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mardi 25 août 2026

TABLE DES MATIERES

Dernières Mises à Jour:

- Blog mis à Jour un lundi sur deux -
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~ ~ UN CHANT D'ETERNITE ~ ~

 

Un Chant d’Éternité est un roman-feuilleton dramatique et psychologique, où trois voix s’entrelacent au fil d’une histoire d’amitié, de blessures enfouies et de vérités trop longtemps tues. À travers une structure en chapitres imbriqués et des épisodes courts mais intenses, chaque partie vous rapproche un peu plus du cœur battant de cette tragédie moderne où chaque réponse soulève une nouvelle question. 
Cliffhangers garantis, émotions brutes, et fragments d’âme à chaque épisode.
🎭 Lecture courte: 10 min par épisode
📆 Publication : un lundi sur deux

⚠️ Contenus sensibles, émotions fortes garanties ⚠️


✅ Ce que c’est :

✔️ Un drame psychologique lent et dur
✔️ Une amitié ambiguë, imparfaite, qui blesse autant qu’elle soutient
✔️ Un roman sur la honte, le silence, la survie
✔️ Une relation humaine 
✔️ Une histoire qui n’explique pas tout, ne pardonne pas tout, et ne soigne pas tout

***


📖 HISTOIRE PRINCIPALE 📖

        Entre eux ce n'est pas de l'amour. C'est tout le reste...

    Gabriel et Hireki sont amis d'enfance. L'un porte ses blessures comme une armure. L'autre distribue sa lumière en s'oubliant dans l'ombre.

Tout les oppose, mais ensemble, ils avancent. Portés par les non-dits, une loyauté bancale et des illusions tenaces… Jusqu'à ce que les masques craquent.

Car certains souvenirs résistent au silence et ce qu'ils révèlent peut tout détruire.

Et là… Aimer ne suffit plus. Surtout quand on a mal aimé …
        ➡️Avertissement à lire avant de débuter la lecture
        ➡️Pour une première immersion: * MATIN CALME *
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🎁 BONUS & UNIVERS ÉTENDU 🎁

    Plongez encore plus profondément dans l'univers d'Un Chant d'Éternité grâce à ces moments exclusifs et complices, où les personnages se révèlent sous des angles inédits. Ces contenus n’appartiennent pas à la trame directe, mais enrichissent l’univers en révélant ce qui se passe en marge, en coulisse… ou entre les lignes.

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lundi 7 octobre 2024

Chap I - Le Saint et le Loup (3/3)

 

PrécédemmentChap I - Le Saint et le Loup - 2/3

(👀~10min de lecture)


⚠️ Trigger Warning ⚠️

Cet épisode contient des thèmes de détresse émotionnelle, séduction manipulatrice et pensées obsessionnelles. Il n’y a pas de contenu explicite, mais certaines scènes peuvent être difficiles à lire. 

 💙 Prenez soin de vous. 💙



Chap I

LE SAINT ET LE LOUP

(3/3)
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    « Qu’est-ce que c’est que ca ? »

    « Une clef ! » Répond Hireki triomphant

    « Qu’est ce que tu veux que j’en fasse ? !»

Le japonais, pétri d’espoir, le bonheur manifeste, ne perçoit pas le regard méfiant que lui lance Gabriel.

    « Vivre avec moi ! » Répond-il enthousiaste « Tu as 18 ans aujourd’hui ! Plus personne n’a de droit sur toi maintenant ! »

    « Haha ! » Le rire qui retentit est plein de dédain. Le même qui imprègne désormais le visage de Gabriel « Tu perds pas le nord toi ! Donc maintenant que je n’appartiens plus légalement à personne, tu poses des droits sur moi ? »

Hireki est douché.

    « Qu’est ce que tu racontes ? Je veux juste t’aider !»

    « Tu veux juste me sauter ! » Rétorque Gabriel en lui lançant la clef au visage.

C’est à un masque froid que laisse subitement place l’air de chien battu du métis. Sa réaction est sans appel.

    « Retire ce que tu viens de dire ! » dit-il sèchement

    « Pourquoi ? » Lui sourit sournoisement Gabriel « C’est la vérité, non ? »

    « Arrête ca - immédiatement - Gabriel… » Hireki ne bouge pas, son regard noir est implacable alors que sa poitrine se gonfle un peu plus à chaque inspiration.

L’adolescent l’ignore pourtant. Gardant sa ligne de conduite, il s’approche, aguicheur.

Il a touché le point sensible. Hireki le veut. La jalousie le lui aura fait avouer quelques mois auparavant. Il a beau dire qu'il l'aime pour enjoliver les choses, personne n'aime les garçons comme lui. Il le veut, comme tous les autres finalement.

Son regard se fait plus sensuel pendant que sa main glisse sur le ventre du métis.

    « Tu me détestes quand je fais ca ? » demande-t-il.

Hireki lui saisit brutalement le poignet avant que ses doigts n’atteignent son entrejambe. Une colère sourde bouillonne en lui. Ses lèvres frémissent, sa mâchoire tressaute, son souffle s’accélère de plus en plus sonore mais Gabriel ne flanche pas. Il se penche un peu plus.

    « Est-ce que tu me détestes quand je fais ça ? » Susurre-t-il, toujours aussi enjôleur, les lèvres chaudes à l’oreille de l’asiatique. Les doigts tremblent autour de son poignet.

    « Je ne veux juste pas… » Chevrote Hireki « Je ne veux juste pas … te voir comme ca »

Il craque et Gabriel s’en réjouit. Tristement. Parce que s’il ne résiste pas à Hireki, Hireki, lui, peut toujours le rejeter.

Il se laisse davantage aller, sa silhouette longiligne coule, suave contre le corps tendu par une fureur contenue. Sa joue glisse langoureusement contre celle de son ami « Repousse-moi » chuchote-t-il les lèvres contres les siennes.

Hireki le lâche …

    « Il a reculé… »

C’est sur ce détail que Gabriel ouvre les yeux

Le petit appartement est calme. Hireki est resté au rez-de-chaussée du duplex, dormir sur le sofa. L’ange s’assoit sur le lit. Il remet ses idées peu à peu en place en même temps que les nombreuses couches de couvertures qu’il a repoussées dans son sommeil.

    « Quelle ‘ frisquette’ … » souffle-t-il exaspéré par le côté frileux de son meilleur ami.

Il tapote les draps qui relâchent un instant un parfum frais et réconfortant. Le même que celui des vêtements empruntés. Le même que celui de la pièce. Le même qui le berce dès qu’il pose le pied chez Hireki. Il ferme les yeux quelques secondes avant de balayer la chambre du regard.

Les volets ne sont pas fermés, les rideaux non tirés, la pièce est baignée des lumières artificielles de la rue que le manteau blanc de l’hiver amplifie. L’ambiance est sereine et apaisante. Gabriel se sent toujours bien chez Hireki.

Il se lève fumer par la fenêtre. La neige ne tombe plus depuis que Hireki l’a retrouvé cet après-midi. Le froid s’est adouci aussi.

Ce paysage aurait pu être sien chaque matin.

Son rêve lui revient soudain. Son anniversaire. Le jour de ses 18 ans. Il aurait pu tout plaquer ce jour là. Seulement …

    « Si je pars, elle meurt » Confit-il à la nuit.

Il cogite un long moment, les yeux dans le vague, oubliant sa cigarette qui laisse tomber ses dernières cendres sous le souffle léger du vent.

Les regards de Hireki sont de plus en plus lourds à porter. Sa tristesse comme son désir. Il ne peut plus les cacher et lui ne peut plus les ignorer. C’est un fardeau qu’ils portent tous les deux mais qu’il est le seul à pouvoir alléger.

Sa décision est prise. Cette vague idée est maintenant ferme et irrévocable. La peur qui, jusque là, le faisait hésiter n’y changera rien. Seul Dieu pourrait le faire dévier de son chemin.

A cette pensée, il porte machinalement la main à sa poche. Son chapelet a dû s’échapper au milieu des draps en bataille. Quant à sa croix d’argent, elle a disparu sur la colline.

Ses doigts se dirigent instinctivement à son oreille droite où pend une croix rehaussée d’un jade. Pourquoi elle? Pourquoi est ce la seule sur laquelle il peut s’épancher ? Peut-il réellement faire ça, précisément sur cette croix si précieuse?

    « C’est Hireki qui me l’a offerte » Confesse-t-il à Dieu. Elle porte en elle son bien le plus précieux : Un amour sincère. « Je ne comprends pas… » Si c’est un signe, il est incapable de l’interpréter.

Le panneau lumineux de la pharmacie attire son regard. 4h44. Une chaleur apaisante emplit sa poitrine

    « Laisser mourir la rose » Lâche-t-il tout bas.

Ses doigts pressent doucement la pendeloque alors qu’il ferme les yeux

    « Vous qui avez dit : ” En vérité, je vous le dis, demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira !” voici que je frappe, je cherche et je demande la grâce … Soyez-en certain, si je m’égare en cet instant ce n’est pas par mépris. C’est le choix le plus noble et le plus sincère. Je vous prie et je vous conjure, avec toute la ferveur de mon âme, puissiez-vous faire que Hireki…»




***




    Le poing qui s’abat sur son épaule le réveille instantanément. Hireki dort peu mais a toujours eu le sommeil très lourd. Il ne comprend rien à ce qui lui arrive. Il s’essuie le visage, chassant les dernières bribes de rêves puis ses yeux s’habituent peu à peu à l’obscurité.

    « Réveille-toi !! » Au dessus de lui, la lune éclaire un visage doux dévoré par de grands yeux verts.

    « Gaby ? »

    « Je veux dormir avec toi»

Gabriel se glisse sous les couvertures sans attendre, se pelotonnant le plus possible contre son torse. Hireki rêve, ca ne peut être que son rêve qui se poursuit. Seulement, la douleur dans son estomac, elle, est bien réelle quand Gabriel le flanque d’une violente poussée

    « Pousse-toi !!! »

    « Gaby, qu’est ce que… ? Retourne dans le lit !!» Se redresse-t-il soudainement.

    « Viens dormir avec moi » supplie-t-il mielleux, la moue boudeuse et le regard intense.

    « Gaby… » Hireki le retient gentiment par les épaules tentant de se redresser un peu plus mais Gabriel l’enlace adroitement d’une jambe pour se retrouver, d’un coup de bassin, à califourchon sur lui. Il se penche, le visage à quelques centimètres du sien

    « Pour te remercier … »

C’est un pesant moment de silence qui s’abat dans la pièce. Leur visage est si proche que la moindre parole ferait se frôler leurs lèvres. Hireki ne comprend toujours rien jusqu’à ce que Gabriel sourie. Un sourire obscène, malsain alors que son corps vient peser davantage contre son bas-ventre.

    « Tu ne veux pas que je te remercie ?»

Ce sourire étrange, ses paupières qui papillonnent, ce corps lascif qui fond sur lui. Hireki est incapable de réagir mais son corps lui ne se fait pas attendre. Gabriel ondule des hanches, surpris. Le regard faussement innocent, il rit d’un éclat ingénu et pervers en fixant la bosse apparue entre les jambes de Hireki.

    « Tes yeux ne sont pas les seuls à ne pas savoir mentir…»

C’est un cauchemar. Ca ne peut pas être réel.

    « Je sais être un gentil petit garçon tu sais… Hi chan ! » Cette voix enfantine qui prononce son surnom d’enfance mêlée aux doigts qui pressent le renflement de son pantalon, Hireki sent la peur monter en lui.

Il n’est pas comme ça. Il n’est pas un salaud comme tous les autres.

Il se débat pour s’extirper de cette horreur obscène, en vain. Gabriel glisse vers sa ceinture, le regard lubrique, la bouche entrouverte, sa langue déjà érigée en rempart contre le frottement de ses dents.

A cette vue, tout son corps se met à trembler, un frisson brulant parcourt son échine. Ce n'est pas la peur, c'est le désir et il l'emporte au-delà de la raison.

- Il le veut -

C'est un fait, ferme, absolu, définitif qui prend le dessus sur tout. Il perd pied, il ne contrôle plus rien. Il n'est même plus en mesure de s'horrifier de la manière dont il va s'emparer de lui. Il le veut aussi "comme ça", violemment, l'empoigner, le baiser jusqu'à la mort.

Le temps ralenti. Les doigts de Gabriel tirent langoureusement sur la taille du vêtement, la bouche s’agrandit devant la colonne de chaire puissante qui s'en échappe. Hireki ne s'appartient plus, impuissant, il voit sa main agripper la nuque délicate et son corps prêt à prendre ce qu’il désire depuis toujours, profondément, sans mesure et sans qu’il ne puisse rien y faire.

Il ne répond plus de rien jusqu'à ce qu'un courant puissant, glacé, transperce son âme lorsque la lune accroche une perle cristalline sur la joue de Gabriel.

    « Ce n’est pas moi! Ce n'est pas moi qui le veut comme ça! »

Sa tête bourdonne, encore une fois, prise dans un étau. Son corps se rappelle à lui. Ses yeux se révulsent, la chaleur du sang sur son visage, le gout du sang sur ses lèvres

    « Je ne veux pas ...»

Son crâne éclate!

    « RETOURNE CHEZ TOI ! Je veux que tu retournes chez toi MAINTENANT !» Hurle-t-il en se dégageant.

Hireki chancèle, débraillé, trébuche contre la table basse qui grince en glissant de plusieurs centimètres sous le choc. Il veut s’éloigner loin, très loin de ce tourment qui git maintenant, misérable, au sol. Gabriel est là, pitoyablement enchevêtré dans les couvertures. Une madone déchue.

    « Dégage! » Sa voix est redevenue calme mais Hireki ne se retourne pas lorsqu’il prononce cet ordre. S’il se retourne, il lui pardonne.

Gabriel se relève, silencieux. Le frottement de ses pieds nus sur les marches de fer file a travers le silence.

Hireki tremble toujours, ce n'est plus la peur, ce n'est plus le désire, la colère le submerge.

    « Il a tout sali. A chaque fois, il gâche tout…» Ses poings se contractent, son visage se crispe sous la haine.

Son souffle devient sourd « C’est à cause d'elle... Encore, TOUJOURS! »

Cette femme si douce, cette figure féminine qui a comblé le vide laissé par la mort de sa mère. Celle qui a pris soin de lui durant les absences de son père: Oksana.

Cette femme qui a offert au monde son précieux ange est aussi celle qui va le faire disparaitre. C’est à cause d’elle que Gabriel boit, c’est à cause d’elle qu’il se donne, c’est à cause d’elle qu’il souffre. C’est par ses choix à elle que Gabriel ne peut pas rester auprès de lui.

    « Je veux qu’elle meurt! »

Gabriel trébuche quand la voix sombre et sèche de Hireki le heurte alors qu’il descend les escaliers. Il le regarde un moment, le souffle coupé. Le métis est toujours debout au milieu de la pièce. Il tremble si fort que Gabriel perçoit chaque soubresaut de son corps malgré l’obscurité. Sa respiration, rauque, résonne dans toute la pièce.

C’est un loup enragé qui se découpe dans la rondeur de la lune, Pourtant, il veut le serrer contre lui. Lui dire que tout va bien. Que tout ira bien maintenant… Que c'est la meilleure solution...

Toujours en silence, il enfile ses vieilles chaussures. Il a revêtu ses vêtements de la journée. Ils portent désormais le parfum de Hireki, le parfum de la sécurité… Et plus encore celui de la culpabilité.

Lorsqu’il s’apprête à sortir, une main se pose sur la sienne. Des doigts chauds et doux qui suivent le mouvement des siens autour de la poignée. S’il ouvre la main, leurs doigts s’entremêlent. Puis suit le poids réconfortant de Hireki, son torse contre son dos. Son corps est chaud lui aussi tout comme le souffle qui glisse à son oreille

    « Tu es plus qu’une chose pour moi»

Gabriel refoule la boule douloureuse qui se forme au fond de sa gorge. Le regard indifférent, le visage impassible. Toujours garder le contrôle. Du reste, il ne regrette rien.

    « C’est la meilleure solution. Ne pas rester auprès de lui»

Hireki lâche la poignée d’un geste brusque qui ne parvient ni à cacher sa colère ni sa déception.

    « J’en ai marre de te sortir de la merde et que tu ne comprennes pas que… »

Gabriel ne veut pas entendre les mots qui vont suivre. Il les devine mais ne veut plus les entendre. La porte claque sans un regard en arrière.

    «.. je t’aime »



FIN CHAPITRE 1


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Salut les Boundies !

Nous voilà à la fin du chapitre 1, et… QUELLE NUIT ! 😱🌙

D’après vous : qui craquera en premier ?
➡️ Gabriel, sous le poids de ses secrets ? 🤐
➡️ Hireki, écrasé par ses désirs refoulés ? 💔

Et surtout… est-il encore temps de réparer ce qui semble déjà brisé entre eux ? 🕊️

💭 Vos théories, vos ressentis, vos idées : on veut tout savoir !
À vos claviers, Boundies ! 🖋️🔥


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🕊 Envie de souffler un peu… ou de creuser plus loin ? 🕊

Prolongez l'expérience avec ces quelques Bonus:


* Chap II *

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dimanche 29 septembre 2024

Chap I - Le Saint et le Loup (2/3)

PrécédemmentChap I - Le Saint et le Loup - 1/3

(👀~10min de lecture)


Chap I

LE SAINT ET LE LOUP

(2/3)
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    Gabriel s'écroule à peine arrivé chez Hireki. Ce dernier a juste le temps de l’attraper pour le mener à la salle de bain. C’est de loin la pièce la plus chaude de son appartement, malgré l’étroitesse et le manque de confort. C’est le choix qui lui parait le plus juste dans l’urgence.

    « Gaby ! Il faut que tu te réveilles ! »

Le jeune homme ne réagit pas. Il est complètement inerte.

Ce n’est plus un jeu cette fois.

Hireki doit le débarrasser de ses vêtements humides et froids au plus vite. Le réchauffer. C’est le plus important. Eviter toute hypothermie au jeune homme qui ne porte qu’un gilet de grosse laine dans un piteux état sur un T-shirt qui ne brille pas non plus par sa qualité. Tout ca en plus de vieilles basket en toile et d’un jeans troué.

    « Réveille-toi ! Ouvre les yeux !!! »

Il aurait dû le conduire aux urgences. Seulement, ce n’est pas la première fois ni sûrement la dernière qu’il retrouve Gabriel ainsi, allongé dans la neige, un de ses 'lit de neige'. Sur l’instant, il avait juste l’air fatigué. Il tenait debout, il marchait, il avait fini par retrouver des couleurs sur le chemin.

Surtout, il se serait sauvé à la moindre occasion.

    « C’était la meilleure solution» Tente-t-il de se rassurer

Hireki tremble. À chaque vêtement grandit la panique.

    « Ce n’est pas drôle, Gaby ! Ouvre les yeux! » Geint-il encore et encore comme une prière.

Il le frictionne, ôte le manteau, le prend dans ses bras, retire le gilet, le serre encore. Il tente de le réchauffer tant bien que mal alors que la panique cède peu à peu à la peur.

Une terreur sans nom qui va finir par le paralyser. Ses gestes en deviennent maladroits.

Il va mourir ! Il va disparaitre comme tous les autres. C’est à ca qu’il pense.

Les couches de vêtements lui font perdre son sang froid tant elles semblent infinies.

Il hurle.

Un cri puissant. C’est son cœur qui parle, ses tripes. C’est tout son être qui s’emporte.

    « Réveille-toi ! Je veux que tu te réveilles ! TU ENTENDS ? MAINTENANT !! »

Un soubresaut. Un hoquet puis une main fine qui attrape la sienne.

    « La ferme… » Ce n’est qu’un souffle rauque qui franchit les lèvres de Gabriel

Le cœur de Hireki manque de s’arrêter quand il voit le jeune homme s’assoir. L’ange se considère un instant puis replie pudiquement les genoux sur sa poitrine.

    « Laisse ca ! Je veux garder une certaine Intimité ! » Réagit-il, le regard faussement effarouché.

Le métis, encore sous le choc, rit soudain nerveusement en réalisant que Gabriel ne porte plus que ses sous-vêtements. Il l’observe un instant avec attention, sans gêne ni obscénité. Il a besoin de le voir respirer, se mouvoir.

    « Il est magnifique »

C’est indéniable. Gabriel dégage une aura rare. Plus encore, replié ainsi, le corps délicat et le regard puissant. Il a des airs d’Ignudi, ces éphèbes ornant la chapelle Sixtine.

Bien que, beaucoup plus maigre.

Hireki se remémore subitement ce poids léger qu’il a porté sans effort jusqu’ici malgré l’escalier étroit à franchir. Ce n’était pas l’adrénaline. Gabriel n’a jamais été bien épais mais cette fois l’asiatique est frappé pas ses os saillants prêts à percer la chaire au moindre mouvement. Il est maigre, d’une maigreur affolante. Pire que ce qu’il pouvait imaginer sous les vêtements informes. A y réfléchir, il ne l’a pas vu manger depuis un moment. Il enchaine les cigarettes, c’est la seule chose qu’il a vu franchir ses lèvres ces derniers temps.

Il maigrit à vue d’œil.

Il va finir par disparaître. Encore cette pensée.

Hireki n’arrive plus à détacher son regard. Il veut le prendre dans ses bras. Le serrer fort, sentir son cœur battre dans sa poitrine, son sang courir dans ses veines. S’assurer qu’il est bien là.

Soudain, ses mains le démangent de nouveau. Il est subitement attiré comme un aimant, son corps avance de lui-même. Il veut le toucher.

Il le voit le toucher : Ses doigts qui glissent sur la peau blanche, son souffle contre son oreille, ses jambes autour de ses hanches puis soudain sous l'étreinte passionnée, possessive, les os se brisent.

    « Je me les gèle sur le carrelage ! » Se plaint soudain Gabriel qui se recroqueville un peu plus, chassant par là même les sombres rêveries de Hireki pour une pensée bien plus pragmatique : Quelle phrase étrange pour quelqu’un qu’il a retrouvé allongé dans la neige.

Mais force est de constater que Gabriel est revenu. Sa verve bourrue intacte, son regard détaché insondable. Il est vivant.

Assurément vivant.

Mais c’est trop tard, la peur s’est rappelée à lui.

Une peur qui le tétanise. L’idée de perdre un proche.

Ca lui est insupportable.

La perte de Gabriel plus encore. Il n’y survivrait pas.

Hireki n’est pas chanceux dans ses relations. Il ne l’a jamais été et doute de l’être un jour. Aussi cette peur grandit-elle avec les années, au fur et à mesure des rencontres.

Tout lui sourit pourtant. Personne ne peut le nier. C'en est d'une indécence folle. Toutefois, en ce qui concerne l’amour, il accumule les déceptions. Amour, amitié, famille, à chaque fois qu’un lien se tisse, immuablement, il finit par disparaitre, d’une manière ou d’une autre. Des liens superficiels, des amours sans lendemain. C’est tout ce dont il a le droit, depuis toujours.

Démission, Déménagement, séparation, ou plus tragiquement décès. Tout le monde disparait.

A y réfléchir, Gabriel est sa plus longue relation.

Il ne veut pas penser au fait qu’elle tienne parce que la réciprocité n’existe pas entre eux. Hireki en est conscient mais préfère se voiler la face. Il aime Gabriel. Gabriel ne l’aime pas… Pas autant tout du moins. Ce n’est pas enviable non plus. Un amour non réciproque. Mais au moins il le garde à ses côtés et chérit cette amitié comme la prunelle de ses yeux.

    « Hireki ! » Insiste Gabriel.

L’ange le regarde, les sourcils hauts, impatient, puis ses yeux le chassent vers la sortie accompagnés d'un léger coup du menton. La réaction n’est toutefois pas celle attendue. Le métis n’y tient plus. Il le prend vivement dans les bras.

    « P’tit con ! J’ai eu la peur de ma vie ! »

    « Sérieux Hireki…. Je suis à poil là ! Vire ! » Dit-il gêné

Hireki rit, le nez enfouit dans l’épaule dénudé. Gabriel ne sait pas mentir. Il peut sentir ses doigts dans son dos et s’il les sent malgré l’épaisseur de vêtements, c’est parce que Gabriel s’agrippe fermement à lui. Il n’essaie même pas de le repousser, bien au contraire, ses bras se resserrent un peu plus autour de lui et son visage se perd à son tour dans le cou de son ami.

    « C’est dangereux » Songe Hireki

Le japonais se détache à contre cœur puis lui ébroue les cheveux d'un geste paternel. Ils ont frisé sous l’humidité. Etonnamment Gabriel accueille le geste sans broncher, lui qui déteste tant ses cheveux. Ce sont ceux de son père. Son « géniteur » ou encore « l’autre » comme il le désigne. Hireki ne connait même pas son prénom, il ne l’a jamais prononcé.

Les seules choses qu’il connait de lui sont celles qu’il a lui-même devinées. La plus évidente étant qu’il bat Gabriel. Le jeune homme subit les coups depuis l’enfance et les subit encore aujourd’hui. Parce que si Gabriel hait son père, l’amour qu’il porte à sa mère, lui, est incommensurable, au point de se sacrifier pour elle. Il est son bouclier.

    « C’est comme ca qu’il va disparaitre » La pensée intrusive guide sa main. Elle quitte les cheveux châtains en une caresse d’une tendresse infinie. Le dos de ses doigts frôle la cicatrice qui traverse le sourcil droit, vestige de son acte héroique plus de 20 ans auparavant, puis joue avec l’une des boucles blondes qui s’est formée au dessus de l’oreille.

Les perles noires se fondent un instant dans les émeraudes mais Gabriel rompt tout contact en penchant doucement la tête.

    «Heu… Je… Je vais te chercher des vêtements chauds. » Hireki se relève, quelque peu embarrassé, à peine remis de sa contemplation. « Tu devrais prendre ta douche quand tu seras plus reposé» Lance-t-il

A peine quitte-t-il la pièce que le verrou retentit derrière lui et l’eau se met à couler. Il reste un instant dos à la porte, pensif.

    « C’est dangereux mais c’est toujours la meilleure solution »




***




    « Fait chier ! » La manette de Gabriel vole sur la table basse au milieu d’un amoncèlement de chips, pizza et autres mets hautement équilibrés.

Bien entendu, il reste dormir chez Hireki. Tout refus aurait sûrement conduit le métis à le ligoter au lit, emmitouflé sous un amoncellement de couettes duveteuses pour dégouliner d'attentions mièvres envers lui le reste de la journée. Autant garder un peu de liberté.

Après une douche sommaire, Gabriel a dormi, grignoté parmi le "buffet" astronomique commandé par Hireki, puis redormi encore et encore, occupant ses nombreuses veilles à fumer par la fenêtre. Plus tard, ne pouvant échapper plus longtemps à la confrontation, il se mit d'abord à vaquer longuement dans l’appartement à de mystérieuses occupations sans trop prêter attention à son meilleur ami. Pour ne pas dire "en l'évitant".

Enfin, la soirée arriva avec le temps de mettre sa fierté de côté.

Après avoir encore un peu flâné, de plus en plus près du nippon, c’est en jetant un dernier coup d’œil machinal au bureau désordonné de celui-ci qu’il se laissa couler sur le canapé.

    « Merci » Avait-il lancé hâtivement ente les dents, appuyé sur l’accoudoir, le menton dans la paume de main, le regard droit mais surtout pas posé sur le métis.

Hireki hésita un court instant à le taquiner sur la légère rougeur qui traversa en même temps son nez en trompette.

    « Pizza ? » préféra-t-il lancer

    « PIZZA ! » avait confirmé Gabriel en se jetant, d'un petit bond, contre les coussins derrière lui.

Sodas, pizzas, jeux vidéo: Soirée, somme toute, habituelle entre eux.

Mécontent de ses défaites multiples, Gabriel s’enfonce dans le canapé, les bras croisés, l’air furieusement boudeur, les yeux fixés droit devant lui.

    « Mets un autre jeu ! J’arrive pas celui la ! » Ronchonne-t-il.

Il boude. Gabriel boude. Du haut de ses 27 ans il boude comme un enfant à chaque fois que Hireki le contrarie. Ce n’est pas un manque de maturité, plutôt, une régression temporaire.

    « Une parenthèse enchantée »

Gabriel ne boude avec personne d’autre.

Avec Hireki, tout est toujours différent. Il peut s’abandonner tout entier. Il n’arrivera jamais rien. Il le sait. Il le sent. C’est ancré en lui, une conviction absolue, comme gravée dans son ADN. Pas besoin de faire semblant. Hireki ne profite pas de lui. Ni de son corps, ni de son manque cruel d’estime, ni de son manque de confiance. Il ne profite pas, il ne profite jamais de lui.

Il le pourrait pourtant. Hireki a envie de lui. Gabriel le sait aussi. Il connait les sentiments de son meilleur ami car il les lui a avoués. Inutilement, car ce désir habite chaque œillades que Hireki tente discrètes.

La frustration accumulée au fil du temps doit être atroce quand il y pense. D’autres auraient déjà pris sans vergogne ce qu’ils convoitent. C’est ce qu’ils ont tous faits d'ailleurs et font encore aujourd’hui. Il est un "garçon facile" après tout. Pourtant Hireki, ne tente rien, jamais.

    « Garçon facile » se répète-t-il

Jouer la carte de la provocation. Avoir l’air fort, sûr de lui… Consentant. Garder le contrôle ou tout du moins se convaincre qu’il le garde. C’est ce que Gabriel fait de mieux aujourd’hui.

En réalité, il n’a le contrôle sur personne. Il ne l’a même jamais eu. Il essaie tout au plus seulement après des années, il a fini par comprendre qu’il est plus simple de se laisser faire ou tout bonnement de prendre les devants. Même s’il refuse, même s’il se débat, il perd toujours. Autant en finir vite. Puis, avec le temps, le sexe est devenu pour lui, un exutoire, pas plus agréable ni moins douloureux mais résolument libérateur.

    « Ce serait tellement plus simple que Hireki soit un salaud. Tu perds toujours Gaby… »

    « Ou je suis juste exceptionnellement doué ! » La remarque qui fait écho à ses pensées le dégrise immédiatement.

Hireki le regarde le torse bombé à outrance, plein de défi et de fierté, tout prêt à recevoir les éloges de Gabriel. Il soulève deux fois les sourcils en souriant un peu plus. Sa canine acérée se fraie un chemin entre ses lèvres comme un diable en boîte.

Gabriel regarde la manette qu’il tient à la main.

    « T’emballe pas Tête de châtaigne! Je suis juste nul » Le rabroue-t-il avant de se pencher pour attraper son paquet de cigarettes. « Je perds toujours de toute façon » souffle-t-il imperceptiblement en tirant sur l’une d’elles du bout des lèvres.

Hireki le regarde se diriger, las, vers la baie vitrée. Le cliquetis du briquet retentit et une longue fumée blanche se déploie autour de ses cheveux ébouriffés. Il l’observe, appuyé contre le chambranle. Le froid de l’hiver ne le fait même pas frissonner alors qu’il ne porte qu’un jogging de coton et un t-shirt. Lui, a senti immédiatement le vent glacé s’insinuer dans le salon quand son meilleur ami a fait glisser la porte fenêtre.

    « Tu devrais… » Hireki ne finit pas sa phrase. Il n’en a pas le temps. Gabriel claque la langue aussitôt, agacé, puis sort en prenant soin de bien refermer derrière lui.

Ca ne sert à rien de discuter dans ces moments. Tout au plus peut-il lui signifier son soutien. Il s’empare à son tour d’une cigarette et se dirige vers le balcon.

    «Il fait 5 degrés Monsieur Cul Gelé ! » le prévient aussitôt Gabriel

    « Comment tu le sais ? »

L’ange hausse les épaules « Je le sais, c’est tout ! » lui sourit-il, espiègle.

    « Alors ? » relance-t-il sans délai « Fumer ou se les geler ? Telle est la question ? » Il gratte le filtre de sa cigarette du bout du pouce pour en décrocher la cendre. Il a cette manière bien à lui de la tenir, entre le majeur et l’annulaire. Il tire une grande bouffée puis souffle au visage du japonais qui chasse la fumée en pestant.

    « Putain ! Gaby ! » Tousse-t-il

    « Change de jeu et laisse moi gagner ! » Le menace Gabriel d’une voix sombre en le pointant au visage.

    « Mais ?! Je te laisse gagner !! » Se défend aussitôt Hireki « Je suis bien obligé de jouer sinon tu t’en rendrais compte et puis…. » Comment peut-il justifier de ses victoires à part en avouant adorer voir ronchonner Gabriel? « Et puis… » rame-t-il

    « Et puis comme tu es exceptionnellement doué, forcement… » Complète Gabriel

    « Voila ! » Conclut Hireki en balayant devant lui de la main comme pour présenter l'évidence sur un plateau.

Un petit rire leur échappe. Un léger souffle plein de complicité retrouvée.

Le métis s’installe dos à la rambarde. Gabriel l’imite après un court silence. Il a déjà fini sa cigarette.

    « Tu devrais… »

    « Tsss ! »

La langue de Gabriel le coupe une nouvelle fois. L’ange se penche exagérément dans le vide, la rambarde humide s'engouffrant dans ses reins. Il lâche un bruyant soupir d’ennui puis se redresse le regard en coin. Il sourit d’un air entendu. Il n’est pas en colère. Il n’est pas agacé. Il ne veut juste pas de conseil.

Il veut être tranquille pour aujourd’hui.

Pas de leçon, pas de morale. C’est ce que disent ses yeux à Hireki dont le propre regard dérive inconsciemment sur les lèvres rebondies.

Il veut les embrasser.

Seuls quelques centimètres l’en séparent. Gabriel et lui partagent pratiquement la même taille. Il suffirait d'une légère rotation sur lui-même pour qu'elles se touchent.

Gabriel se donnera à lui sans résistance. C’est ce qui le tourmente le plus. Il se donnera, le visage impassible, le regard indifférent. Mais à quoi pensera-t-il vraiment ?

    « Est ce qu’il pensera que je suis un salaud comme les autres ? Est-ce que je vais le décevoir ? Ou est ce qu’il pensera simplement que c’est normal, que ca devait arriver parce que c’est toujours comme ca que ca finit ? »

Hireki le veut mais pas comme ça. Il préfère de loin lui donner sans rien attendre en retour. On lui a déjà tellement pris. Et ce qu’il veut, là, maintenant, c’est un moment de paix, en sécurité à ses côtés.

Il voit la bouche se pincer. Gabriel tire nerveusement sur l’un des piercings qui en orne le coin.

    « Merde » Se ressaisit-il in petto. Hireki relève les yeux, gêné. Gabriel le regarde toujours. Deux émeraudes luisantes, insaisissables qui transpercent la nuit. C’est fascinant.

    « Film ? » lance-t-il finalement

    « FILM ! » Précise Gabriel qui s’apprête à rentrer quand il se retourne vivement

    « La pharmacie ! »

    « Quoi ? »

    « La température » Pointe-t-il du menton au-dessus de l’épaule de son meilleur ami « Elle s’affiche sur la pharmacie au bout de la rue » explique-t-il.

Il le gratifie alors d’un clin d’œil tout en tirant la langue puis rentre une bonne fois pour toute.

Hireki pouffe en jetant un oeil à la croix de néons vert qui clignote au bout de la rue.

Gabriel trottine, sautillant comme un enfant vers le canapé dans lequel il saute à genoux avant d’engloutir une part de pizza. Il tend la télécommande vers l’écran, déjà en train de choisir un film.

Hireki le rejoint avant la fin de sa cigarette.

    « Le garder auprès de moi sera toujours la meilleure solution» pense-t-il en franchissant la porte.


=====

Salut les Boundies!

Ici votre King Mochi, Diogene le bien nommé!

Alors qu'en pensez-vous?

🤔 Hireki pense que garder Gabriel auprès de lui est toujours la meilleure solution… Mais est-ce vraiment le cas ?
Va-t-il regretter son choix ou prouver qu’il avait raison de le faire ? 💭


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dimanche 22 septembre 2024

Chap I - Le Saint et le Loup (1/3)


⚠️ AVERTISSEMENT DE L’AUTEUR — “MODE HONNÊTE ACTIVÉ”⚠️ 
        Chers Boundies, 

    Ce premier chapitre (de trois épisodes) a été écrit quand j’avais 15 ans.

J’ai choisi de ne pas le réécrire, volontairement, pour garder une trace de mes débuts, aussi maladroits soient-ils. Il marque le point de départ de cette histoire et de tout ce qu’elle deviendra ensuite.

Le style, le rythme et la maturité du récit évoluent beaucoup à partir du chapitre 2.
Si vous sentez que ce premier pas ne vous convainc pas entièrement, je vous invite à persévérer : le cœur de l’histoire est ailleurs, mais il commence ici.

Bonne Lecture à vous!

    Votre King Mochi attentionné

        Diogène 

---- 

(👀~10min de lecture)


Chap I

LE SAINT ET LE LOUP

(1/3)
---

    

    Allongé dans la neige depuis des heures, bercé par le silence et le souffle des flocons, il ne sait plus exactement quand il a fermé les yeux. Il sait juste que la neige n’est plus là, elle a disparu.

Soudainement. En une fraction de seconde. Elle s’est arrêtée de tomber.

Des milliers de flocons effleuraient encore ses joues quelques secondes auparavant. D’innombrables ailes de papillons, des caresses givrées qui l’ensevelissaient petit a petit. Il serait parti paisiblement pour ne laisser qu’un gisant de glace, main sur le cœur, refermée sur une petite croix d’argent et ...

    « Et la clope au bec…. » se désole-t-il intérieurement.

L’image lui parait beaucoup moins romantique d’un coup.

De toute façon, ce rideau sombre apparu derrière ses paupières a tout gâché.

Sans compter la voix.

    « Gaby ! Je te parle !! Tu vas rester longtemps comme ça ? »

Gabriel soupire ostensiblement.

Cette voix, il la connait. C’est celle de Hireki, son meilleur ami. Plus, s’il existait qualificatif plus fort pour décrire ce qui les lie depuis l’enfance.

Il ne sait pas trop ce qu’il ressent pour lui.

Il l’aime. C’est une certitude. Plus qu’un ami, plus qu’un frère mais sans pour autant en être amoureux. 

Il n’est pas amoureux de Hireki. C’est aussi une certitude. 

Il grimace à cette idée folle. 

Gerbant...

Une chose est certaine, ces sentiments, peu importe leur nature, l’agacent. Parce qu'il connait d’ors et déjà la suite des événements: Il est incapable de résister à Hireki. Sans trop savoir pourquoi, il ne peut pas lutter. Il va donc encore se retrouver dans quelques minutes choyé comme la huitième merveille du monde. Sauvé des griffes acérées du grand méchant froid par la légère inclinaison de son meilleur ami au syndrome du sauveur.

Hireki croit dur comme fer que Gabriel lui a sauvé la vie. C’était, en fait, un simple reflexe. Depuis, il est 'son ange '. Curieux pour quelqu’un qui ne croit pas en Dieu. Il le couve, le protège, vole à son secours. Un vrai chevalier blanc. Hireki lui vouerait un culte s’il pouvait. Et cette manière qu’il a de le regarder, ca l’horripile…

Quelle tête fait-il d’ailleurs? Il essaie de se l’imaginer. Penché au-dessus de lui.

D’abord ses traits au naturel.

Eurasien, 29 ans, 173cm. Les bases se posent sur une silhouette anonyme dont l’apparence se précise au fur et à mesure.

De son père, Hireki a hérité de traits européens assez discrets. La mâchoire marquée, un visage long, les cheveux fins, le nez droit. Aussi de la particularité familiale qui se transmet manifestement de père en fils : la fossette au menton. Lui, ayant même l’outrecuidance d’en arborer deux autres au moindre sourire.

    « Plutôt beau gosse... » admet Gabriel en pensée « si on oublie sa coupe de châtaigne et ses grosses binocles de geek… » Roule-t-il des yeux derrière ses paupières closes quand ces détails s’ajoutent à l’image mentale qu’il est en train de construire de son meilleur ami.

    « GABY !! » s’élève la voix impatiente.

    « RAAAAAAAH ! Beau gosse mais sacrément casse couilles » peste-t-il en son for intérieur

Il ne bouge pas pour autant, gardant l’espoir fou qu’il partira peut-être.

     Allez! Oust! Laisse ton meilleur pote crever dans la neige, veux tu bien?

    « Ca suffit maintenant ! P’tit con !!»

Subitement, la neige craque à son oreille puis deux mains l’empoignent.

La secousse est douce mais la douleur du mouvement sur son corps gelé le rappelle à la réalité. Il est toujours vivant.

Il grimace en ouvrant les yeux.

    « Fait chier ! » Râle-t-il en levant un regard assassin.

Hireki se tient là, accroupie devant lui. Ses cheveux noirs, humides, forment d’épaisses mèches qui ondulent légèrement devant ses yeux effilés.

Ce détail frappe Gabriel.

Ces yeux effilés. Ces deux billes noires où se confondent iris et pupilles.

Hireki a aussi et surtout hérité des pommettes, des cheveux de jais, du teint légèrement halé et des yeux noirs en amandes de sa mère. Tout, en somme, pour balayer à grand coup les origines paternelles.

Hireki a tout d’un asiatique.

    « C’est pour ca qu’il utilise son deuxième prénom au lieu du premier : Axel » se rappelle Gabriel.

Quoiqu’il en soit, plus besoin de l’imaginer. La pointe de colère dans ce regard d’obsidienne le transperce réellement.

    « Ou la pitié » songe Gabriel avant de se plaindre faiblement « Tu as fait disparaitre la neige… »

Hireki n’y porte pas attention.

    « Tes lèvres sont déjà bleues !! Inconscient ! » Il sent un long manteau d’hiver l’envelopper et une écharpe s’enrouler délicatement autour de son cou. Mais bien plus que le poids du vêtement ou le parfum réconfortant du métis sur la laine, sa seule présence le réchauffe immédiatement comme il l’avait prévu et ce malgré la douceur et les reproches qui claquent conjointement

    « Je commence à en avoir marre de te courir après tout le temps ! »

Les braises de la culpabilité se raniment à leur tour.

Gabriel desserre à peine les lèvres

     « Lai... »

  « Garde tes forces pour te réchauffer !» le coupe Hireki, exaspéré, avant de le soulever précautionneusement.

Leurs visages sont à quelques centimètres.

L’asiatique évite son regard. La mâchoire tendue. Il est fermé, triste, inquiet, ou peut-être en colère ?

Peu importe en réalité.

Depuis combien de temps Gabriel ne l’a-t-il pas vu sourire tout en dents, éclater de rire ou poser un regard taquin et complice sur lui.

Depuis combien de temps n’a-t-il pas profité de ses deux fossettes bonus ? Celles que la moindre infime amorce de sourire fait apparaitre ?

Hireki a fait disparaitre la neige. Lui a fait disparaitre sa joie de vivre.

    « Ce n’est pas équitable » se chagrine-t-il

Le métis le conduit, le bras dans le dos, prévenant. Lui se laisse mener comme un pantin malgré la douleur.

Même si la neige a paralysé ses membres, que ses pieds ne sont plus que deux blocs de glace ou que ses doigts tirent dangereusement sur le pourpre, sa volonté, elle, est anesthésiée depuis bien longtemps. Il est une poupée sans vie capable d’ignorer n’importe quelle douleur. Il n’a plus envie de lutter.

Il avance.

C’est Hireki après tout. Ce n’est jamais pareil quand c’est lui.

    « Tu as perdu mon petit Gaby… Ce n’était juste pas ton heure» pense-t-il

Ainsi et comme toujours, il s’abandonne à son meilleur ami et laisse le feu de la culpabilité le ronger encore un peu plus.

Il s’efface.



***




    « Laisser mourir la rose »

Ils n’ont fait que quelques pas quand Gabriel prononce ces mots qu’il n’a pas pu saisir.

Sans doute l’a-t-il remercié.

Gabriel a beau être un bougon invétéré qui préfère s’arracher la langue à vif plutôt que de demander de l’aide, il n’en reste pas moins qu’il a le sens de la reconnaissance.

Apres tout, Hireki l’a enroulé de son manteau et lui a donne son écharpe par ce temps glacial pour ne rester qu’en col roulé et jeans. C’était forcement ca.

Lui, est un enfant du printemps. Son père lui dit souvent qu’il tient ça de sa mère.

Haruko, ' fleur du printemps ' en japonais.

Il ne l’a pas connue. Une éclampsie. Elles sont mortes toutes les deux, sa mère et sa sœur avec qui il avait partagé neuf mois le giron maternel.

Une brise fraiche et doucereuse lui caresse le visage. Lui à l’impression qu’une gifle polaire vient de lui lacérer la face.

    « Putain ! Je déteste le froid ! J’ai froid ! Je déteste l’hiver!!! » grommelle-t-il entre les dents en se blottissant un peu plus contre Gabriel.

Il ne sait plus trop qui réchauffe l’autre. 

Gabriel à cette résistance étrange aux basses températures ce qui n’est pas le cas de Hireki et son meilleur ami le sait très bien.

'Frisquette', c'est comme ça qu'il l'appelle quand il n'use pas de l'inénarrable 'tête de Châtaigne

Finalement, il y a tout intérêt que ce fut des remerciements. Sa main se crispe sur l’épaule du jeune homme, un peu énervé. La reconnaissance n’a jamais été sa motivation première pour voler au secours de Gabriel mais il le mérite, point !

Ce ' p’tit con ' le fatigue à se mettre dans des situations infernales et lui est toujours là. Toujours ! Il ne sait plus quand tout a basculé, quand l’adorable bambin aux boucles folles est devenu ce jeune homme désenchanté et mélancolique aux pulsions autodestructrices de plus en plus prononcées mais il sera toujours là pour le relever.

C’est son meilleur ami, son frère, il l’aime, d'un amour viscérale. Par ailleurs et non des moindres : il lui doit la vie. Rien que ça.

Il ne peut pas l’oublier. Qui peut oublier ce genre de chose ?

Sans lui, sans cette vivacité miraculeuse lorsque cette cage à poule défectueuse s’est écroulé sous son poids, Hireki serait mort à 7ans. Transpercé en plein cœur.

Au premier claquement de métal, Gabriel s’est précipité vers lui avant même qu’il ne réalise que quelque chose clochait. Il n’avait que 5 ans, il était si petit qu'il aurait du fuir et pourtant il a attrapé sa main pour le tirer à lui et cette infime traction changea sa destinée.

Quelques centimètres pour des années de vie.

    « Bon deal ! » sourit-il en lui-même

Certes, Hireki n’échappa ni a une blessure grave dont il garde encore une impressionnante cicatrice ni à un long et incertain coma mais aujourd’hui, il est toujours vivant.

De ce fait, la reconnaissance, c’est Hireki qui la lui doit. Une reconnaissance éternelle. Peu importe dans quoi Gabriel déciderait de se jeter demain, il sauterait à son tour pour l’en sortir

Hireki le sent bouger sous le manteau. Il murmure de nouveau. Une litanie monotone et obscure qu’il a bien du mal à cerner.

    « Qu’est ce que tu baragouines encore ? » se place-t-il face au jeune homme.

C’est là, qu’une scène d’une beauté surréaliste le cueille.

Le temps s’arrête. Il ne peut que reculer lentement, sidéré par ce qui s’offre a lui.

Ce n’est pas tant les larmes de Gabriel qui le troublent mais le fait qu’en s’échappant de ses yeux verts étincelants elles lui paraissent un court instant se cristalliser le long de son visage. Celles qui parviennent aux commissures des lèvres, elles, restent là tel des cristaux, qui accrochent les reflets du soleil sur la neige.

Deux émeraudes qui pleurent des diamants purs. C’est irréel.

    « Gabriel ? » bégaie-t-il.

Gabriel porte les mains à son visage. Hireki est incapable de dire quand il y a enroulé un chapelet, mais son meilleur ami revêt instantanément des airs d’idole.

Les yeux dans le vague, les lèvres frôlant le chapelet, sa voix éraillée perce le silence et suspend un peu plus le temps.

    « Dès lors l’âme de Jonathan fut attachée à l’âme de David, et Jonathan l’aima comme son âme. Ce même jour Saül retint David, et ne le laissa pas retourner dans la maison de son père. Jonathan fit alliance avec David, parce qu’il l’aimait comme son âme »

Hireki sait Gabriel croyant. Il n’est pas rare qu’il le retrouve à prier au fond d’une église lorsque ses angoisses le submergent. C’est même là qu’il s’est rendu avant de venir ici sur la colline où ils jouaient enfants. Il n’est pas surpris de l’entendre citer versets ou autres psaumes.

Seulement lui, n’est pas croyant.

Il respecte la foi de Gabriel sans ironie, aucune, mais lui n’a jamais ressenti le besoin de trouver des réponses là où son ami les cherche.

Malgré tout, à cet instant précis, paré de ce long manteau gris, l’écharpe immaculée à son cou, au milieu de ce paysage enneigé, Hireki ne peut que se rendre à l’évidence : c’est plus qu’une idole qui se tient devant lui.

    « Un saint » pense-t-il

Cette pensée n’en est même pas encore digne. C’est d’une pureté absolue. Il en est témoin : Gabriel est touché par la Grace.

    « Un ange, c’est un ange de glace » se corrige-t-il

Soudainement, à cette seule pensée, s’éveille en lui une sensation puissante.

Ses mains brulent, son corps tout entier s’enflamme en même temps que la peur de perdre le contrôle s’empare de lui.

    « Qu’est ce qui me prend ? » s’affole-t-il

Il connait la réponse, elle l‘effraie même parce que, cette sensation d’urgence, il ne la connait que trop bien. Il lutte contre depuis longtemps.

    « Je suis complètement fou ?» Essaie-t-il de se reprendre

Gabriel est là, sans défense, abandonné et lui se consume … De désir.

    « Je suis une bête ou quoi ? C’est totalement déplacé ! » Se raisonne t il

C’est pourtant bien une folie dévorante qui s’empare de lui. Elle l’envahit. Il tremble, impatient. Une pulsion animale. Il veut le serrer contre lui, le toucher plus que leur lien ne l’autorise plus que la morale elle-même.

Empoigner la glace pour éteindre le feu. Cette pensée est entêtante, elle devient presque obsessionnelle.

Il ne croit peut-être pas en Dieu mais il est prêt à le supplier sur le champ de calmer ce démon exalté.

Il ne veut pas et il ne doit pas lâcher prise. Les poings serrés, sa vision se brouille peu à peu, sa tête tourne.

    « Je ne veux pas lui faire de mal» tente-t-il de se calmer « Je ne veux pas lui faire de mal » répète-t-il encore et encore « Jamais ca n’arrivera »

Ses entrailles se déchirent, la frustration glisse vers une douleur insoutenable

    « Je ne veux pas… » Tout tourne plus vite autour de lui « …lui faire de mal »

L’espace se compresse, son corps ne lui appartient plus « JE NE VEUX PAS » hurle-t-il du fin fond de son être.

Son nez saigne, le sang s’écoule sur des dents de bêtes dévoilées, son souffle est court « jamais » souffre-t-il.

Il s’écroule, tout est noir, sa tête explose puis un sursaut « JAMAIS !! » crache-t-il enfin d’une voix caverneuse.

Il reprend le dessus. Comme l’espoir endormi de la boite de Pandore, enfouit au fond de lui, une essence singulière calme ses ardeurs.

Tout est confus. Il regarde ses mains. Il ne sait pas quand il a lâché Gabriel, ni pourquoi il est là, à genoux, le nez en sang.

Il n’en a aucune idée et c’est sans importance.

    « Tu as glissé ? »

Son écharpe réapparait autour de son cou. Il lève les yeux.

Gabriel est là, debout, il le toise, sa peau blanche pareille à la neige, il scintille encore de tout son désespoir.

Son regard émeraude fatigué par la vie, sa bouche éternellement boudeuse, son visage long et fin encore un peu poupon. Il est d’une beauté exceptionnelle. Ses airs négligés et provocants n’y changeront jamais rien. Le bambin aux cheveux châtains indomptables a grandi mais Hireki voit le même Gabriel depuis des années. Il est devenu un adolescent à l’air mutin, fragile et doux puis ce jeune homme désabusé au masque cynique.

Mais il a toujours été un ange à ses yeux. Son ange.

    « Qui porte l’autre maintenant ? » questionne faiblement Gabriel, déconcerté.

Hireki se redresse, toujours irrésistiblement attiré par lui mais non plus comme un loup. C’est tel un dévot misérable qu’il se jette contre lui.

    «Je suis là maintenant »


 =====


Salut les Boundies !

 

Je suis Diogène, l'auteur d'Un Chant d'Éternité, et je tiens à vous remercier chaleureusement d'être arrivés jusqu'ici dans cette aventure ! 🙏✨

Alors... que pensez-vous de Hireki et Gabriel jusqu'à présent ? Est-ce le parfait duo du chevalier blanc et de sa "princesse" en détresse ? 🛡️👑 Ou bien, cachent-ils des facettes inattendues qui pourraient vous surprendre ? 👀


J'ai hâte de lire vos pensées et vos théories ! À vos claviers les Boundies ! 💬


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