y cherche tant, conduisant son fils à vivre un chagrin d’amour perpétuel à ses côtés.

Au fond, Maxence espère que ce voyage au Japon l’aidera à passer à autre chose.

    « … Ou Gabriel va devenir toxique pour lui » Ses doigts se crispent sur sa fourchette qui émet un grincement insupportable en dérapant sur l’assiette.

    « Ca va Monsieur Bouvier ? » S’inquiète aussitôt Gabriel

    « Heu ?! Oui fiston, désolé je pensais … Je pensais aux cadeaux ! » Se reprend-il sans comprendre sa réaction disproportionnée.

    « Je voulais encore m’excuser pour ma mère. Elle ne se sentait pas très bien… » Son visage parsemé de tâches de rousseur disparait aussitôt sous ses cheveux lorsqu’il replonge le nez dans son assiette. Ils sont un peu plus longs qu’à l’accoutumé et forment des boucles sans défaut à leur extrémité. Il ressemble à une poupée de porcelaine.

Maxence songe soudain à la mère de l’adolescent. En y repensant, elle aussi était invitée.

    « Oksana ne se sent plus jamais bien » rumine-t-il

Peu après l’accident d’Axel, il l’a vu dépérir. Elle s’est mise à changer. Un changement ténu, un glissement si lent qu’il ne s’en est aperçu que trop tard. Les liens se sont brisés petit à petit jusqu’à ce qu’elle disparaisse complètement de leur vie sans qu’il n’ait eu le temps de s’en inquiéter.

Axel donne un coup de coude à Gabriel.

    « Alors ? Ca parle de mes cadeaux ?! » Secoue-t-il des sourcils tout sourire. Sa lèvre supérieure glisse sur une canine complètement désaxée qui lui donne des airs de petit diable. Il est le portrait craché de sa mère, jusqu’à la denture ! Maxence ne lui aura finalement légué que sa fossette au menton qu’il tient lui-même de son propre père.

    « Je peux les ouvrir maintenant ?! » Axel sautille sur sa chaise, impatient, tapotant des mains comme un enfant. « Juste un ! Juste un avant le gâteau ! » Marchande-t-il le regard implorant, la moue boudeuse.

    « Dire que ce gamin acquiert le droit de vote aujourd’hui… » Se désole Maxence quand il voit Gabriel se trémousser pour sortir un paquet de sous la table.

    « Je peux Monsieur Bouvier ? » Demande-t-il poliment, le sourire délicat.

Il a un peu repoussé ses cheveux. Ses yeux sont incroyables. Oksana aussi a les yeux verts mais ceux de son fils sont d’une nuance et d’une intensité uniques, magnétiques. Gabriel ne ressemble pas à sa mère mais n’a rien à envier à sa beauté. Il a l’air si fragile, doux… Est-ce qu’il se déchirerait comme une poupée s’il le… Son corps se tend dans une sensation sourde, instinctive. S’il le quoi ?

Axel s’empare du paquet et arrache l’emballage sans attendre l’autorisation, faisant sortir Maxence de sa torpeur. La boîte révélée le cloue instantanément sur place. Il lance un regard d’incompréhension à son meilleur ami.

    « Gaby, c’est … »

    « Vas-y ! Ouvre ! » L’encourage Gabriel enthousiaste.

Lui, en revanche, n’a jamais cessé de s’épanouir aux côtés d’Axel. A peine le jeune homme s’est-il intéressé à lui qu’il est sorti de sa coquille. Il se tient désormais droit comme un 'i', le sourire franc et tout aussi impatient que son meilleur ami. Plus rien ne l’effraie autour de lui.

Comment Axel pourrait-il cesser d’attendre plus de lui quand on le voit à cet instant, les yeux pétillants, emplis d’un lien inconditionnel et d’une complicité sans faille.

Haruko lui contait souvent cette légende, celle du ‘fil rouge du destin’. Peut-être n’était-ce pas si ridicule en fin de compte quand il les voit désormais enfermés dans leur bulle.

Axel soulève délicatement le couvercle, la boîte dévoile alors une montre haut de gamme qui le laisse coi. C’est bien la première fois que Maxence le voit ainsi, lui d’habitude si expansif.

    « Je… Je ne peux pas accepter Gaby c’est…. Hors de prix ! » Il est subjugué par le cadeau dont il ne décroche pas des yeux. Une montre élégante, d’une sophistication certaine, assez fine pour ne pas dominer les poignets naturellement fins d’Axel mais d’un design assez soigné pour lui conférer assez de présence. Comment ce gamin d'à peine 15ans a-t-il pu acheter une montre pareille ?

Gabriel, soudain conscient des regards braqués sur lui, s’efface de nouveau, sa tête disparait dans ses épaules.

    « Je… Je ne l’ai pas volée, » Se défend-il aussitôt.

    « Ce n’est pas ce qu’on dit, fiston. Mais ce n’est pas rien comme cadeau ! » Répond Maxence, rassurant et toujours aussi surpris par la valeur de ce présent. Lui-même n’aurait jamais pensé mettre une telle somme dans ce genre d’objet.

Gabriel semble paniquer, tirant nerveusement sur les manches de son sweat-shirt, les ramenant bien au-delà de ses mains. Il se lève soudain d’un coup, si vite que la chaise vacille en arrière sous l’impact.

    « Je… J’ai travaillé ! » lâche-t-il, visiblement troublé. « Je travaille… le soir… » Souffle-t-il avant de quitter la table précipitamment.

Maxence reste troublé par cette dernière précision sans avoir le temps d’y réfléchir plus : Axel s’est déjà levé pour suivre son meilleur ami.

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🎉 Salut les Boundies ! 🎉

 

Nous rencontrons enfin Maxence, le père de Hireki, un homme rempli de doutes et de contradictions face à son rôle de père. Et que dire de ce cadeau mystérieux offert par Gabriel ? 😮 Une montre aussi luxueuse, à 15 ans, comment est-ce possible ? 🤔

Alors, que pensez-vous de Maxence et de ses sentiments partagés envers Gabriel ? Est-il trop protecteur ou lucide ? Et surtout... comment Gabriel a-t-il pu se procurer un tel cadeau ? 💰💭

💬 À vos claviers, mes Boundies, j’ai hâte de lire vos théories et vos ressentis !


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